Commercer en 2030, enjeux de sociétéPublié le 18 juin 2018 par Yves LE MORVAN

 

La FCA, Fédération du commerce coopératif et associé, tenait le 7 juin 2018 ses rencontres annuelles à Paris. Le commerce coopératif et associé ? Quelles enseignes ? Ces commerçants sont des entrepreneurs indépendants, propriétaires de leurs points de vente, qui mutualisent au sein de groupements un certain nombre de services et moyens tels les achats, référencements, marques, logistique, conseils-formations, outils marketing des enseignes…Ces groupements fonctionnent sur les principes coopératifs, par exemple la gouvernance 1 homme/1 voix.

Derrière le concept apparaissent des noms connus : Intermarché, U, E.Leclerc…Krys, Atol, Lissac, Optic 2000…Intersport, Sport 2000…Best Western, Orpi, Selectour…Au total 152 milliards d’€ de CA annuel soit 30% du commerce de détail en France pour 105 groupements/185 enseignes nationales/45 000 points de vente/553 000 salariés.

Eric Plat, le président de la FCA, a lancé le débat autour de « commercer en 2030, enjeux de société ». Dans quel monde opérera le commerce dans à peine plus de 10 ans, un monde tout à la fois imprégné de digital, de technologies, et tout en même temps demandeur de services et de proximité ?

En premier invité le Dr Laurent Alexandre (« La guerre des intelligences » JC Lattès) décrivait un scénario montrant le développement fantastique de l’intelligence artificielle, l’IA, dans une compétition très rude  marquée par «  la complexité, l’imprévisibilité, l’inégalité…et pour finir le vertige ».  «L’intelligence ? C’est ce qui permet de prendre le pouvoir ! ». L’auditoire cherchait sa respiration…Et jaillissait alors une question : Que se passera-t-il pour le commerce le jour où un Gafa créera sa propre cryptomonnaie ?

Les deux tables-rondes qui ont suivi, animées par un Olivier Dauvers vêtu de noir, ont argumenté et pondéré ces propos.

Dans la première, le sociologue Jean Viard a montré qu’il n’y a pas que les technologies ou l’IA qui impactent l’évolution de notre cadre de vie et notre façon d’acheter, les évolutions sociétales sont aussi impressionnantes que ce soit pour la famille (6% des enfants nés hors mariage en 1968, plus de 60% aujourd’hui ; des familles composées de 4 générations et non plus de 3) ou quant à notre vie personnelle (Sur une vie humaine de 700 000 heures, 77 000 sont passées au travail, 200 000 consacrées au sommeil, et le solde majoritaire versé dans un besoin de créer du lien sous une forme ou une autre, même dans un monde fondé sur l’individualisme).  Mercedes Erra présidente d’Havas Worldwide a souligné ce besoin de lien et de sens. La relation à la consommation change, le jugement sur le comportement sociétal des marques et de l’entreprise devient primordial. Le monde de demain ne sera pas robotisé.

Dans la seconde table-ronde Dominique Schelcher, le nouveau président de Système U, a souligné l’importance de la digitalisation dans la gestion interne des entreprises ou dans une approche client entièrement revisitée, mais en appuyant aussi sur l’avenir du lien avec les consommateurs que ce soit par exemple par l’information diffusée (via les médias sociaux), ou par une offre alimentaire de type « manger mieux, manger sain ». Une vision partagée par Thomas Pocher, adhérent E.Leclerc à Lille, qui a montré qu’après le temps des hypermarchés, en baisse, puis celui des drives proches  de l’optimum, venait le temps des magasins de proximité.  « Il faut aller vers le client, il y a l’accessibilité par le prix et celle par la proximité ». D’où la nécessité de mieux former et rémunérer les vendeurs dont le rôle change face à des clients informés.

En conclusion, la technologie change le commerce, les Gafas accumulent une énorme puissance, néanmoins la proximité, le réseau territorial et le service représentent une réponse moderne aux demandes évolutives des consommateurs. Le commerce coopératif et associé détient ces capacités de réponse, et les applique. Sa croissance est supérieure à celle du marché.