28es Assises de Sol et Civilisation Numérique et ruralité : une chance à saisir ?Publié le 15 novembre 2019 par Isabelle DELOURME

Le numérique est-il un frein ou au contraire un soutien au développement des territoires ? Pour ses 28es Assises, Sol et Civilisation a co-organisé avec agridées à Paris le 7 novembre 2019  une journée de réflexion et de débats intitulée « Numérique et ruralité : nouveaux liens et mutations dans les territoires ».

 

Source de contraintes mais aussi d’opportunités, le numérique et la dématérialisation des services et des activités représentent un véritable enjeu pour les territoires, a souligné en introduction Luc Esprit, membre du comité d’orientation de Sol et Civilisation et administrateur d’agridées. Des propos confirmés par Anne-Claire Vial, présidente de Sol et Civilisation : « La ruralité et l’agriculture ne sont pas des mondes du passé. Ils se réinventent chaque jour du fait de la créativité et du dynamisme des hommes et des femmes qui l’habitent et les font vivre. Ces territoires portent des projets et contribuent activement à construire la France de demain. »

 

Valérie Jousseaume, géographe et enseignante-chercheure (Université de Nantes- ESO-CNRS) a essayé d’imaginer la société du futur, telle qu’elle se construit depuis la révolution numérique entamée en 1990.  Elle a d’abord rappelé les trois manières dont l’humanité avait jusqu’à présent « habité » la planète. A l’ère sauvage (petits groupes familiaux égalitaires vivant de prédation), a succédé celle du néolithique qui a vu la domestication des plantes et des animaux et la constitution de communautés villageoises. La révolution industrielle, avec la maîtrise mécanique du feu, a contribué à la production de biens matériels, au regroupement des individus et au développement de l’urbanisation. « Pour moi la société du futur sera beaucoup plus dispersée. Nous allons vers l’ère de la noosphère, décrite par Pierre Teilhard de Chardin, comme celle de la connexion des cerveaux humains ». Selon elle les territoires ruraux ont énormément d’avenir, car rien ne dit qu’on habitera à l’avenir sur des territoires groupés ».

 

Pour certains, la relation à l’espace est d’ores et déjà une question du passé. C’est notamment le cas de l’Estonie, où tout le système de services publics du pays a été pensé et réalisé pour une dématérialisation maximale des démarches des citoyens, ou du département du Cantal qui, il y a déjà 20 ans, s’est lancé avec succès dans un grand plan de développement des nouvelles technologies sur son territoire.

 

Pour d’autres la transition numérique est loin d’être une réalité. Car infrastructure rime aussi avec investissements. Si dans le Cantal, 92 % des habitants ont déjà la fibre optique, grâce aux efforts financiers du département, de la région et des opérateurs, Jean-Luc Sallabery, (Fédération nationale des collectivités concédantes et régies) a rappelé que l’objectif de construction du réseau est fixé à 7 ans. Pour une couverture à 100 % par le réseau téléphonie mobile 4 G, il reste près de 7 000 pilonnes à construire sur les 15 000 proposés dans le cadre du deal du gouvernement aux opérateurs. Et c’est sans parler du réseau des objets connectés. Il estime que d’ici 10 ans, 100 % du territoire, y compris rural sera couvert avec ces trois réseaux.

 

Ces infrastructures sont indispensables. Dominique Viel, spécialiste des questions écologiques et environnementales au Ministère des finances a expliqué qu’en 2030 il pourrait y avoir 50 milliards d’objets connectés. Mais le numérique se trouve en concurrence sur le plan financier comme sur celui des ressources en métaux qui lui sont nécessaires avec le Spatial, la Défense et la transition énergétique.

 

La question de la propriété des données est également fondamentale. « A la FNCCR, nous militons pour la création d’un service public de la donnée. La loi pour la république numérique ne permet pas à une collectivité de disposer des données du secteur privé qui ont un intérêt pour les services publics»  a précisé Jean-Luc Sallaberry. Mais la souveraineté a un prix et il n’est pas dit que les collectivités du monde rural aient les moyens de la posséder a fait remarquer Franck Burdeyron (Ocalia).

 

Le groupe La Poste a choisi de concilier sa mission de service public et de présence dans les territoires en réorientant ses métiers. La dématérialisation des flux (18 milliards de plis de moins de 2kg en 2008 et moins de 9 Mds en 2018 !) a provoqué le déclic. Guy Pierre Sachot, Directeur du développement territorial, Groupe La Poste, a présenté cette « innovation sous contrainte ». Outre la formation et certification aux usages numériques (La Poste est organisme habilité), l’examen du code de la route, les services de maintien au domicile, l’entreprise propose des services de lien social, et même d’hébergement de données de santé…

 

La conclusion de cette journée est revenue à Damien Bonduelle, président d’agridées, souhaitant qu’elle permette de contribuer à construire un monde meilleur tout aussi attractif : « A nous tous de façonner la ruralité et de mieux jouer avec ces nouvelles cartes ».