Elevage de précision : réalités, limites et potentiel de développementPublié le 12 octobre 2017 par Marie-Cécile Damave

L’Académie d’Agriculture de France a consacré la séance hebdomadaire du 11 octobre 2017 à l’élevage de précision : les élevages de poissons, de porcs, de volailles, et de bovins y ont été abordés. Cette session a permis de clarifier le périmètre de définition de l’élevage de précision, de souligner les ressemblances et différences entre espèces animales, et de souligner les freins et limites de développement de ce type d’élevage. Une opportunité de détailler ce système abordé dans notre note « Tous acteurs de la transition numérique agricole ».

Caractéristiques de l’élevage de précision

– Suivi individuel des animaux, ou par groupes homogènes (par lignées, ou selon le sexe), une des difficultés en élevage étant la gestion de l’hétérogénéité des animaux,

– Contrôle des paramètres du milieu (en particulier dans les milieux fermés des bâtiments d’élevage et dans les élevages piscicoles) tels que la température, alimentation de précision (qui représente une part très importante des coûts de production, quelle que soit l’espèce,

– Surveillance : pilotage des maladies, suivi du bien-être des animaux (mouvements),

– Génétique : sélection génomique, phénotypage (bovin lait),

– Exploitation et traitement des données pour aider l’éleveur à prendre les bonnes décisions.

Réalités actuelles

– Elevage de saumons en fermes piscicoles en Norvège et de volailles en milieu fermé en France : les paramètres du milieu sont très contrôlés pour suivre la performance des animaux,

– Elevage bovin : l’identification individuelle est automatisée et obligatoire,

– Elevage bovin lait : de nombreux marqueurs sont commercialisés pour mesurer les paramètres biologiques et physiologiques des animaux, leur morphologie, leur comportement, et les paramètres environnementaux. 5000 élevages sont équipés de robots de traite en France : ce sont de véritables centrales de phénotypage.

Limites

– Difficulté d’adhésion de l’éleveur à ces outils : le métier se fait différemment, la multiplication des alertes provenant des capteurs peut être une source supplémentaire de stress, craintes vis-à-vis de la propriété des données et des bases de données,

– Il manque des systèmes d’exploitation pour traiter les données et les traduire en conseils d’action,

– L’élevage en pâturage est le parent pauvre de l’élevage de précision (l’enjeu y est l’évaluation de la valorisation de l’herbe par l’animal),

– L’utilisation d’outils numériques en élevage est-elle compatible avec les attentes des consommateurs ?

Potentiel de développement 

Outils d’aide à la décision à partir des données enregistrées par les capteurs,

– Intégration dans la chaîne de production jusqu’à la vente (blockchain),

– L’éleveur est prêt à fournir des données en échange de services,

– L’élevage de précision ne convient pas forcément mieux aux grands élevages qu’à ceux de petite taille, où la marge de progrès technique peut au contraire être plus importante,

– Développer l’alimentation de précision en associant les nutritionnistes aux développeurs de distributeurs d’aliments