Changement climatique : profiter de la diversité des cépagesPublié le 19 janvier 2018 par Isabelle DELOURME

Les chercheurs travaillent à adapter les cultures au changement climatique. En vigne, cela pourrait passer par une utilisation plus diversifiée des cépages cultivés. C’est ce qui ressort d’une étude publiée par des chercheurs de l’Inra et de l’Université d’Harvard (USA) dans la revue Nature Climate Change le 2 janvier 2018.

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Les chercheurs ont d’abord utilisé les connaissances sur la diversité génétique issues de la littérature scientifique. Ils ont ensuite analysé les données du Centre Inra de ressources biologiques de la vigne de Vassal-Montpellier. Ce conservatoire de rang international dispose d’une collection ampélographique exceptionnelle, provenant de 54 pays viticoles (2700 cépages, 350 lambrusques ou vignes sauvages, 1 100 hybrides interspécifiques, 400 porte-greffes et 60 espèces de Vitacées). Ils ont ensuite croisé ces connaissances avec une base de données publiée par des chercheurs australiens qui décrit la distribution mondiale des cépages effectivement plantés dans tous les vignobles. Leur analyse met en évidence une très faible diversité génétique des vignobles cultivés à l’échelle mondiale. Ainsi 1 % des cépages (12 cépages sur 1 100 variétés de raisin de cuve cultivées) occupent 45 % des vignobles dans le monde. Dans certains pays comme l’Australie ou  la Nouvelle-Zélande, ils représentent même 80 % du vignoble. En Chine, c’est 75 % du vignoble qui a été planté avec un seul cépage, le Cabernet-Sauvignon.

 

Face à ce constat, l’étude souligne l’intérêt de regarder plus attentivement parmi les 1 100 cépages cultivés ceux qui sont mieux adaptés à des climats plus chauds, et qui se comportent mieux face à la sécheresse que les 12 cépages les plus connus et utilisés dans le monde et de les expérimenter. Une plus grande implication des viticulteurs dans le test et l’évaluation des cépages est jugée nécessaire, dans un cadre participatif qui permettrait de partager leurs données avec les scientifiques pour construire des stratégies pour s’adapter au climat de demain et éviter de pâtir des effets négatifs du climat sur leurs productions. L’étude souligne aussi deux préalables : être capable, notamment en Europe, de lever des verrous réglementaires (AOP en France), et que le consommateur accepte de changer ses habitudes en étant prêt à déguster de nouveaux vins issus de cépages moins connus.