Assises de l’Agriculture Biologique : le prix du bioPublié le 22 novembre 2019 par Yves LE MORVAN

 

L’Agence Bio a organisé à Paris le 14 novembre 2019 ses Assises de l’agriculture biologique sur un thème qui entretient le débat, le prix des produits biologiques. Au-delà du prix au sens strict, c’est toute la question de l’organisation de la diffusion de la bio auprès des consommateurs qui a été discutée, que ce soit par la grande distribution ou par la restauration hors foyer.

 

Assises de la Bio 2019

Au cours de la journée l’Agence Bio a notamment présenté les résultats d’une enquête sur le degré de satisfaction des consommateurs par rapport à l’offre de produits bio. En résultat, une majorité de personnes satisfaites sur la variété de l’offre (61%), la complémentarité bio/commerce équitable (57%) et les emballages (52%), par contre une insatisfaction marquée par des réponses positives minoritaires à propos du prix (36%) ou de la transparence en matière de rémunération des producteurs (33%). Le prix pénalise la consommation de produits bio.  Dans ce contexte quelle est la stratégie des distributeurs ?

 

Les enseignes généralistes de la grande distribution ont surfé sur la vague bio en 2018 (+22,6% de croissance) et atteignent désormais une part totale de 49% des achats de produits bio par les ménages. Les magasins spécialisés bio sont en retrait (+ 7,7% en 2018) pour une part de marché globale en recul à 34%. Une table-ronde des Assises intitulée « Tête de gondole ou opportunité de changement » a permis d’éclairer les différences de stratégie des entreprises de distribution.

 

Pour Lyse Manzoni, adhérente Intermarché, le développement des achats bio se réalisera en générant de la confiance, dans une stratégie d’enseigne « producteur-commerçant ». La bio c’est bon (goût en 1er critère), c’est simple et transparent (traçabilité et  lancement de l’étiquetage « Franco-score » sur l’origine). Pour Benoit Soury, Directeur du marché bio de Carrefour, le bio est l’aspect le plus visible de la « transition alimentaire pour tous », il faut démocratiser le bien-manger et pour cela organiser les filières, par la contractualisation, pour répondre à la demande. Il faut mettre plus de RSE dans les cahiers des charges. Pour Pierrick De Roone, Président de Biocoop, le vrai sujet est celui du développement de la production bio, le commerce étant un moyen ; Pour cela il faut s’appuyer sur le modèle coopératif, co-construire et renforcer les filières, évoluer vers une bio+ par exemple en respectant la saisonnalité. « La bio ce n’est pas que le conventionnel sans pesticides ». Enfin pour Michel-Edouard Leclerc, Président éponyme, le problème actuel est celui du coût de la transition (proposition de créer un fonds d’investissement dédié, TVA à taux 0…). Par contre le prix du bio doit être abordable, ce n’est pas un tabou, les consommateurs recherchent aussi un prix quel que soit le format des magasins. Emmanuel Vasseneix, seul industriel et non distributeur participant à la table-ronde,  a quant à lui pointé la nécessité de renforcer les PME, construire les filières, diffuser l’innovation ce qui n’est pas antagoniste avec la bio. In fine, une table-ronde qui a bien montré des stratégies de construction de valeur différentes selon les enseignes.

 

Ces Assises ont été suivies d’un point par l’Agence Bio sur la consommation du bio hors domicile, lundi 18 novembre. Il faut se souvenir que la loi EGALIM prévoit pour 2022 que la restauration collective, dont les personnes morales de droit public ont la charge, devra proposer au moins 20% d’aliments issus de bio ou de conversion bio. Sur le total des différentes formes de restauration collective la dynamique est désormais forte (+28% en 2018). La palme revient aux cantines scolaires qui proposent à 86% des aliments bio, contre 58% dans la restauration du travail et 38% dans le secteur social et sanitaire. Les produits nationaux (72%) et même régionaux y sont privilégiés. Les produits frais (fruits, légumes, produits laitiers) sont sans surprise mis en avant. Là aussi le coût des produits bio constitue un frein. Pour y répondre les établissements luttent contre le gaspillage, achètent plus de produits bruts, passent des partenariats locaux et introduisent des repas végétariens.

 

Néanmoins, la bio ne représente encore que 4,5% du marché de la restauration collective dans sa globalité. Il y a de la marge.