Géopolitique et COVID-19Publié le 24 mars 2020 par Bernard VALLUIS

A partir du premier foyer identifié à Wuhan, dans la province chinoise du Hebei, le virus parait avoir emprunté l’itinéraire des « nouvelles routes de la soie », avant la lettre, jusqu’en Europe en passant par la Corée, l’Inde et l’Iran. Et du fait de la sino-dépendance de l’économie mondiale, le virus a traversé l’Océan Pacifique pour toucher la côte ouest des Etats-Unis, comme il a essaimé également dans les terres australes.

Pour devenir une pandémie, une épidémie se propage en lien avec l’intensité de la circulation des hommes. Cette géographie des relations humaines dessine une planète dont les interfaces entre les Etats reconfigurent virtuellement les frontières économiques, mais aussi les routes qu’empruntent les affections virales pour se propager.

Au cours des dernières années, l’attention avait plutôt été focalisée sur les épizooties de nature virale, transmissibles à l’homme, c’est à dire ayant le caractère de zoonose. Ce fut le cas de l’ESB et des grippes aviaires. Pour l’ensemble de ces pathologies animales les traitements consistent à identifier les élevages atteints, à procéder à l’abattage des animaux concernés, et à organiser des vides sanitaires parallèlement à des mesures d’embargos aux frontières et enfin de compter sur l’immunité à venir du troupeau (« herd immunity »-(1)). On demeure ici dans le cadre d’une analyse géopolitique classique, pour laquelle n’intervient que le critère du coût économique, à l’exclusion du coût de la perte affective des victimes…

Le COVID-19, ne présente pas le caractère de zoonose avec les animaux d’élevage et les animaux domestiques. En l’absence de vaccins et de traitements spécifiques, hors ceux qui s’appliquent aux symptômes, confinement, distanciation sociale et restriction de circulation aux frontières sont les seules mesures susceptibles de ralentir et juguler à terme la propagation du virus. A ce stade la nature des régimes politiques et les modes de gouvernance des Etats révèlent une autre configuration des relations internationales. Tandis que les régimes autoritaires, Chine et Iran, prennent des mesures coercitives, les démocraties européennes, Italie, Espagne, Allemagne, France et leurs partenaires de l’Union adoptent des mesures proportionnées de restriction des libertés de circulation. A l’opposé, les gouvernants des Etats-Unis, du Royaume-Uni, des Pays-Bas ou du Brésil paraissent avoir sous-estimé dans un premier temps la nécessité d’actions fortes, laissant l’initiative aux instances décentralisées, villes, régions et états. Mais, tôt ou tard, tous les régimes, autoritaires ou non, sont contraints d’adopter des mesures restrictives des libertés publiques.

Même si tous se retranchent désormais derrière leurs frontières pour circonscrire le mal à huis clos, leurs bilans respectifs à l’issue de la pandémie inspireront sans doute une conception nouvelle des relations internationales. Dès aujourd’hui, il est des voix (2) qui en appellent à des solutions de droit qui combineraient et concilieraient souverainisme et universalisme pour « un état de droit sans Etat mondial ».  C’est malheureusement sans compter avec les polarités économiques et politiques du monde. Celles-ci, loin de s’effacer devant la gravité de la pandémie exacerbent l’affrontement permanent d’ambitions hégémoniques, hier entre l’URSS et le monde libre, aujourd’hui entre les Etats-Unis et la Chine.

 

 

(1) Curieusement c’est la stratégie que le gouvernement britannique a voulu mettre en œuvre dans un premier temps  dans le cas du COVID-19

(2) Cf . Mireille Delmas- Marty . Le Monde 17/3/2020 (article réservé aux abonnés)