BIO : NATEXPO 2019Publié le 25 octobre 2019 par Yves LE MORVAN

Concilier forte croissance et nouveaux comportements des consommateurs

 

Illustration article sur Salon Natexpo

Le salon professionnel NATEXPO, salon international des produits biologiques, vient de se tenir du 20 au 22 octobre 2019 au Parc des Expositions de Paris Nord Villepinte, après une séquence à Lyon en 2018. 1 100 exposants, dont 25% d’internationaux, y ont mis en valeur leurs produits ou services en alimentation et vins, mais aussi en diététique, ingrédients, cosmétique, hygiène, produits et services pour la maison, équipements pour les magasins. Un salon étendu qui correspond à la forte dynamique des filières bio, en régions, en France et à l’international. L’occasion de faire le point sur l’évolution des marchés et les souhaits des consommateurs.

 

Quelles évolutions dans la bio en France ?

 

Tout d’abord la lame de fond de la consommation continue sa progression. En 2018 la consommation de produits bio a atteint le chiffre de 9,7 milliards d’€, soit + 15,7 %. Cela correspond désormais à près de 5 % de la consommation alimentaire des ménages. En attente de la confirmation des données du 1er semestre 2019, les 10 milliards seront déjà dépassés, tant la croissance demeure forte. D’une part, les consommateurs en veulent toujours plus, sur la base des vertus accordées au bio (santé, environnement, naturalité, bien-être animal…), d’autre part la distribution en fait son moteur de croissance par le développement des linéaires et la multiplication des offres.

 

En matière de distribution, la compétition entre la GMS classique et la distribution spécialisée tourne à l’avantage de la première. L’année 2018 a permis à la GMS d’enregistrer une croissance supérieure à 22%, pour atteindre une part de 49 % des achats par les ménages. Un record. Le e-commerce, le drive, les magasins de proximité voire le hard-discount propulsent les ventes de la GMS. La distribution spécialisée cherche à répondre par les valeurs (commerce équitable, RSE, proximité), les techniques de vente (vrac), et également la mise à disposition de nouveaux m2.

 

Du côté de la dynamique de la production, le nombre de producteurs engagés poursuit sa progression. Il y avait 41 600 exploitations engagées en bio à la fin 2018, + 5 000 en 1 an, soit 9,5 % du total en France. C’est évidemment une bonne nouvelle, pour deux raisons. D’une part les importations alimentaires en bio atteignant déjà 31% du chiffre d’affaires total il serait dommage que la croissance de la consommation ne s’appuie pas sur la production nationale. D’autre part ces nouveaux engagés émanent de toutes les filières, dont une bonne partie du secteur des grandes cultures (+ 31 %) qui jusqu’ici n’atteignait pas le niveau auquel il peut prétendre. Les surfaces en bio, certifiées ou en conversion, dépassent les 2 millions d’hectares, soit 7,5 % de la SAU.

(Chiffres Agence Bio)

 

Mais au fait, que souhaitent les consommateurs de bio ?

 

Les consommateurs sont nombreux, et le seront de plus en plus notamment du fait de l’application de la loi Egalim qui dispose qu’au plus tard en janvier 2022 les repas servis dans la restauration collective (à mission de service public) devraient comprendre 50 % de produits de qualité et durables, dont 20 % de bio ou en conversion bio.

 

Cependant plus les consommateurs de produits bio se comptent en nombre, plus leur approche devient plurielle, voire en partie banale. L’Agence Bio nous le précise, la principale raison de consommation de bio est la santé, puis la qualité/le goût, et ensuite l’environnement. En l’état, le bio rassure dans l’assiette et satisfait une demande individuelle. Pour autant le label bio est techniquement un label environnemental, fondé sur des obligations de moyens. Les produits bio vont donc, dans leur développement, rencontrer de plus en plus souvent la concurrence de produits conventionnels répondant aux craintes des consommateurs (« sans résidus de pesticides » par exemple), affronter les mêmes critiques et les mêmes doutes sur l’alimentation en général (mieux vaut alors « manger local » par exemple), devoir répondre à la question du niveau de prix (le bio peut être  considéré trop cher par des consommateurs à l’esprit moins militant).La réponse de différenciation apportée notamment par la distribution spécialisée en bio sous forme d’engagements complémentaires : RSE, lutte contre les emballages et le plastique, vrac, origine, énergie verte… touche certainement les consommateurs avides de sens, mais introduit aussi un doute paradoxal chez les autres, est-il possible de tenir autant d’engagements ?

 

Les produits bio ne sont pas des produits banals, par contre les consommateurs posent de plus en plus de questions banales, avec  un risque de volatilité comportementale.  Il faudra y répondre avec pédagogie pour conserver la valeur dans les filières.