02/11/16

3 questions à Coldiretti

Première Organisation Professionnelle Agricole (OPA) italienne

Cette année, Coldiretti a organisé son 15ème Forum International de l’agriculture et de l’agroalimentaire. Saf agr’iDées y était convié et a sollicité les avis des responsables et des membres de cette organisation professionnelle italienne sur des sujets d’actualité.

 

 

1/ Le forum international de l’agriculture et de l’alimentation est un rendez-vous traditionnel pour Coldiretti. Pourquoi ?

Depuis 15 ans, Coldiretti a choisi le mois d’octobre, qui voit le monde entier se pencher vers le sujet de la nourriture grâce à la journée mondiale de l’alimentation, pour mettre en place une réflexion vaste et profonde sur les liens profonds entre agriculture, alimentation et géopolitique. Il s’agit d’un rendez-vous important pour élargir l’horizon de la réflexion au-delà à la fois des frontières de l’Union Européenne et des politiques sectorielles. Nous sommes persuadés que le XXIème siècle est en train de remettre l’agriculture au centre des stratégies globales de sécurité alimentaire, durabilité, croissance, emploi, migrations. Il nous appartient, en tant que représentants de l’agriculture italienne, de jouer un rôle de protagonistes, pour ne pas subir des décisions qui impactent fortement notre activité au quotidien.

 

Nous promouvons un modèle de développement qui se fonde sur une agriculture durable, profondément liée à son territoire, centrée sur la qualité, inclue dans une chaine alimentaire capable de reconnaitre la valeur et la partager d’une façon juste.L’accord de Paris et les objectifs de développement durable de 2015 tracent la route pour un parcours d’innovation visé à mieux produire et à ne pas gâcher pour nourrir une population croissante. Notre forum international nous offre l’occasion d’avancer dans cette direction.

 

 

2/ Venons à l’actualité : France et Italie partagent le choix d’introduire l’étiquetage obligatoire de l’origine pour les produits laitiers. Pensez-vous qu’il s’agit d’un pas dans la bonne direction ?

L’étiquetage obligatoire de l’origine des produits alimentaires est une bataille historique de Coldiretti. Déjà en 2004, avec plus d’un million de signatures collectées, nous avons promu une loi d’initiative populaire en faveur de cette transparence de l’information. L’Europe a avancé sur ce chemin, mais 1/3 de nos achats reste anonymes.

 

Ce feu vert de la Commission européenne répond tout d’abord à un besoin des consommateurs italiens : 9 sur 10 considèrent cette information très importante, sur la base d’une consultation publique promue par le ministère de l’agriculture et de l’alimentation.Il faut souligner que cette alliance entre France et Italie sur un sujet si important, donne un message fort à l’Europe et renforce l’action du Parlement UE, qui à plusieurs reprises a invité la Commission à donner des réponses cohérentes au droit à l’information des citoyens.

 

Le décret italien pour l’étiquetage de l’origine pour les produits laitiers représente un résultat économique extraordinaire pour les agriculteurs. Un exemple concret pour le démontrer : le marché qui rémunérait le lait « spot » autour de 24.74 centimes/litre à la fin du mois d’avril, a tout d’un coup rejoint les 41 en octobre. Ce décret permet de sauver 120 000 emplois dans l’élevage qui sont à la base d’une chaine de valeur de 28 milliards d’euros, la plus importante voix de l’export agroalimentaire italien et ambassadeur du « Made in Italy ». Elément non négligeable, cela nous donne également plus de moyens pour combattre l’ « agro-piraterie » internationale sur les marchés des pays tiers.

 

 

3/ La volatilité des prix est souvent associée à des spéculations largement payées par les agriculteurs à travers le monde. Quel est la vision de Coldiretti à propos de ce sujet ?

La spéculation brûle des milliards et milliards de dollars dans le monde. Si nous prenons un produit phare de l’agriculture italienne, le blé, cette année 40 milliards de dollars ont été perdus à cause des prix internationaux qui sont passés de 5,36 dollars/buisseau (27,2 Kilo) de l’année dernière à 3,95 en 2016. Ceci n’a engendré aucun bénéfice pour les consommateurs, mais a surement frappé sérieusement les agriculteurs.

 

L’évolution des prix agricoles est fortement affectée par les mouvements de capitaux, qui passent facilement des marchés financiers aux marchés des matières premières, comme le pétrole, les métaux précieux jusqu’au blé, maïs, soja. Ceci met en évidence les limites d’un modèle de développement intensif et globalisé, qui a déclassé la nourriture à une marchandise anonyme et indifférenciée. Ces manœuvres pénalisent énormément les producteurs, provoquent une forte volatilité, mettent en danger l’approvisionnement alimentaire pour beaucoup de pays. Tout cela contribue à faire augmenter l’écart entre les pays développés et en voie de développement et rend l’objectif « faim zéro » de 2030 beaucoup plus difficile à réaliser.

 

 

Propos recueillis par Patrick Ferrère.

@SAFThinkTank

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