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Régis FOURNIER

2 septembre 2016

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Une récolte céréalière décevante mais riche d’enseignements

Tandis que les résultats de la récolte céréalière se précisent et confirment l’ampleur des pertes, tant en volume qu’en qualité, chaque professionnel, chaque entreprise cherche dans l’urgence à s’adapter à cette situation pour en limiter les conséquences sur son activité. Pour leur part, les sélectionneurs se contenteront d’analyser les facteurs de réduction des rendements et d’en proportionner les effets. Le travail d’amélioration des plantes consiste à adapter les variétés à leur environnement économique (marchés, filières), agronomique (parasitisme, maladies, sol), et climatique. Après le choquant rappel de cette année, la première question qui se pose est celle de la résilience, de la rusticité des variétés modernes. En d’autres termes, l’amélioration des plantes a-t-elle fait fausse route?

Pour répondre à cette interrogation, l’INRA, le GEVES[1], et les instituts techniques agricoles tels qu’Arvalis, l’Institut technique de la betterave ou Terres Innovia, mènent régulièrement des expérimentations pour analyser le comportement des variétés proposées par les obtenteurs. Les conclusions sont claires : quelle que soit l’espèce considérée, les variétés modernes sont à la fois plus productives, de meilleure qualité industrielle et résistent mieux aux aléas climatiques.

Dans le cas du blé, l’amélioration génétique a permis aux rendements de progresser de 0,9% par an depuis les années 1980, tout en renforçant la résistance aux maladies et aux parasites (l’écart entre rendement des blés traités et non traités s’est réduit de 0,4 quintal par an), et en élevant la qualité industrielle : 80% des variétés de blé sont aujourd’hui panifiables contre seulement 20% en 1978. Dans le cas du maïs, les rendements ont progressé parallèlement à la tolérance à la sécheresse. Pour le tournesol, les rendements ont augmenté de plus de 40% en 30 ans, et sont devenus plus stables.

En dépit des conditions extrêmes de cette campagne, nous sommes confortés dans les voies et les technologies que nous utilisons. Ce travail d’amélioration des plantes sera d’autant plus efficace que nous aurons accès aux biotechnologies qui font déjà leurs preuves en santé humaine. Nous pourrons alors mieux contribuer au progrès tant agricole que sociétal.

Rappelons enfin que les semences s’insèrent dans un corpus large d’outils dont disposent les agriculteurs et que la génétique n’est pas la seule solution ! Elles ne peuvent, à elles seules, pallier tous les aléas, amplifiés par les dérèglements climatiques. Pour atténuer leurs impacts sur la production agricole, les agriculteurs français doivent disposer d’une large palette de solutions qu’ils sauront utiliser dans le respect de contraintes réfléchies et proportionnées.

Souhaitons que cette séquence douloureuse pour notre agriculture nous rappelle ces quelques enseignements. Nous pourrons alors profiter dans toutes les circonstances de l’apport des innovations.

Régis Fournier est président de l’Union Française des Semenciers

[1] Groupe d’Etude et de contrôle des Variétés Et des Semences : organisme officiel constitué par l’INRA, le Ministère en charge de l’Agriculture et le GNIS (interprofession des semences) assurant l’expertise sur les nouvelles variétés végétales et l’analyse de la qualité des Semences.