04/04/17

Dominique Amirault

Président de la FEEF (Fédération des Entreprises et Entrepreneurs de France)

Président de la FEEF (Fédération des Entreprises et Entrepreneurs de France) depuis mars 2012, membre du Conseil d’administration de saf agr’iDées, Dominique Amirault publie aujourd’hui son premier ouvrage intitulé « Pour une République de citoyens entrepreneurs ! », aux éditions Tallandier. L’ouvrage, illustré de schémas et encadrés et s’articulant sous la forme d’un échange dynamique avec Nicolas Doze, journaliste économique à BFM TV, veut montrer la voie vers une société libérée et entreprenante.

 

 


1/ “Ce livre s’adresse à tous les citoyens, car en tout citoyen il y a un entrepreneur qui sommeille…” déclarez-vous d’emblée. En 2017, cette posture et cet état d’esprit pourrait nous sortir des blocages ?

 

Tout à fait ! Et mon livre aurait pu même être titré “Le réveil citoyen !”. Etre entrepreneur est un état d’esprit tourné vers l’avenir, vers les autres et vers l’action. Ce n’est pas une position sociale ou professionnelle : nous sommes tous entrepreneur d’un projet dès qu’on a la liberté de le faire. J’ai d’ailleurs conduit ce livre à la manière d’un entrepreneur par l’action, l’expérimentation et l’exploration, avec ce constat premier : l’organisation sociale française héritée de l’Ancien régime est obsolète, elle est celle d’une élite qui veut conserver ses positions, ses pouvoirs et son influence. En dépit de cet état des lieux plutôt sombre, marquant les limites d’un système pyramidal et hiérarchisé arrivé à bout de souffle, je plaide au 21ème siècle pour une transition entrepreneuriale où l’Homme est au centre de tout. C’est l’ère de “l’entreprise libérée”, selon la formule d’Isaac Getz. Nous sommes tous citoyens en participant aux décisions, tous entrepreneurs en construisant avec les autres. Le citoyen entrepreneur est donc celui qui crée de la valeur, de la richesse pour son bien-être personnel et pour la société. L’Homme est une fenêtre ouverte sur le monde, une source d’espérance, d’opportunités et de progrès. Et si ce réveil citoyen a lieu, il n’y a plus de raison d’être décliniste, ni populiste. Au contraire, soyons optimistes, car oui les opportunités existent. Appuyons-nous sur les Hommes, ce gisement inépuisable de valeur, faisons leur confiance. Soyons prêts à entreprendre, à prendre en main notre destin et à être les parties prenantes de notre renaissance ! Redonnons le pouvoir aux “sachants” et aux “faiseux” de l’entreprise !

 

 

2/ Vous dénoncez, dans la lignée d’Alexandre Jardin, la déconnexion entre les aspirations des citoyens et les réponses institutionnelles apportées “d’en haut”, tout en encourageant les initiatives individuelles et l’action concrète. Pouvez-vous développer ? Que signifie aussi pour vous libérer les énergies entrepreneuriales, quels sont les autres axes de vos propositions* ?

 

En effet, j’ai rencontré et dialogué avec tous les candidats à la présidentielle, quelle que soit leur famille politique, dont Alexandre Jardin. Comme lui je veux insuffler un vent d’optimisme et d’humanisme : il n’est pas le seul, et heureusement, à vouloir changer les choses et à responsabiliser les Français en les encourageant à “faire”, selon leurs moyens et à tous les niveaux. Il nous faut d’urgence répondre à une profonde aspiration à plus d’autonomie, d’indépendance, notamment de la part des nouvelles générations. Malheureusement, l’enthousiasme des Hommes est empêtré, étouffé par beaucoup de contraintes et de tutelles, muselé dans un écheveau complexe de relations sociales. Or les Français ont envie de respiration, besoin qu’on leur fasse confiance et d’être reconnus. Mon premier axe est donc de libérer les Hommes dans l’entreprise, qui reste la communauté dans laquelle nous passons le plus clair de notre temps, y développons une activité et des liens sociaux. Cette libération passe par le dialogue collaboratif, le partage et la co-construction. Dans ce cadre, la communauté humaine de l’entreprise est capable de prendre en main elle-même son destin pour s’adapter à son propre environnement et assurer sa pérennité ainsi que celle de ses emplois. Les règles s’établissent de bas en haut, selon le principe de subsidiarité, dans une dynamique ascendante. Finalement, la communauté humaine de l’entreprise est l’école de l’apprentissage pratique de la citoyenneté et de la démocratie sur le terrain.

 

Il faut libérer aussi les relations commerciales, et les relations politiques et citoyennes dans la cité. Sur le premier axe, je propose de réinventer la relation commerciale pour créer de la valeur ensemble. Le commerce est une affaire d’hommes, il faut donc, là également, développer l’approche collaborative, c’est-à-dire non conflictuelle. Ce renouveau de la relation commerciale passe parallèlement par la voie contractuelle et non par la loi (exemple des accords sur le discernement PME signés entre la FEEF et les enseignes). Néanmoins, une difficulté demeure : c’est le dérèglement du marché et de la concurrence qui déséquilibre les relations commerciales du fait des concentrations, en amont comme en aval. Dans ce contexte, la loi du plus fort s’impose progressivement au détriment des entrepreneurs PME. Il faut tenir compte des spécificités de ces derniers qui ne peuvent pas être traités de la même manière que les groupes mondialisés. Les premiers répondent à une logique humaine et sociétale alors que les seconds sont des institutions qui sont dans une logique financière et de domination commerciale. Cette domination détruit la diversité, les différences, le pluralisme et empêche donc la régénération du tissu économique et social. D’où la nécessité de reconnaître dans la Constitution un principe de différenciation qui seul permet une égalité réelle dans les faits. Aussi, pour que la concurrence soit saine, émulatrice et à armes égales, il faut qu’enfin les autorités remplissent réellement leur rôle et qu’elles cessent de laisser-faire dans une quasi connivence. Sur l’axe sociétal, de la même manière, il est indispensable de confier la gestion des sujets d’intérêt général, comme notre modèle social (retraites, chômage,…) , à la responsabilité directe des citoyens et des politiques (avec l’Etat). Cela implique notamment une rénovation complète du paritarisme à la française. Les citoyens ont un savoir réel, souvent sous-exploité car, justement, ils n’ont pas eu l’opportunité d’exercer le pouvoir. Il s’agit d’encourager les démarches de progrès, à l’image des engagements RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises), tels que ceux portés par la marque label ENTREPRENEURS+ENGAGES par exemple, créée par la FEEF.

 

 

3/ Comment pourraient s’appliquer vos recommandations aux relations avec l’agriculture ?

 

J’aimerais en premier lieu rappeler que l’agriculture constitue une grande richesse pour notre pays et que nous disposons d’un savoir-faire de haut niveau dans tous les domaines agricoles qu’il faut valoriser et préserver.

 

Dans ce cadre, la réalité est que l’agriculture est diverse et n’existe pas de façon “monobloc”. Il faut donc faire du “sur mesure” pour tenir compte de la spécificité des situations selon les secteurs, les valorisations apportées et la taille des entreprises agricoles, notamment. Cependant, comme pour les entrepreneurs PME, les agriculteurs sont nombreux donc en situation déséquilibrée face à un aval industriel ou commercial concentré et extrêmement structuré.

 

Aussi, la difficulté principale des agriculteurs réside dans la volatilité grandissante et imprévisible des cours des matières premières agricoles qui impacte directement leurs revenus. Plusieurs solutions permettraient de réduire de tels impacts.

 

Tout d’abord, à l’avenir, le développement des systèmes assuranciels dans le cadre européen devra inévitablement être étendu. Ensuite, compte tenu de la diversité des situations, les solutions devront passer par la voie collaborative et contractuelle. A titre d’exemple, les contrats pluriannuels permettant de lisser les prix dans la durée, tout en maintenant des rendez-vous pour les ajustements annuels, devront être généralisés. Enfin, je recommanderais que ce type de contrats monte en puissance progressivement et ne porte, au départ, que sur une partie de la récolte, avec une augmentation régulière par la suite pour tenir compte de la nécessaire période d’apprentissage de ce mode nouveau de relations amont /aval. En outre, il est clair que les Prix de Vente Consommateur doivent prendre en compte la réalité des variations des cours des matières premières pour éviter que seuls les agriculteurs en subissent les conséquences… D’autant plus que les consommateurs sont conscients de cette volatilité. Des études démontrent d’ailleurs qu’ils ne seraient pas forcément hostiles à des hausses raisonnables des prix finaux pour garantir un meilleur revenu aux agriculteurs.

 

 

Propos recueillis par Marie-Laure Hustache

 

*En parallèle du livre de Dominique Amirault, la FEEF publie « Solutions entrepreneurs pour 2017 – Réaliser la transition entrepreneuriale en 10 propositions» destinées aux candidats aux élections présidentielles et législatives de 2017. Parmi les solutions : renforcer les capitaux propres et encourager les investissements des PME, soutenir la trésorerie des PME, assurer l’équité et l’efficacité fiscale, encourager l’innovation etc.

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