Gestion des sols – un levier de la durabilité aux risques et bénéfices non mesurésPublié le 11 mai 2016 par Marie-Cécile DAMAVE

SolsLe 11 mai 2016, l’Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture (APCA), l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) et les Editions France Agricole ont organisé un débat sur les sols comme levier majeur pour le développement de l’agriculture et des territoires.

 

Dans la lignée de la COP21 et du programme 4 pour 1000 lancé par la France en 2015, la gestion de la qualité des sols est non seulement une priorité politique dans notre pays pour le ministère de l’agriculture, mais aussi une priorité technique pour la recherche publique (INRA) et pour nombre d’agriculteurs et leurs conseillers. Le président de l’APCA a ainsi annoncé lors de cette réunion sa prochaine signature de l’initiative 4 pour 1000.

 

Ce raisonnement agronomique et systémique n’est pas nouveau chez certains agriculteurs pionniers. Leurs démarches, en particulier avec les Techniques de Conservation des Sols (TCS), sont présentées comme exemplaires depuis le lancement de l’initiative « Produisons Autrement » en 2012 par le ministère de l’agriculture. Lors de la réunion du 11 mai, divers exemples de producteurs et de leurs conseillers intégrant semis direct, couverts végétaux, soins des organismes vivants des sols, ont été à nouveau mis en avant, s’intégrant dans le projet agroécologique français dans une démarche « bottom-up ».

 

La démarche est inclusive et communicante. Elle vise simultanément plusieurs objectifs : réduire l’érosion des sols, améliorer leur structure, leur fertilité (et donc réduire leurs besoins en intrants chimiques de synthèse), en favorisant les écosystèmes naturels qui permettent une meilleure régulation biologique de la matière organique, et créer du lien social entre praticiens et avec leurs conseillers. Les trois dimensions de la durabilité (curieusement, un mot qui n’a pas été prononcé lors de cette réunion, puisque le mot « agroécologie » est plus à la mode…) y sont.

 

Cette démarche est-elle convaincante ? Pas tout à fait. Il y manque la mesure des impacts. Aucun chiffre n’a été cité lors de la réunion du 11 mai. Avec tel système de pratiques de gestion des sols, dans tel système agro-pédo-climatique, de combien est diminuée l’érosion ? De combien augmentent les rendements ? Quelle est le taux de réduction des coûts de production (moins d’épandages de fertilisants, simplification du travail du sol, simplification du calendrier cultural…) ? Pas de réponses quantitatives à ces questions, mais seulement qualitatives. Gageons que l’INRA, engagé dans l’initiative 4 pour 1000, y travaille. Les Instituts Techniques Agricoles, pourtant partenaires de l’initiative 4 pour 1000, n’étaient malheureusement pas associés à la réunion du 11 mai. Pourtant, leurs travaux en la matière sont résumés ici.

 

Le changement de pratiques vers une meilleure santé des sols demeurera une importante prise de risque (en particulier économique) pour les agriculteurs tant qu’ils ne pourront anticiper les niveaux de risques et de bénéfices de ces démarches sur leurs exploitations.