Bioéconomie : de nombreuses innovations nécessaires pour changer d’échellePublié le 26 mars 2021 par Marie-Cécile Damave

Le cycle de conférences animé par agridées à l’occasion du programme InVivo Quest 2020-2021[1] s’est poursuivi avec un webinaire consacré à la Bioéconomie : son potentiel, ses limites et le défi de la mise à l’échelle des produits biosourcés, dans le cadre de la session consacrée au Royaume-Uni et à l’Irlande.

 

 

Lors de cette session, deux enseignants-chercheurs ont présenté le périmètre et les grands enjeux de la bioéconomie : Stéphanie Bröring, Professeure de Technologie, Innovation, Gestion et Entreprenariat, Université rhénane Friedrich-Wilhelms de Bonn–Institute of Food and Resource Economics et Florent Allais, Directeur et Professeur de Chimie Verte dans l’Unité de Recherche et Développement Agro-Biotechnologies Industrielles, AgroParisTech. La bioéconomie englobe toutes les activités industrielles et économiques qui utilisent la biomasse (source de carbone renouvelable) pour la production de produits et de services, en s’appuyant sur des principes et des processus biologiques et technologiques innovants[2]. Elle peut ainsi être mise en œuvre aussi bien dans le secteur de l’agro-alimentaire que dans celui de la chimie fine ou des biocarburants, faisant de fait appel à une large transdisciplinarité. La bioraffinerie de Pomacle-Bazancourt, située dans la Marne, illustre ce concept : la biomasse végétale est fragmentée et valorisée dans ces différentes industries, via une utilisation en cascade des agro-ressources et de leurs coproduits. Véritable écosystème synergique, la bioraffinerie optimise les principes de la bioéconomie en s’appuyant sur l’économie circulaire.

 

L’émergence de la bioéconomie appelle à innover, que ce soit avec des produits de substitution (nouvelles ressources, fonctions classiques), des procédés et chaînes de valeurs novateurs (en substitution aux chaînes de valeur pétrosourcées), de nouveaux produits (avec de nouvelles fonctions) ou encore des comportements nouveaux (modèles d’affaires différents, nouveaux comportements des consommateurs).

 

Les orateurs ont insisté sur le vaste périmètre de la bioéconomie : une large gamme de matières premières (coproduits de l’agriculture et de la viticulture, de l’industrie forestière, ou encore microalgues notamment) est valorisable à l’aide de diverses technologies (chimie verte, biotechnologies, génie des procédés, biologie de synthèse) en de très nombreux produits (cosmétiques, colorants, surfactants, arômes, anti-oxydants, polymères, solutions de biocontrôle…). Ces innovations sont particulièrement attendues dans certaines branches de la chimie fine, notamment dans le domaine de la santé des plantes et des produits pharmaceutiques.

 

Transdisciplinarité, partenariats public-privé, innovations, politiques publiques telles que le Green Deal européen, programmes publics de recherche sont des leviers essentiels pour le déploiement de la bioéconomie. A l’inverse, certaines réglementations très strictes, par exemple sur les cosmétiques, le manque de standards de marché sur certains produits, la disponibilité de la biomasse trop aléatoire en quantité et en qualité, et le manque de compétitivité des produits biosourcés par rapport aux produits pétrosourcés demeurent des contraintes fortes.

 

Un bon exemple d’innovation reposant sur la bioéconomie est la production de biochar à partir de co-produits de l’industrie agro-alimentaire. C’est le projet de la start-up Circular Carbon, dont Jenny Kay (Responsable R&D et Qualité) a présenté les multiples applications, à l’occasion de la même session d’InVivo Quest. Circular Carbon valorise les coques de cacao d’une usine du groupe Barry-Callebaut à Hambourg par pyrolyse, dans des conditions contrôlées et avec une technologie propre. Le procédé produit du biochar : une substance hétérogène et poreuse, riche en cycles aromatiques et en nutriments. Le biochar aurait 52 applications, dont les premières sont l’amendement des sols, la séquestration de carbone et la rétention d’eau dans les sols, en phase avec les enjeux du changement climatique.

 

Pour visionner cette conférence ainsi que tout le cycle de conférences du Quest Tour 2020-2021, retrouvez l’ensemble des replays ici : https://invivoquest.angage.events/editablepage/view/3266

 


Pour en savoir plus, retrouvez notre note de think tank parue en octobre 2018 : Bioéconomie : entreprises agricoles et société, une urgence partagée

 

 

[1] InVivo Quest est le programme d’open innovation d’InVivo, Union de coopératives agricoles. Il s’agit d’un concours destiné aux startups européennes qui proposent des solutions pour accélérer la transition agricole et relever le défi climatique. L’objectif est de structurer et fédérer un écosystème international d’innovation AgriFood pour faire émerger des champions mondiaux.

[2] Potocnik J. 2005. Knowledge based bioeconomy: Transforming life sciences knowledge into new, sustainable, eco-efficient and competitive products.