Goût de Pâques, Goût d’agneauPublié le 7 avril 2020 par Yves LE MORVAN

Les fêtes de Pâques approchent en ce mois d’avril 2020. Catholique, mais aussi juive, orthodoxe…Et le Ramadan suivra.

La consommation d’agneau a conservé un lien étroit avec le calendrier, certes devenu républicain et laïc, mais qui reste marqué par les dates-clés religieuses. Les traditions culinaires se sont installées et la production agricole s’est organisée pour y répondre. Dans la France d’aujourd’hui, le mois de Pâques représente une période pour la filière ovine qui, à la fois, compte double en volume et crée un pic de valeur tant nos concitoyens sont friands d’agneaux de lait (animaux de quelques semaines) ou d’agneaux (animaux de quelques mois). A différents titres, l’agneau est un symbole du printemps.

 

Mais cette année, printemps rime avec confinement. Y aurait-il un risque d’effondrement ?

 

La filière ovine allaitante française a le mérite d’avoir su stabiliser ces dernières années un long mouvement de décroissance.  En effet, chaque Français consomme actuellement 2 à 2,5 kg de viande d’agneau et de mouton par an, quand cela était le double il y a 30 ans. La production nationale a elle aussi régressé, au rythme de la spécialisation de plus en plus forte des exploitations agricoles, des longs délais de la PAC pour ajuster ses soutiens et de la force du courant des importations, devenues dominantes.

Le bilan français en viande ovine se caractérise par le poids des importations, 56 % en volume, en provenance principalement du Royaume-Uni, de l’Irlande puis de Nouvelle-Zélande et d’Espagne. La France couvre 44 % de sa consommation, un chiffre qui redevient momentanément majoritaire lors de la période pascale, du fait d’une organisation planifiée de l’offre, de l’importance des signes de qualité et des prescriptions culinaires.

 

Le pic saisonnier de Pâques, favorable à la consommation d’agneau français, risque, dans les moments exceptionnels que nous vivons, de devenir un piège qui se referme. Quelles sont les solutions ?

Tout d’abord, solliciter la responsabilité sociétale et territoriale de la Grande Distribution afin de promouvoir l’origine française, étiquetage à l’appui. Le fait que l’interprofession, Interbev, soit une interprofession « longue » qui intègre la Distribution pourrait favoriser ce dialogue et ses déclinaisons régionales. La force du réseau des boucheries et du commerce local sur ce segment de marché spécifique, l’origine France, devrait constituer aussi un appui.

Ensuite, des mesures d’allègement de marché pourraient être utiles, avec abattage, congélation puis vente différée au long de l’année : soit par accord conventionnel entre opérateurs, soit en bénéficiant d’une aide au stockage privé qui a été demandée à Bruxelles.

Toutes ces mesures pourraient se conjuguer si nécessaire, comme le souligne Jean-Pierre Arcoutel*, Président de la section ovine de la CAPEL dans le Lot, une coopérative qui représente 10% de l’offre en Occitanie, la principale région française intéressée.

 

Évidemment, la meilleure solution durant ce confinement, ce serait de se régaler de gigots, épaules, carrés…de sacrifier au plaisir familial de la cuisine, de se lancer dans les nombreuses préparations d’une viande qui se distingue par l’originalité de son goût. L’éloge de cette différence et l’éducation au goût, notamment des plus jeunes, constituent certainement les meilleurs moyens de promouvoir à terme une consommation dont les vertus s’enracinent dans nos nombreux territoires, souvent difficiles mais résilients.

 

Alors, à Pâques l’heure n’est pas à la réforme, consommons de l’agneau français.

 

 

*Jean-Pierre Arcoutel est également Vice-Président de la Coopération Agricole, représentant les Régions.