Forum international pour l’alimentation et l’agriculture de Berlin : comment harmoniser la gouvernance des données ?Publié le 20 janvier 2020 par Marie-Cécile DAMAVE

Comme chaque année, le Forum International de l’agriculture et de l’alimentation (Global Forum for Food and Agriculture, ou GFFA) s’est tenu à Berlin en marge de la Semaine Verte, du 16 au 18 janvier 2020. Le GFFA rassemble sur une même thématique des acteurs économiques, des organisations non gouvernementales et des décideurs politiques internationaux, sous forme de colloques ouverts au public. Il aboutit à la réunion d’une petite centaine de ministres de l’agriculture, qui signent un communiqué commun, sorte de déclaration d’orientation et d’engagement politique stratégique.

 

  1. Un Conseil international du numérique pour l’alimentation et l’agriculture afin de faciliter l’accès à tous des outils numériques

En 2019, les travaux du GFFA s’étaient concentrés sur la digitalisation du secteur agricole et agroalimentaire[1]. La réunion ministérielle avait abouti à un communiqué dans lequel les ministres de l’agriculture des 74 pays présents demandaient à la FAO d’élaborer un concept visant à créer un Conseil international du numérique pour l’alimentation et l’agriculture, pour aider chacun à tirer parti des possibilités offertes par le numérique.

Un an plus tard, c’est chose faite : dans le communiqué daté du 18 janvier 2020, les 71 ministres de l’agriculture présents au GFFA ont accueilli favorablement les travaux de la FAO et des autres organisations impliquées à l’élaboration d’un Conseil international du numérique pour l’alimentation et l’agriculture. Dans ce communiqué, le ministres de l’agriculture présents à Berlin s’engagent à promouvoir la transparence des marchés agricoles et alimentaires pour atténuer les risques de volatilité excessive des prix et souligne l’importance du Système d’Information des Marchés Agricoles (AMIS[2]).

Le 16 janvier 2020, la FAO a organisé une conférence au GFFA pour présenter sa note de concept[3] et ses travaux préparatoires à la création du Conseil international du numérique pour l’alimentation et l’agriculture (International Council for Food and Agriculture).

Ce Conseil a été conçu d’une part pour éclairer les décideurs dans leurs choix stratégiques de politique numérique en cherchant à les harmoniser, et d’autre part pour mieux coordonner les actions des parties prenantes et acteurs publics nationaux et internationaux. L’objectif final est de « renforcer les bénéfices de la digitalisation de l’agriculture et de l’alimentation pour améliorer les conditions de vie dans les zones rurales et les économies locales ».  L’idée centrale de ce Conseil est de rendre ces technologies accessibles au plus grand nombre, c’est-à-dire disponibles et abordables même pour les petits agriculteurs. Cela implique en particulier des actions de formation pour réduire la fracture numérique.

  1. Exemples d’outils numériques assurant la transparence de l’information marché agricoles

Le 17 janvier, la Banque Mondiale et l’OCDE organisaient une autre conférence au sujet de l’accélération de la digitalisation de l’agriculture et de la transformation alimentaire. Plusieurs exemples d’outils numériques apportant davantage de transparence sur l’état des marchés agricoles ont été présentés, tels que la plateforme électronique Siogranos en Argentine ou les instruments de veille de marchés Foodex (Etablissement Autonome de Contrôle et de Coordination des Exportations) au Maroc.

Le ministère de l’alimentation et de l’agriculture fédéral allemand a considéré lors de cette conférence que le commerce en ligne était une opportunité pour le monde agricole, mais que de nouvelles règles étaient nécessaires pour à la fois garantir la libre circulation des données et également la protection des consommateurs. L’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) s’y attèle et une réunion au niveau ministériel est prévue en 2020 sur ce sujet.

 

  1. Renforcer la gouvernance des données et investir dans les infrastructures

Lors de cette conférence, la Banque Mondiale et l’OCDE ont souligné les opportunités et les risques de la digitalisation dans ces secteurs. D’une part, les transactions sont accélérées et les échanges se font en plus grande transparence en s’affranchissant des intermédiaires, le numérique fournit des jeux d’outils pour une agriculture de précision et l’accès à l’information et au conseil est facilité. D’autre part, la digitalisation engendre une concentration du pouvoir de marché des acteurs et des violations en matière de cybersécurité.

C’est pourquoi le représentant de l’OCDE a considéré qu’il est nécessaire de renforcer la gouvernance des données pour que s’établisse la confiance, en trouvant le juste équilibre entre transparence et protection des données, entre ouverture et confidentialité des données. Les réglementations en place sont hétérogènes dans les différents pays du monde, et l’OMC semble être le lieu adéquat pour réduire ces différences au niveau mondial.

Enfin selon l’OCDE il est nécessaire d’investir davantage dans les infrastructures pour améliorer la connectivité, dans la formation, dans les sciences et technologies qui permettent aux denrées de circuler et de traverser les frontières, mais ces actions se heurtent souvent à un manque de volonté politique. L’OCDE regrette que « trop d’argent public soit encore alloué à des politiques du passé ». Les aides PAC étaient-elles inclues dans ce sous-entendu ?

D’autre part, l’absence du Global Open Data for Agriculture and Nutrition (GODAN[4]) des podiums au GFFA a été surprenante. Le monde se tourne-t-il davantage vers la protection que vers l’ouverture des données ?

 

 

[1] Voir l’analyse agridées du 22/01/2019 : Forum de l’agriculture et de l’alimentation, Berlin : Focus sur le numérique : https://www.agridees.com/download/publications/analyses/GFFA-Berlin-2019.pdf

[2] AMIS a été lancé en 2011 à l’initiative des ministres de l’agriculture du G20, en réponse à la flambée des cours des matières premières et aux émeutes de la faim des années 2007-2008. Dès l’origine, son objet a été d’améliorer la transparence des marchés des matières premières agricoles et de coordonner les politiques, pour éviter les hausses de prix inattendues et renforcer la sécurité alimentaire mondiale

[3] FAO (2020) Realizing the potential of digitalization to improve the agri-food system – proposing a new international digital council for food and agriculture http://www.fao.org/3/ca7485en/ca7485en.pdf

[4] Le Directeur exécutif du GODAN était intervenu à la conférence que nous avions organisée au SIMA le 25 février 2019 : « L’agriculture augmentée : une réalité d’aujourd’hui et demain » https://www.agridees.com/lagriculture-augmentee-une-realite-daujourdhui-et-demain/