Complémentarités cultures – élevage : des synergies à développer pour des exploitations et des territoires durablesPublié le 26 février 2021 par Francky Duchâteau

Les 9, 11 et 12 février, Agro-Transfert Ressources et Territoires a présenté les résultats d’un projet de recherche et développement, mené conjointement avec les Chambres d’Agriculture, l’Idèle et l’INRAé sur les complémentarités cultures – élevage en Hauts-de-France.

 

 

Financé par la Région Hauts-de-France et l’Europe, ce projet, qui s’est déroulé de 2016 à 2020 a consisté à identifier, analyser et accompagner différentes exploitations agricoles de la région sur le développement d’interactions entre leurs ateliers de production végétale et animale, sur l’exploitation ou entre exploitations. La finalité du projet était de maintenir l’élevage en région et favoriser le transfert de connaissances entre les agriculteurs.

 

Pour des raisons principalement économiques et de simplification organisationnelle, les exploitations agricoles ont eu tendance à se spécialiser de plus en plus ces dernières décennies. En Hauts-de-France, région connue à la fois pour ces grandes plaines de cultures végétales (céréales, betteraves, colza, pommes de terre…) mais aussi pour ses bassins d’élevage laitier (en Thiérache notamment avec la production du fameux Maroilles), développer les complémentarités entre les différents systèmes a tout son sens, mais cela reste complexe. Beaucoup d’exploitations agricoles disposent d’ateliers d’élevage et de cultures végétales mais ils ne font que coexister sans que l’ensemble du système de production ne bénéficie des interactions entre eux.

 

A travers différentes expérimentations de terrain impliquant les agriculteurs dans la durée, le projet a mis en avant les atouts indéniables et multiples de telles organisations :

  • Amélioration de la fertilité des sols et de la fertilisation des cultures : valorisation des effluents d’élevage pour les cultures ; limitation des apports d’engrais azotés, échanges paille-fumier ;
  • Elargissement des rotations avec l’introduction de légumineuses et de couverts végétaux et meilleure gestion des adventices, réalisation d’assolements en commun avec les voisins pour faciliter les rotations ; régulation des bioagresseurs ;
  • Amélioration de l’autonomie alimentaire des élevages : autoconsommation de fourrages riches en azote, production de concentrés fermiers, achats ou échanges de fourrages sur pied avec des voisins ;
  • Valorisation des co-produits agricoles : pailles ou anas de lin en litière, pulpes de betteraves, drèches de brasserie en alimentation animale ;
  • Amélioration de l’autonomie économique de chaque atelier de production végétale ou animale et plus grande stabilité des revenus dans le temps grâce à la baisse des charges (usage d’aliments, d’engrais et de produits phytosanitaires) ;
  • Impacts positifs sur le plan environnemental : qualité de l’eau, préservation de la biodiversité ou des zones humides

 

De manière plus globale, les agriculteurs témoignent également d’une meilleure intégration locale de leur activité, à travers une communication positive envers les habitants du village mais aussi par la fourniture de leurs productions en circuits courts aux transformateurs locaux, répondant ainsi à des attentes sociétales fortes. Sans oublier une meilleure estimation du métier par les agriculteurs qui lui redonne du sens. En somme, les complémentarités cultures – élevage contribuent à la fois à la robustesse des systèmes de production et à l’amélioration des performances sociales, environnementales et économiques.

 

Toutefois, de telles organisations demandent de la confiance et de l’engagement fort des agriculteurs pour assumer la prise de risques : réflexion en commun des assolements et adaptation des habitudes de travail.

 

Ce projet a mis aussi en avant la nécessaire adaptation des métiers du conseil avec la production d’une approche systémique des exploitations et l’animation des collectifs d’agriculteurs : la démarche Coll’Innov. Les agriculteurs suivis reconnaissent avoir appris beaucoup au contact de leurs voisins ce qui leur a permis progressivement de lever certains freins au changement et améliorer leurs pratiques par plus d’observations pour agir de manière efficiente. Ces logiques d’apprentissage progressif et collectif autour d’ateliers de co-conception sont des facteurs clés de succès des transitions durables des exploitations agricoles. Ces apprentissages sont facilités par la manipulation d’un outil d’aide à la conception : SCOR3, qui apporte des repères et des cadres de réflexion pour penser et tester différents équilibres entre ateliers.

 

De telles pratiques agricoles apportent des éléments de réponses concrètes aux enjeux de l’agriculture française : durabilité des systèmes de production, adaptation et atténuation du changement climatique, consolidation de la souveraineté agricole et alimentaire, maintien du dynamisme des zones rurales et attractivité du métier.

 

Ces réflexions au niveau de l’exploitation agricole valent également au niveau de la consommation humaine dans l’objectif d’un rééquilibrage des régimes alimentaires entre protéines végétales et animales (Note agridées sur le fléxitarisme, octobre 2020).

 

Dans le contexte de refondation de la Politique Agricole Commune vers plus de durabilité agricole et alimentaire, les expériences de tels projets doivent pouvoir servir d’inspiration des politiques publiques européennes, nationales et locales pour accompagner dans la durée le développement des exploitations agricoles innovantes ou en mutation. La formation initiale et continue, ainsi que les services de conseil aux agriculteurs, ont aussi un rôle essentiel à jouer.

 

Pour en savoir plus, accédez au replay du séminaire et au centre de ressources dédié aux complémentarités cultures – élevage