Colza, es-tu là ?Publié le 22 avril 2021 par Yves LE MORVAN

Les statistiques du Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation[1] le confirment, les surfaces françaises dédiées au colza chutent en 2021 sous la barre symbolique du million d’hectares (990.000 ha) pour la première fois depuis…1997. A l’époque le colza poursuivait son ascension qui allait le porter dix ans plus tard à 1,5 million d’hectares. La tendance est également au recul au sein de l’Union européenne. Après la glissade, y-aura-t-il rebond d’intérêt ?

 

Les conditions météorologiques de ces trois dernières campagnes, notamment des conditions très sèches lors des semis post-estivaux, ainsi que les particularités d’une spéculation qui subit la pression des ravageurs et un accès réduit aux traitements phytosanitaires ont découragé des producteurs. Un rendement moyen national à 30 quintaux/ha ne fait pas rêver, même si  cette année le Matif a dépassé les 500 €/Tonne. En résultat, les acteurs européens achètent des graines au Canada, en Ukraine, en Australie…pour presque 7 millions de tonnes.  Car la demande est présente.

 

Du fait de sa propre histoire dans la PAC, la filière oléagineuse a su se développer en construisant méthodiquement sa propre chaîne de valeur sur la base des grandes tendances économiques et sociétales ; Ainsi l’estérification des huiles pour les carburants d’origine végétale, ou le renouveau culinaire, et en matière de santé, de la consommation des huiles de table, sans parler de la contribution à une moindre dépendance protéique pour la nutrition animale. L’innovation des acteurs de la filière a démontré sa force, elle devra encore le prouver à l’avenir afin de reconnecter production et consommations.

 

Du côté de la production, génétique et méthodes culturales devront apporter une partie des réponses aux défis actuels, dans des systèmes où la diversification des assolements et la longueur des rotations vont peut-être s’amplifier avec  la nouvelle PAC. Sans oublier le Plan protéines. Le colza  y gagnerait des hectares, dans des régions où il pourrait se développer ou se renforcer, au contraire des régions intermédiaires qui montrent des limites.

 

Du côté des utilisations, le futur se conjugue presque au présent. Le boom de la consommation humaine des protéines végétales[2], en direct ou comme ingrédient, participe à la transition flexitarienne alimentaire en cours. Il en est de même de l’usage de protéines non-OGM en nutrition animale, ou de carburants durables de nouvelle génération (B100). Enfin le développement de filières  bas-carbone, avec un colza primé auprès des producteurs (Plateforme OleoZE), renouvellera l’attrait de cette plante.

 

A l’avenir, nous continuerons de nous promener en bordure de nombreux champs de colza.

 

 

 

[1] Agreste Conjoncture Grandes cultures Avril 2021 N° 039 www.agreste.agriculture.gouv.fr

[2] Par exemple Communiqué de Presse BPI France/AVRIL du 30 mars 2021