INRAE : Le coût de sortie du glyphosatePublié le 18 juin 2020 par Bernard VALLUIS

Dans le cadre gouvernemental du plan de sortie du glyphosate, le groupe de travail constitué au sein de l’INRAE au titre des « Alternatives au glyphosate en grandes cultures » vient de publier le 9 juin dernier le rapport (1) concernant l’évaluation économique de la suppression d’usage de cet herbicide.

 

Les chercheurs qui ont participé à cette étude ont utilisé les données d’accès public, complétées par les travaux des Instituts Techniques Agricoles concernés. Par ailleurs, ils ont estimé les coûts des opérations culturales sur la base des données publiées par l’APCA et celles résultant des analyses du RICA.

 

A partir du constat des usages du glyphosate, pour lesquels prédomine la lutte contre les adventices et repousses ( 77,8%) devant la destruction des couverts végétaux (16,1%) et la destruction des prairies (2,1%), les experts ont identifié l’absence d’alternatives chimiques et focalisé l’étude sur les différentes techniques de travail des sols et de désherbage mécanique.

 

Après avoir examiné les différents facteurs qui influent sur l’usage du glyphosate (précédent cultural, stratégie de travail du sol, taille des exploitations, caractéristiques des sols et interactions de ces facteurs), le rapport présente 3 scénarios d’alternative au glyphosate, définis par l’adoption de techniques culturales différentes selon le mode initial de travail du sol ou de la pratique de l’agriculture de conservation. Ainsi les surcoûts ont-ils été estimés pour ces 3 scénarios.

 

Comme on pouvait le prédire, le surcoût le plus important concerne les parcelles en semis direct (79,83€/ha) et s’échelonnent entre celles auxquelles s’appliquent les techniques culturales simplifiées (25,6€/ha) sur labour occasionnel (9,42€/ha), un labour fréquent (6,5€/ha) et un labour systématique (4,4€/ha). Ramenée au revenu des exploitations, la part du surcoût dans l’EBE/ha moyen impacte fortement les parcelles actuellement en semis direct (+16,0%). Quant à celles qui pratiquent des façons culturales plus ou moins fréquentes, elles varient entre +0,9% pour le labour systématique, +1,3% en labour fréquent et +5,2% en techniques culturales simplifiées.

 

Le rapport conclut ainsi que « l’impact en termes économiques est d’autant plus faible que les exploitations labourent déjà fréquemment, voire systématiquement leurs parcelles », mais il reconnaît que l’étude n’a pas tenu compte des impossibilités d’intervention pour le travail du sol, ni des systèmes de cultures qui pourraient influencer la pression en adventices. De même « les estimations de surcoût n’intègrent pas les implications éventuelles sur l’organisation du travail, sur les difficultés de recrutement de main d’œuvre, ou d’accès au financement des investissements qui pourraient survenir avec ce changement de pratiques ».

 

On pourra déplorer que ce rapport ne signale pas le caractère contradictoire d’une intensification des pratiques culturales du labour au regard de l’empreinte environnementale de ces techniques. Or l’agriculture de conservation qui serait la plus impactée par le retrait du glyphosate ne mérite-t-elle pas sa certification (2) nonobstant l’usage de l’herbicide controversé ?

 

Est-ce le hasard de calendrier qui a conduit « Générations Futures » à publier une étude incontrôlable sur la présence de traces de pesticides dans « les eaux du robinet » (3) ou encore un collectif qui s’exprime par la voix de Madame Batho pour dénoncer les conditions, supposées contraires à la déontologie, d’attribution par l’ANSES de l’étude sur toxicité potentielle du glyphosate ?

 

Ici, le débat idéologique prend le pas sur les approches scientifiques, les adversaires de l’usage du glyphosate restant sourds aux difficultés de trouver des alternatives techniques neutres en termes économiques et environnementaux. De même ils présupposent démontrée la toxicité de l’herbicide utilisé dans le monde depuis plus de 45 ans, alors que le classement « cancérogène probable » du glyphosate n’a pas été retenu par les agences sanitaires européennes.

 

 

1) Alternatives au glyphosate en grandes cultures. Evaluation économique. INRAE 9 juin 2020

2) Glyphosate : une certification de l’agriculture de conservation pour sortir de l’impasse. Jean-Baptiste Millard. agriDées 15 novembre 2019

3) Etude de Générations Futures 17 juin 2020

4) Glyphosate : la déontologie de l’ANSES en question. Stéphane Foucart et Stéphane Horel. Le Monde 17 juin 2020