2030 : Demandez le menu !Publié le 31 mars 2021 par Bernard VALLUIS

Alors que le rituel de demander le menu dans un restaurant est mis entre parenthèses du fait des mesures de confinement, l’IDDRI[1] et le BASIC[2] en propose deux pour 2030, avec la publication le 25 mars dernier de l’étude « Vers une transition juste du système alimentaire. Quel leviers politiques pour la France ? ».

 

Bâtie à partir des hypothèses de décarbonation du secteur agricole de la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC), l’étude présente deux scénarios contrastés d’évolution du système alimentaire français en évaluant leurs impacts à l’horizon 2030 pour les deux secteurs « bovin lait » et « grandes cultures », compte tenu de leur part dominante dans l’utilisation des surfaces agricoles et dans la création de valeur ajoutée.

 

En résumé, le scénario « duale », centré exclusivement sur l’enjeu climatique ne remet pas en cause l’évolution tendancielle de concentration et de spécialisation, et se traduit par une accélération de la disparition des exploitations et réduction de l’emploi agricole (-9% par rapport à la tendance), par des pertes d’emplois agroalimentaires (-12% par rapport à 2015) et sans impact sur la qualité de l’alimentation et sur la biodiversité.

Le second scénario baptisé « recomposition » intègre les enjeux climat, biodiversité, santé et emploi. Il génère des bénéfices en matière d’emploi agricole (+10% par rapport à la tendance) sans perte de revenu pour les agriculteurs, en matière d’emplois agroalimentaires (+8% par rapport à 2015), il contribue à une restauration de la biodiversité, et enfin permet le développement d’une offre alimentaire répondant mieux aux recommandations nutritionnelles publiques[3], soit un rééquilibrage à parts égales de protéines végétales et animales dans l’assiette des français.

 

Considéré comme plus souhaitable, ce scénario « recomposition » se heurte néanmoins à l’obstacle de l’évolution convergente de l’offre et de la demande. La transition alimentaire ne se décrète pas. Si les auteurs en appellent à une approche volontariste des politiques publiques, ils ne traitent pas les autres facteurs comportementaux des consommateurs, au premier chef desquels figure le prix, qui sont déterminants pour l’évolution de l’alimentation, comme l’a largement développé Pierre Combris[4]. Caractérisé par une réduction de la consommation de produits carnés, le flexitarisme progresse dans la population française et européenne, mais il n’est pas sûr qu’il soit au rendez-vous des inflexions de l’offre agricole et alimentaire subordonnées aux outils de la PAC[5]. A juste titre, l’étude souligne la nécessité d’une convergence des visions des États membres de l’Union Européenne, notamment dans l’élaboration et la mise en œuvre des Plans Stratégiques Nationaux de la PAC réformée. De même l’Union devrait accompagner cette transition par une politique commerciale internationale cohérente avec les normes imposées aux agriculteurs européens, pour éviter les effets d’une concurrence déloyale des produits importés ne respectant pas ces normes.

 

En reconnaissant les limites de l’étude les auteurs identifient leur démarche comme une entreprise pionnière qu’ils souhaiteraient voir élargie et répliquée. Il s’agirait en particulier de couvrir les activités d’autres filières, de mieux intégrer les enjeux des revenus et des investissements agricoles, d’analyser plus finement les stratégies du secteur agroalimentaire, et enfin d’intégrer la grande distribution dans le champ de la modélisation. A ces remarques, il conviendrait d’ajouter le questionnement nécessaire relatif à la justesse des hypothèses de la SNBC pour ne pas réduire l’exercice à une étude d’impact de ces mêmes hypothèses.

 

Comme Philippe Mauguin, président directeur général de l’INRAE l’a souligné lors de présentation de l’étude[6], il n’y a pas actuellement de modèle qui consolide toutes les données des problématiques des pertes et gaspillages, des régimes alimentaires, et de la transition agroécologique pour définir les systèmes durables qui permettront de nourrir tous les habitants de la planète à l’horizon de 2050.

Pour ne pas rester sur notre faim en quête du bon menu futur, l’étude IDDRI-BASIC ouvre la voie à de nombreuses recherches à conduire dans la double urgence climatique et démographique.

 


[1] Institut du Développement Durable et des Relations Internationales.

[2] Bureau d’Analyse Sociétale pour une Information Citoyenne.

[3] https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/pnns4_2019-2023.pdf

[4] A la table de l’homo economicus : de la subsistance à l’abondance. Ed,Taillandier 2019

[5] https://www.agridees.com/publication/flexitarisme-une-opportunite-pour-la-chaine-alimentaire-y-le-morvan-et-b-valluis/

[6] https://www.iddri.org/fr/publications-et-evenements/conference/replay-vers-une-transition-juste-du-systeme-alimentaire-quels