27/05/16

Christophe DERRIEN

Responsable des affaires réglementaires, Plateforme NBT

1/ Basée à Bruxelles, la plateforme NBT regroupe un certain nombre de partenaires publics et privés impliqués dans la recherche utilisant les nouvelles technologies de sélection. Pouvez-vous nous décrire cette plateforme, ses actions et ses objectifs ?

 

La Plateforme NBT (NBT Platform) est une entité regroupant des entreprises – dont  notamment des PME – et Instituts de recherche ou établissements universitaires visant à éclairer les débats actuels sur l’utilisation de ‘nouvelles techniques d’amélioration des plantes (les ‘NBTs’).

 

1-L’objectif premierde la Plateforme NBT est d’apporter une « clarté juridique » quant au statut des NBTs au regard de la réglementation européenne : plus précisément sur le point de savoir si ces NBTs conduisent à créer des organisme génétiquement modifiés (‘OGM’) au sens de la Directive 2001/18/CE : si tel est le cas, les produits développés à partir de ces techniques sont soumis à cette réglementation particulière: avant que lumière ne soit faite sur le sujet, les applications commerciales qui peuvent en être faites au niveau européen s’en trouvent entravées.

2-La Plateforme NBT entend également informer les décideurs politiques et les parties prenantes intéressés – sur base d’informations claires et précises – sur ces techniques, en mettant notamment en exergue les bénéfices que celles-ci peuvent apporter au secteur de la sélection végétale, aux agriculteurs et plus généralement à la société, prise dans son ensemble.

 

De plus amples informations sur la Plateforme NBTs sont disponibles en consultant notre site web www.nbtplatform.org

 

 

2/ Quelles sont les nouvelles voies ouvertes par ces technologies d’amélioration génétique ?

 

Les nouvelles techniques d’amélioration des plantes fournissent des solutions permettant de répondre aux défis auxquels sont confrontés les différents acteurs de la chaine d’approvisionnement alimentaire.

 

Les NBTs permettent notamment à l’industrie semencière de produire des variétés de manière comparable aux autres  méthodes de sélection conventionnelle, mais ce de façon plus précise et plus rapide : les autres techniques de sélection conventionnelles reposent généralement sur des techniques dont le résultat est difficile à prévoir et nécessitant entre 7 et 15 ans de travaux, selon les espèces considérées. L’objectif de la sélection variétale est de produire les changements désirés et de les stabiliser au sein des nouvelles variétés ainsi sélectionnées.

 

Les NBTs revêtent également une importance particulière pour les acteurs en aval de la chaîne d’approvisionnement alimentaire : ces techniques permettent ainsi par exemple aux producteurs et détaillants de développer des produits répondant à des standards de qualité supérieurs, notamment en matière de durée de conservation (en freinant le processus de décomposition et/ou d’oxydation après transformation ou pendant la phase de transport). Ces caractères ont par exemple été obtenus aux Etats-Unis et au Canada sur des pommiers, des pommes de terre, et plus récemment sur des champignons.

L’introduction de ces nouvelles techniques permet ainsi indirectement de diminuer le gaspillage alimentaire.

 

Enfin, l’utilisation de ces techniques peut s’avérer également bénéfique pour le consommateur final : celles-ci permettent en effet d’améliorer les qualités nutritionnelles et organoleptiques des produits, permettant ainsi de répondre aux demandes particulières des consommateurs. Telo est notamment le cas du un blé sans gluten, lequel permet de prévenir les cas de maladie cœliaque (Espagne)

 

 

3/ A l’aide de quelques exemples, pouvez-vous nous dire ce que peuvent raisonnablement attendre les agriculteurs et les éleveurs de ces technologies ?

 

En complément des techniques de production traditionnelles, les NBTs aident les agriculteurs à produire des cultures à plus forts rendements, tout en diminuant l’utilisation des ressources disponibles tel que les terres agricoles, les consommations en énergie ou encore les intrants tel que les matières fertilisantes et produits phytosanitaires. En ce sens, elles aident les producteurs à contribuer à limiter le phénomène de changement climatique, notamment en réduisant la pression sur les terres agricoles.

 

De ce fait, les dépenses des agriculteurs s’en trouvent réduites, contribuant ainsi à augmenter leur compétitivité par rapport aux produits importés.

 

Phytophthora infestans est un champignon responsable du mildiou de la pomme de terre. Plusieurs traitements fongicides sont disponibles afin d’éradiquer cette maladie. Ces produits doivent en effet être pulvérisés en moyenne 15 fois par an en Europe. L’utilisation par la recherche publique européenne de la cisgénèse (une des techniques classifiées comme NBTs) a permis de mettre au point une pomme de terre résistante à cette maladie. La production de cette pomme de terre aurait ainsi des effets bénéfiques sur l’environnement et la santé des agriculteurs – du fait des pulvérisations foliaires limitées. Les dépenses ainsi  économisées seraient de l’ordre de 900 millions d’Euros au sein de l’Union européenne.

 

Propos recueillis par Marie-Cécile Damave.

 

[1] Source: projet EU Fusions, 31 mars 2016

@SAFThinkTank

Autres interviews :