Décrypter le langage marketing des étiquettes avec Daniele BianchiPublié le 16 janvier 2018 par Marie-Laure HUSTACHE

Arômes artificiels imitant des saveurs perdues, présence d’additifs chimiques pour manipuler la durée de conservation, mais aussi la couleur et l’aspect des produits, process de fabrication surréalistes pour augmenter profit et prix…Souvent ignorant de ces méthodes, et perdu « dans la jungle des mentions, obligatoires ou pas, des médailles, des macarons, des allégations, et la savane du pur marketing », le consommateur peine à trouver son chemin.

Devenu méfiant car de plus en plus conscient de se faire berner, le néo-consommateur cherche plus que jamais les solutions pour acheter malin et préserver sa santé. Savoir lire les étiquettes et la composition de nos aliments semblent ainsi figurer en 2018 parmi nos « bonnes résolutions », à en croire les nombreux articles de presse et conseils sur le sujet (certains mentionnant notamment l’entrée en vigueur en France du Nutriscore en ce début d’année qui devrait s’apposer sur les emballages), et les diverses applications pour smartphone proposant en quelques scans de code-barre de tout saisir de n ‘importe quel produit vendu en rayons…

Ayant organisé en 2014 une conférence sur le thème de l’étiquetage nutritionnel (« Alimentation : conduite imposée ou bonne conduite », concluant à la nécessité d’une meilleure éducation alimentaire à mettre en œuvre par tous les acteurs concernés), c’est donc avec un intérêt certain qu’agridées a convié l’auteur d’un ouvrage malin paru fin 2017 aux éditions « Les Points sur les i » intitulé « Comment lire l’étiquette d’un aliment »*, qui rencontre depuis sa parution un réel succès auprès des lecteurs.

Daniele Bianchi, italien résidant à Bruxelles, enseignant et expert en droit alimentaire, travaillant au service juridique de la Commission européenne et avant tout « simple consommateur confronté à la corvée des courses et au dilemme du bon choix » fournit un guide pratique de près de 170 pages unique en son genre, truffé d’informations et de conseils. Passionné par le langage et particulièrement par le langage du packaging alimentaire sous toutes ses formes, Daniele Bianchi a su faire le 10 janvier dernier, en deux heures de présentations et d’échanges auprès des participants, une brillante démonstration.

 

« Je ne voulais pas écrire de livre anxiogène, encore moins aligner les conseils de façon professorale. Mon propos ne veut précis, mais agrémenté d’exemples, d’encadrés et d’un peu d’humour, pour que le lecteur-consommateur ait envie après la lecture du livre, de mener lui aussi l’enquête, d’être malin avec les étiquettes, en montrant qu’il n’est plus dupe de certaines allégations. » explique Daniele Bianchi.

Le message de l’auteur est clair et bien argumenté : une bonne éducation alimentaire passe par une bonne information et par le respect d’un consommateur averti qui sait équilibrer de façon éclairée ce qu’il consomme. Interrogé sur le Nutriscore qu’il juge au final imparfait et injuste pour certains produits (comme l’huile d’olive par exemple), Daniele Bianchi, propose pour sa part un code en trois couleurs pour distinguer les produits ultra-transformés des autres. « Au lieu de se référer aux profils nutritionnels qui peuvent être manipulés ou créés artificiellement par des procédés industriels et qui n’ont aucun lien avec la qualité d’un produit, il serait beaucoup plus simple de  distinguer en vert les produits naturels ou traditionnels, en jaune les produits transformés, en rouge les aliments ultra-transformés (incorporant plus de 5 additifs, conservateurs…). » explique-il. A noter que cette dernière catégorie d’aliments serait présente désormais en France dans près de 50% des supermarchés, selon Anthony Fardet, chercheur en alimentation préventive et auteur de l’ouvrage « Halte aux aliments ultra-transformés ! Mangeons vrai».

 

*Comment lire l’étiquette d’un aliment…et reconnaître faux produits naturels et vrais produits chimiques, par Daniele Bianchi, ed. Les points sur les i (Collection “Suivez le guide”), 173 pages, octobre 2017, 10 euros