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Charles DEREIX

Charles DEREIX

Ingénieur général des Ponts, des Eaux et des Forêts honoraire Président d’honneur du Groupe d’Histoire des Forêts Françaises Président de l’association Forêt Méditerranéenne Membre du groupe Forêt de La Fabrique Écologique

15 avril 2019

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Bâtir un contrat social sur la forêt

Le mot forêt est porteur de permanence et d’éternité. Or, la forêt n’est pas une donnée stable. La surface de la forêt française métropolitaine s’élève à 16,9 millions d’hectares (soit un taux de boisement de 31%). Elle a été multipliée par deux en 200 ans. Et, elle continue de progresser. En localisation, en surface, en composition, en structure, la forêt varie au gré de l’histoire des hommes, en lien avec les demandes de la société : oui, la forêt révèle la société.

L’autre image qu’impose le mot forêt est celle de nature, une forme de perfection de nature. C’est vrai, mais en même temps la forêt est le fruit de l’activité et du travail des hommes : au long des âges, elle a pris des visages qui correspondaient aux activités et aux besoins des hommes.

La question se pose aujourd’hui avec acuité : quelle forêt voulons-nous ?

Un poète l’a dit joliment : la forêt est une « coupe de beauté qui toujours déborde ». La forêt est objet d’affection, elle est espace d’immersion, d’émotion : chaque personne voit « sa » forêt à sa manière. Nos concitoyens aiment l’arbre, ils aiment la forêt, mais ils détestent la gestion forestière, les travaux en forêt, les coupes d’arbres, tout ce qui fait du bruit et de l’agitation dans cet espace qui doit être calme, tout ce qui bouleverse ce paysage qui doit être stable, immuable.

Aujourd’hui, notre société privilégie la forêt paysage, la forêt loisirs, la forêt biodiversité ; elle tend à rejeter la forêt productive, celle pourtant qui nous apporte, d’une façon durable et parfaitement renouvelable -grâce au mécanisme de la photosynthèse-, un bois (bois construction, biomasse énergie …) bien en phase avec nos besoins.

De tous temps, les hommes ont profité du bois, des produits, des bienfaits de la forêt : cette éternelle relation entre les hommes et la forêt peut se poursuivre, elle doit se poursuivre.

La gestion forestière et sa déclinaison technique, la sylviculture, doivent évidemment inventer des formes appropriées et durables, acceptées sinon désirées, pour traduire cette relation à double bénéficiaire. Une relation « amicale » à travers laquelle la forêt apporte aux hommes des biens et des services précieux qui concourent à la lutte contre le changement climatique, à la mise en place d’une économie moins carbonée, à la protection de la biodiversité, à la beauté des paysages, à l’épanouissement des hommes. Une relation à travers laquelle les hommes protègent la forêt, en garantissent sa pérennité et sa qualité dans le temps long qui est le sien.

Pour cela, il est essentiel d’installer un dialogue serein, respectueux et constructif entre les forestiers et la société. Il y a un véritable contrat social à bâtir sur le triptyque forêt/forestiers/société.

Charles Dereix

Ingénieur général des Ponts, des Eaux et des Forêts honoraire

Président d’honneur du Groupe d’Histoire des Forêts Françaises

Président de l’association Forêt Méditerranéenne

Membre du groupe Forêt de La Fabrique Écologique