Avenir de la BIO : Entre éveil et réveilPublié le 14 avril 2021 par Yves LE MORVAN

La Commission européenne a délivré le 25 mars 2021 une nouvelle Communication relative à son Plan d’action pour le développement de l’agriculture biologique. Ce Plan définit les moyens que l’Europe mettra en œuvre afin d’atteindre l’objectif de 25 % des terres agricoles de l’UE sous mode bio en 2030, comme cela avait été indiqué dans les deux grandes Communications de la Commission de mai 2020, celle relative à la « Stratégie biodiversité », et celle concernant la « Stratégie de la ferme à la table ». Sans ce Plan, la réforme de la réglementation bio avec le nouveau règlement général N° 2018/848 qui s’appliquera le 1er janvier 2022, et les plans bio européens passé (2014-2020) et futur (2021-2027), amèneraient l’agriculture bio à une surface agricole de 15 à 18% du total. Une belle croissance certes, mais insuffisante par rapport à l’objectif de 25 %. Pour rappel nous en sommes à 8,5 % des surfaces européennes à la fin de 2019, soit 13,8 millions d’hectares. La France atteint juste le même pourcentage pour 2,3 millions d’hectares.

 

Les moyens budgétaires viendront essentiellement des options des états-membres qui, dans le cadre de la future PAC, préparent chacun leur Plan Stratégique National, sous le regard de Bruxelles. La Commission a d’ailleurs publié en décembre 2020 ses recommandations, l’objectif de 25 % des surfaces en bio en fait partie.

 

Afin d’aller plus loin, la Commission propose en outre un Plan en 3 volets :

1 – Stimuler la demande (promotion du logo bio, encouragement aux cantines, aux écoles…) et rassurer les consommateurs (traçabilité, lutte contre la fraude…) ;

2 – Encourager la conversion en bio y compris dans la chaîne alimentaire par le soutien à la recherche et l’innovation (aquaculture, nutrition animale), l’organisation (OP, création de « Bio-districts »), l’information (statistiques) ;

3 – Améliorer les contributions de l’agriculture biologique à la durabilité, avec des réseaux d’exploitations agricoles (empreinte climatique et environnementale, biodiversité…), la recherche d’alternative aux intrants à problème (cuivre), l’amélioration du bien-être animal.

 

Des moyens importants seront donc mis à disposition.

 

Il faut sincèrement promouvoir l’agriculture bio, pour ses qualités, et aussi pour le « challenge » qu’elle représente vis-à-vis de l’agriculture conventionnelle, devenue en réalité plurielle. Faut-il pour autant l’adouber au point d’écrire dans cette Communication que « les agriculteurs bio sont les pionniers de l’agriculture durable de demain » ou que « l’agriculture bio DOIT être un modèle à suivre » ?

A trop vouloir susciter l’éveil des citoyens et des consommateurs ne fait-on pas porter un risque indu à une agriculture bio européenne idéalisée, alors que diverse en réalité et réceptacle de désirs variés ? La bio va devoir se frayer un passage entre ses admirateurs et ses contempteurs, afin de poursuivre un chemin heureux et tenir ses promesses.

 

Sinon le réveil pourrait être douloureux. Notamment sur le sujet clé de la création de valeur et des rémunérations, à tous les étages de la chaîne alimentaire avec l’appui nécessaire de filières solides. En France, le chiffre d’affaires alimentaire de la bio poursuit son ascension à 11,9 milliards d’€ en 2019. La part de marché de la GMS conventionnelle progresse pour atteindre 55 % contre désormais seulement 28 % pour les distributeurs spécialisés en bio, et les marques de distributeurs (MDD) en sont le fer de lance. La bataille des prix ne fait que commencer.

 

Mieux vaut ne dormir que d’un œil.