Alimentation : comment mieux répondre aux demandes des néo-consommateurs ?Publié le 29 mai 2019 par Marie-Laure HUSTACHE

Le groupe AgroDirigeants – Uniagro, et le think tank agridées ont organisé le 17 mai dernier à la Maison des ingénieurs agronomes un débat intitulé « Nouvelles attentes des consommateurs en matière d’alimentation : comment relever le défi ? ». Plus de 80 participants attentifs ont écouté les prises de paroles orchestrées par Diane Doré et Laurent Yannic, puis débattu avec les intervenants mobilisés autour de cette question.

 

 

La défiance des consommateurs vis-à-vis de la chaîne alimentaire – et notamment des IAA (industries agro-alimentaires) – n’a jamais été aussi forte. Leurs attentes évoluent rapidement et se renforcent en matière d’exigences environnementales, de qualité nutritionnelle et de la traçabilité. Des changements parfois complexes et non sans paradoxes, qui demandent une adaptation forte de l’ensemble des acteurs de la chaîne alimentaire. Afin d’appréhender ce sujet, des experts et des acteurs engagés dans ces changements ont été réunis pour faire un tour d’horizon des nouvelles tendances et donner les clés d’une anticipation réussie.

Etat des lieux et signes de changements profonds

En introduction, Sandrine Cayeux-Fourtine, Business L.A.B. Director chez Kantar Worldpanel, a donné un aperçu des nouvelles attentes précises des consommateurs, le « made in France » avant le bio, le local, la qualité et le plaisir avant le prix … 86 % des français veulent ainsi consommer plus responsable selon l’étude présentée : « Les consommateurs sont en demande d’un bénéfice (« purpose »), d’une raison pour préférer ces produits-là » commente l’experte des tendances. Une présentation qui va dans le sens d’une plus grande personnalisation de l’acte d’achat alimentaire, poussant les entreprises à innover et à investir dans la RSE.

 

 

Pour Claude Boiocchi, fondateur du cabinet Pierre de Touche, au-delà des (bonnes) intentions déclaratives que reflète cette étude, l’entrée dans le 21ème siècle et la prise de conscience des enjeux environnementaux et sociétaux autour de notre alimentation fait apparaître une nouvelle frange de la population mondiale. Ces « consommateurs éveillés », appelés aussi « agrimangeurs », cherchent à se représenter l’agriculture, l’élevage et tout ce qui permet de se procurer de la nourriture d’une façon plus claire et traçable, en sortant de la consommation aveugle ou trop téléguidée (par les applications et autres technologies destinées aux «consommateurs avertis »).

Reprenant les challenges indiqués pas Sandrine Cayeux-Fourtine, Benjamin Perdreau, Responsable RSE, Chaine Alimentaire Durable, Coop de France Agroalimentaire est revenu quant à lui sur sur les enjeux du changement climatique et ses conséquences sur les filières agricole et alimentaire. « L’agriculture est aussi une solution pour lutter contre ce phénomène », soulignant les nombreuses initiatives RSE lancées par Coop de France et l’implication des coopératives agricoles dans les territoires, et le fait qu’elles sont les mieux à même d’organiser la valorisation des produits agricoles, alors que la demande “Origine France” est de plus en plus forte de la part des consommateurs.

Quels outils et quelles pistes chez les acteurs de notre alimentation ?

Lors d’une deuxième table-ronde, Stéphane Gigandet, Fondateur & Président d’Open Food Facts, aux côtés d’Aurélie Zunino, de la Chaire ANCA AgroParisTech et de Philippe Gotzmann, Président Cabinet conseil “Philippe Goetzmann &”, élu CCI Paris IdF et fin observateur des tendances, ont débattu autour des solutions apportées aux consommateurs.

 

 

«  Il faut encourager la pédagogie et une science plus participative, le partage de données de la part des producteurs et distributeurs » a déclaré Stéphane Gigandet, qui se réjouit quand la transparence permet l’évolution des recettes des industriels pour une alimentation plus respectueuse de la santé et de l’environnement.

Pour Philippe Goetzmann, le défi est de taille pour la GMS, car en tirant la qualité des produits vers le haut et en proposant des gammes premium, elle court le risque de perdre les clients qui recherchent des prix bas. La loi EGalim, en relevant le seuil de revente à perte de 10% sur les denrées alimentaires doit favoriser un rééquilibrage des marges en faveur des agriculteurs et des PME. Dans les faits, en magasin, les grandes marques nationales développent leur visibilité en linéaire, au détriment des marques locales. Les consommateurs prennent du pouvoir et les filières doivent se transformer en créant de la valeur à l’aval (pédagogie client) et en développant le “serviciel” (livraison à domicile, restauration hors foyer…).

Aurélie Zunino, coordinatrice de Projets d’Education en Alimentation Santé de la Chaire Anca AgroParisTech, a insisté pour sa part sur le rôle clé de la pédagogie pour créer des passerelles entre les univers des sciences de la nutrition, des professionnels du secteur agroalimentaire et le grand public. L’ANCA développe des actions ludiques d’éducation nutritionnelles (animations, serious games, e-learning) pour informer objectivement les consommateurs, valoriser les bonnes pratiques, au-delà des discours des influenceurs.

Enfin, tous les participants ont conclu sur la nécessaire coordination de tous les acteurs de la filière.

 

Brève réalisée par Delphine Hermouet, Diane Doré, Laurent Yannic et Marie-Laure Hustache

 

Retrouvez les débats du 17/05/2019 filmés par Nicolas Viard :

https://drive.google.com/drive/folders/1Fo9gYNl9r5w0V90eXWWsPpS9cAt9zvWS?usp=sharing

https://www.facebook.com/groups/AgroDirigeants/permalink/657704461320024?sfns=mo

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