GFFA : Panorama des outils politiques et techniques face au changement climatiquePublié le 26 janvier 2021 par Marie-Cécile Damave

Le Forum international pour l’alimentation et l’agriculture (Global Forum for Food and Agriculture, ou GFFA) est un événement international qui se tient chaque année à Berlin pendant la Semaine Verte. Il était organisé en format numérique et distanciel du 18 au 22 janvier 2021. Cette année, le GFFA était intitulé « Comment nourrir le monde en période de pandémie et de changement climatique ? ». De nombreux experts et responsables économiques et politiques internationaux y ont présenté leurs travaux pour maintenir la solidité de la chaîne alimentaire malgré les pressions sanitaires et climatiques qui s’exercent au niveau mondial. Le GFFA a abouti à un communiqué commun signé par de nombreux ministres de l’agriculture (76 au total) le 22 janvier 2021.

 

La résilience de la production agricole face au climat est durablement d’actualité… et les travaux d’agridées s’inscrivent dans ces réflexions, avec notamment la conférence « Le CO2 vert capturé par le droit » le 28 janvier 2021 et le lancement d’un nouveau groupe de travail le 29 janvier 2021 sur le thème : « Quels outils efficaces et rentables pour aider l’agriculteur à s’adapter et atténuer le changement climatique ? ». Voir aussi notre agridébat avec Bertrand Valiorgue auteur du livre “Refonder l’agriculture à l’heure de l’anthropocène” le 19 janvier dernier.

 

Actions et engagements politiques 

Dans le communiqué du GFFA, les ministres ont pris acte de leur responsabilité en matière d’action climatique pour assurer une alimentation adéquate et durable aux populations. Ils se sont engagés à réformer les politiques agricoles en faveur de pratiques agricoles durables qui contribuent à la fois à l’adaptation et l’atténuation du changement climatique. Dans le communiqué final, les ministres signataires ont cité de nombreux outils d’adaptation et atténuation : santé des sols, utilisation des éléments fertilisants, préservation de la biodiversité, importance des ressources génétiques et augmentation de la diversité génétique des espèces cultivées adaptées au climat, rôle de l’agroforesterie dans l’adaptation et l’atténuation, réduction de la déforestation, gestion durable de la ressource en eau, contribution de l’innovation, réduction des pertes et gaspillages alimentaires grâce à une économie plus circulaire…

 

Plus spécifiquement en ce qui concerne l’innovation, le communiqué des ministres de l’agriculture précise que « les nouvelles technologies, pratiques innovantes, les connaissances et les sciences en agriculture doivent être cohérentes avec les principes et les critères du cadre fixé par la FAO pour une bioéconomie durable ». Pour la FAO, cette dernière doit en effet être compatible avec les Objectifs de Développement Durable, l’Accord de Paris sur le Climat et d’autres accords multilatéraux sur l’environnement. Notons que Berlin a également accueilli en novembre dernier le Sommet international de la Bioéconomie.

 

Au GFFA, les ministres de l’agriculture se sont engagés à soutenir la recherche et l’investissement dans la digitalisation de l’agriculture « pour une gestion des ressources plus efficace, pour faciliter le bon fonctionnement des chaînes d’approvisionnement locales et mondiales, et plus généralement pour s’engager dans des démarches de durabilité ». Les ministres ont affirmé « soutenir le développement de stratégies nationales encadrant la digitalisation des chaînes alimentaires, par exemple en matière de propriété, de collecte et d’usage des données, et également pour sauvegarder les données personnelles sensibles des producteurs agricoles ».

 

Le 20 janvier 2021 une table ronde était organisée spécifiquement sur le thème du changement climatique et de l’agriculture réunissant des intervenants de haut niveau : le Commissaire européen à l’agriculture, le Directeur Général de l’Institut de Recherche International en Politiques Alimentaires (International Food Policy Research Institute-IFPRI), la ministre canadienne de l’agriculture et de l’alimentation, l’assistant du ministre australien de la pêche et de la forêt et la présidente de l’Organisation pan africaine des agriculteurs. Les interventions de ces participants ont illustré la convergence des politiques favorisant l’adaptation et l’atténuation du changement climatique par la production agricole et alimentaire :

  • Une agriculture climato-intelligente (« climate-smart agriculture »), des technologies vertes (production de biocarburants, réduction des émissions dues aux engrais, baisse des pertes et gaspillages), les pratiques permettant de séquestrer du carbone dans les champs et en plantant des arbres au Canada ;
  • Les politiques en faveur des innovations réduisant les émissions de gaz à effet de serre en Australie en particulier en élevage (génétique, composition de l’alimentation des animaux d’élevage) et dans les productions végétales (non-labour, génétique, agriculture de précision) ;
  • L’ambition de l’Union européenne de devenir le premier continent neutre en carbone en 2050, dans laquelle s’intègre la Stratégie de la Ferme à la Table.

 

Quels leviers en alimentation animale ?

Le 21 janvier 2021, une session du GFFA s’est concentrée sur le rôle que l’alimentation des animaux d’élevage peut jouer face au changement climatique, réunissant des représentants de cette industrie et des professeurs d’université basés en Allemagne, aux Pays-Bas et au Danemark ainsi qu’un Représentant de la DG SANTE de la Commission européenne. Les intervenants ont identifié plusieurs voies de progrès de ce secteur pour contribuer à l’adaptation et l’atténuation du changement climatique :

  • Orienter l’approvisionnement vers des sources durables de matières premières (localement ou d’importation). L’organisation européenne des industries d’alimentation animale (FEFAC) a présenté les différents indicateurs qu’elle utilise : taux de conversion alimentaire, part de matières premières non comestibles, part de soja responsable et ne générant pas de déforestation, potentiel de réduction de gaz à effet de serre et part de l’origine européenne dans la totalité des aliments utilisés ;
  • S’engager dans l’économie circulaire (valorisation des co-produits et des résidus, bioraffineries) et réduire les pertes et gaspillages ;
  • Consommer les protéines plus efficacement.

 

Différents types de solutions ont été présentées pour modifier les rations alimentaires des animaux d’élevage : naturelles (par exemple, des champignons des bactéries ou des insectes qui valorisent la biomasse), et technologiques (fractionnement de la biomasse, technologies enzymatiques, transformation des matières premières et des aliments composés, additifs favorisant une utilisation plus efficace des nutriments). Les additifs et compléments alimentaires prometteurs pour réduire les émissions de méthane des ruminants qui ont été présentés sont les corps gras, les nitrates en substitution des autres sources d’azote, ou encore une algue rouge (Asparagopsis).

 

Quels leviers en amélioration des plantes ?

Enfin, le 22 janvier 2021, le rôle des techniques récentes de sélection variétale (dites « New Breeding Techniques » ou NBT) pour répondre aux enjeux climatiques a fait l’objet d’une autre table ronde. Celle-ci a réuni des chercheurs universitaires de Munich et de Göttingen, un vice-président du Copa-Cogeca et un député européen. Dans cette table ronde, les intervenants ont évoqué le rôle de ces techniques pour atteindre les objectifs ambitieux de la Stratégie européenne « De la ferme à la Table » en termes de réduction des usages des produits phytosanitaires. Les NBT peuvent en effet permettre d’obtenir des plantes plus résistantes aux bioagresseurs et plus tolérantes aux stress abiotiques (sécheresse, fortes chaleurs en particulier) qui ont moins besoin d’apports phytosanitaires et de fertilisants. Les intervenants ont également souligné de rôle des NBT pour permettre à l’Union européenne de développer sa production de plantes riches en protéines et ainsi augmenter son indépendance protéique pour l’alimentation des animaux d’élevage.

 

Au-delà des polémiques de posture, les intervenants ont plaidé pour une approche pragmatique dépassant le débat autour de la question « les plantes issues des NBT sont-elles des OGM ? ». Ils ont plutôt estimé que l’amélioration des plantes, notamment avec les NBT, est avant tout un outil de gestion des risques pour les agriculteurs, qui doivent de plus en plus se passer des outils conventionnels.

 

 

Retrouvez les vidéos de cet événement ici : https://www.gffa-berlin.de/en/