Crises alimentaires 2020 : agir pour éviter une catastrophePublié le 29 avril 2020 par Isabelle DELOURME

Le Réseau mondial contre les crises alimentaires, une alliance internationale d’agences onusiennes, gouvernementales et non gouvernementales, dont l’Union Européenne fait partie, vient de publier l’édition 2020 de son rapport mondial annuel sur les crises alimentaires.

Les données qu’il mentionne sont évidemment antérieures à la pandémie de Covid-10. Mais selon ce rapport, à la fin 2019, plus de 135 millions de personnes dans 55 pays et territoires étaient confrontées à une grave insécurité alimentaire et avaient besoin d’une aide d’urgence. La moitié vivent en Afrique, 43 millions vivent au Moyen-Orient et en Asie, et 18,5 millions vivent en Amérique latine et dans les Caraïbes.

En outre, plus de 183 millions de personnes se trouvaient dans une situation de sécurité alimentaire tendue, risquant fortement de sombrer dans l’insécurité alimentaire aiguë (*) si elles étaient confrontées à des chocs supplémentaires.

Dans ces 55 pays et territoires confrontés à une crise alimentaire et mentionnés par ce rapport, 75 millions d’enfants présentaient un retard de croissance et 17 millions souffraient de dénutrition en 2019.

 

Le Réseau mondial contre les crises alimentaires a averti que la situation pourrait malheureusement continuer de s’aggraver en 2020 en raison de l’impact de la pandémie de coronavirus et a exprimé sa ferme volonté de continuer à aider les millions de personnes vulnérables dans le monde qui souffrent déjà d’une insécurité alimentaire et d’une malnutrition aiguë, qui menacent à la fois leur vie et leurs moyens de subsistance, dans le communiqué ci-dessous (http://www.fightfoodcrises.net/fileadmin/user_upload/fightfoodcrises/doc/GN_KeyMessages_FoodCrises_Covid19.pdf

) :

« La plupart des pays mentionnés dans le rapport mondial n’ont pas les moyens de mener des activités humanitaires à grande échelle pour sauver des vies dans à la pandémie tout en agissant simultanément pour protéger et soutenir la capacité de leurs citoyens à conserver leurs moyens de subsistance et gagner un revenu. (…)

Les personnes qui fournissent une assistance – qu’il s’agisse d’acteurs locaux, nationaux, régionaux ou internationaux – peuvent être confrontées à des difficultés pour atteindre les populations les plus vulnérables, en particulier les personnes handicapées, les personnes âgées et les enfants. Les coûts humanitaires peuvent augmenter. (…)

Partout dans le monde, des personnes sont personnellement touchées par COVID-19, y compris dans les pays de l’OCDE (Organisation de coopération économique et de développement) et d’autres pays à revenu élevé. Il pourrait leur être de plus en plus difficile de donner la priorité à aider les populations touchées par des crises alimentaires à l’étranger lorsque la situation sociale et économique dans leur propre pays a également été fortement touchée.

Compte tenu de l’ampleur de la crise de santé publique et de ses conséquences, les objectifs de l’aide publique au développement (APD) pourraient être manqués – à un moment où la réalisation de l’objectif de développement durable 2 (SDG2) d’éradication de la faim et de la malnutrition s’avère déjà particulièrement difficile dans plusieurs pays. En outre, il existe un risque de réduction des ressources allouées aux s’attaquer aux crises alimentaires et à la malnutrition, qui ont des conséquences néfastes sur la sécurité alimentaire, la nutrition et les moyens de subsistance des populations les plus vulnérables du monde.

Les pays couverts par le rapport mondial ne devraient pas avoir à choisir entre sauver des vies et préserver leurs moyens de subsistance

Le Réseau mondial contre les crises alimentaires s’engage fermement à continuer d’aider les millions de personnes vulnérables dans le monde qui sont déjà confrontées à une insécurité alimentaire et à une malnutrition aiguës, qui menacent à la fois leur vie et leurs moyens de subsistance. Le réseau mondial continuera à fournir des données, des analyses et des renseignements actualisés pour surveiller l’impact de COVID-19 sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle afin d’informer les programmes visant à répondre aux nouveaux besoins.

Nous ferons tout notre possible pour maintenir les lignes d’approvisionnement et la disponibilité alimentaire avec un soutien en nature et en espèces et pour maintenir l’alimentation thérapeutique et complémentaire en place. Nous sommes également déterminés à prévenir les défaillances du système alimentaire, à renforcer les capacités et les politiques nationales pour maintenir la production agricole et alimentaire et sauvegarder les approvisionnements agroalimentaires, à la fois pour fournir des aliments et des régimes alimentaires nutritifs, sûrs, abordables et durables aux consommateurs, y compris aux enfants, et pour assurer des revenus aux producteurs, aux pêcheurs, aux agriculteurs et aux éleveurs.

Le Réseau mondial contre les crises alimentaires continuera à assurer la coordination et à soutenir les efforts mondiaux et locaux pour répondre aux crises alimentaires et lutter contre la malnutrition. Nous n’épargnerons aucun effort pour empêcher les ménages de tomber dans une grave insécurité alimentaire et la malnutrition, ou pour contenir les impacts de la pandémie COVID-19 sur la sécurité alimentaire et la nutrition des populations les plus vulnérables de la planète ».