Confinement et consommation alimentairePublié le 6 novembre 2020 par Bernard VALLUIS

Deux études réalisées par FranceAgriMer, publiées en septembre dernier, analysent l’impact de la crise de la COVID-19 sur la consommation alimentaire[1] et les scénarios d’évolution post-COVID[2]. La seconde vague de la pandémie et les nouvelles mesures de confinement appliquées depuis le 30 octobre renforcent l’intérêt de ces travaux.

 

Consommation alimentaire/ marché alimentation

Au-delà du constat que « la crise sanitaire et le confinement ont modifié profondément le comportement alimentaire des français, du moins temporairement depuis les circuits d’achat jusqu’à leurs assiettes », les auteurs des études relèvent en conclusion que « les consommateurs continuent de réaffirmer au moins dans leurs déclarations leur volonté d’aller vers une consommation plus raisonnée et plus « vertueuse ».

 

Partant des tendances exprimées à la veille de la crise de la COVID-19 (considérations « santé, bien-être et naturel », donner du sens à l’alimentation, nouvelles pratiques, attitude vis-à-vis de la mondialisation, valorisation du « faire soi-même »), la remise en cause de repères traditionnels de la consommation s’était traduite par des évolutions de fond des préférences alimentaires. Durant la période de confinement de mars à mai 2020, l’augmentation forcée de la consommation alimentaire à domicile s’est ainsi réalisée au bénéfice de la grande distribution.

 

Après des achats de précaution et de panique (pâtes, papier toilette, farine) les consommateurs se sont cantonnés à des produits de base au détriment des produits festifs dont la consommation a repris lors du déconfinement. Ainsi les courses sont plus apparues comme un moyen de ravitaillement qu’un acte de consommation, en faisant la part belle aux produits non périssables, aux produits de base pour « faire soi-même » (farine), avec la recherche de praticité et des limites pour le fait-maison, conduisant à des difficultés pour le secteur des boissons et les produits « confinement-sensibles » (champagne, foie gras, spécialités glacées, …).

 

Globalement la pandémie a renforcé le rôle direct et indirect de la santé dans l’alimentation et la préoccupation de participer à la lutte contre le changement climatique. Les intentions d’achat de produits « français » et locaux ont cependant été limitées par l’absence d’une information complète sur l’origine des produits. Par ailleurs la préférence donnée aux produits emballés ou sur-emballés est apparue contradictoire avec le souhait déclaré de préserver l’environnement. Enfin l’inflation des produits de l’alimentation a été forte essentiellement pour les produits frais (fruits, légumes, produits de la mer, + 11 ,7 % sur un mois) mais en moyenne, selon Kantar, le transfert vers le domicile des repas consommés hors foyer avant la crise, aurait généré 17 % de gains dans le budget alimentaire des ménages, ce qui se révèle inexact pour certaines catégories (foyers modestes, familles nombreuses) qui ont pâti de l’impossibilité de bénéficier de la restauration collective subventionnée.

 

Avec le déconfinement en mai 2020 et la levée des restrictions des libertés publiques, la période estivale a permis le retour à des comportements alimentaires d’avant-crise. Mais l’intensité de la seconde vague de la pandémie qui a justifié une nouvelle mesure de confinement conduit de nouveau à s’interroger sur l’impact de ces mesures sur les comportements alimentaires, et plus largement sur l’offre de produits.

 

Les cinq scénarios modélisés pour la période post-COVID (cf. supra note bas de page 2) peuvent être mis entre parenthèses jusqu’à la sortie effective de la crise sanitaire. Néanmoins les analogies et les différences entre le premier et le second confinement laissent à penser que les comportements alimentaires s’inscriront à court terme dans les trajectoires possibles à moyen terme.

 

L’heure n’est plus durablement à l’insouciance, ce qui éloigne la perspective du scénario dit de « l’après-guerre ». L’installation dans la durée de la crise économique devrait favoriser l’alimentation valeur refuge décrite dans le scénario « précarité alimentaire », avec la permanence d’une recherche de contrôle, d’achats nationaux et vertueux au regard de l’environnement.

 

La production agricole qui a démontré sa résilience lors du premier confinement devrait bénéficier lors du nouvel épisode du maintien de l’ouverture des marchés forains, à côté du canal de la grande distribution, ainsi que de l’activité de la restauration collective pour les établissements d’enseignement primaire et secondaire. La fermeture des restaurants, bars et cafés, et la priorité donnée au télétravail renvoient à l’augmentation des repas préparés et pris au domicile, ce qui devrait conforter les segments des produits pratiques, prêts à l’emploi proposés par les industries agroalimentaires.

 

Les consommateurs qui ont appris de l’expérience du premier confinement, n’ont pas cédé à la panique, ni aux achats excessifs de précaution, mais il est vraisemblable que les restrictions de circulation vont soutenir les habitudes d’achats livrés à domicile, le drive, et restreindre les fréquences de visites sur les lieux d’achats.

 

La pérennisation des mesures d’exception pourrait ainsi induire une inflexion plus rapide des transitions alimentaires, au premier chef desquelles le flexitarisme[3] susceptible de gagner l’adhésion d’un plus grand nombre de français. Les effets de la double crise économique et sanitaire en conjonction avec l’urgence climatique devraient quant à eux marquer durablement les orientations de l’offre agricole, des filières agroalimentaires, et de la configuration des circuits de distribution.

 

 

[1]https://www.franceagrimer.fr/fam/content/download/65172/document/15_CONSO%20COVID%20Impact%20tendances_vf.pdf?version=4

[2]https://www.franceagrimer.fr/content/download/65171/document/Scénarios%20Consommation%20Post-COVID.pdf

[3] https://www.agridees.com/download/publications/Note-Flexitarisme-octobre-2020-Web.pdf