06/10/16

Eric Gelpe

Directeur Général de Groupama Paris Val de Loire

Le Directeur Général de la Caisse régionale Groupama Paris Val de Loire a accepté de répondre à nos questions et de faire le point sur les conséquences pour les agriculteurs des conditions climatiques du printemps et été 2016.

 

1/ Groupama Paris-Val de Loire est une caisse régionale très concernée cette année par les sinistres climatiques. Pouvez-vous nous précisez l’ampleur des dégâts ?

 La Caisse de Groupama Paris Val de Loire se situe dans l’épi-centre de l’événement climatique hors normes de la fin du printemps et de l’été 2016. Les départements les plus touchés (pertes de rendement supérieures à 50%) sont : la Somme, la Seine-et-Marne et le Loiret.

Mais les autres départements agricoles de la Caisse Régionale sont également fortement touchés (perte de rendement entre 40% et 50%) : Oise, Val d’Oise, Yvelines, Loir-et-Cher, Indre-et-Loire, Yonne.

Ces données donnent une idée de l’ampleur du choc climatique subi par les agriculteurs des zones touchées (on devrait d’ailleurs plutôt dire « ravagées »).  Il s’agit d’un phénomène de type « centenal » qui pour l’assureur génère des coûts d’indemnisation hors normes : pour notre Caisse de Groupama Paris Val de Loire, c’est un grosse centaine de millions d’euros au titre des cultures d’hiver.

Ce sont plus 90% de nos sociétaires assurés en Multi-risques climatiques qui ont subi des dommages de grande ampleur.

 

Grâce à nos fonds propres et à notre système de réassurance à plusieurs étages dont la robustesse est éprouvée, notre Caisse et le Groupe Groupama sont armés pour face à ce type de situation et assumer notre rôle de protecteur de l’agriculture.

La totalité des sinistrés assurés par notre Caisse aura reçu la totalité de leur indemnisation au titre des cultures d’hiver entre le 15 août et le 7 octobre.

Au minimum nous pouvons dire que, grâce à une mobilisation interne (collaborateurs, experts-récoltes et administrateurs de caisses locales) exceptionnelle et à la hauteur de l’évènement dont nous avions pris la mesure probablement beaucoup plus tôt que d’autres acteurs, « nous avons fait le job » au service de nos agriculteurs sociétaires.

 

 

2/ Quelle est la part des agriculteurs assurés sur votre zone géographique ? Pour un développement de l’assurance, faut-il être incitatif ou coercitif ? 

Ce qui est très préoccupant du point de vue de la durabilité de la « ferme France » c’est la faible proportion d’agriculteurs assurés en assurance multi-risques climatiques sur récoltes. Il est généralement considéré que moins d’un tiers de la « ferme France » est ainsi protégée. Les agriculteurs des zones géographiques que nous couvrons se protègent dans une proportion légèrement plus importante, puisque la proportion est de près de 40% en grandes cultures.

Cette sous-protection est dramatique, et certaines exploitations ne s’en relèveront pas.

 

Les raisons de cette faible protection sont multiples, mais elles tiennent principalement aux orientations de gestion des exploitations très centrées sur les flux de cash et l’optimisation fiscale du résultat. Dans ce contexte, sur fond de préférence pour l’investissement, on ne peut que constater une assez faible réceptivité sur les questions de gestion des risques.

Une accumulation de conseils non pertinents et d’incitations au sur-investissement n’ont pas favorisé la clairvoyance sur les enjeux économiques propres à chaque exploitation.

 

Alors, faut-il être incitatif ou coercitif ? Il faut d’abord être pédagogique et régler leur sort aux idées fausses et aux illusions. Combien d’exploitants connaissent-ils réellement leurs prix de revient, combien ont-ils une claire appréhension du modèle économique de leur propre exploitation ? Combien d’exploitants connaissent-ils le coût réel de l’assurance climatique sur récoltes comparé à d’autres postes de coût ?

Au-delà de la pédagogie, des incitations (au lissage du revenu, à l’assurance), par voie d’amélioration ou d’intensification de dispositifs déjà existants, correspondraient probablement mieux à l’entrepreneuriat agricole.

Mais l’état des finances publiques ne laisse pas présager de grandes possibilités.

Pour autant qui est prêt à prendre le risque politique de la coercition à l’égard d’une agriculture déjà asphyxiée par des coercitions multiples et de plus en plus invalidantes ?

 

3/ Comment voyez-vous l’évolution des prochaines cotisations d’assurance, compte-tenu de la multiplication des aléas climatiques ?

La couverture assurantielle repose sur un double principe de mutualisation et d’étalement dans le temps du coût des aléas. Aussi il faut que le niveau des cotisations reste compatible avec la mutualisation la plus large et la plus pérenne possible. Des hausses exorbitantes seraient contre-productives.

Mais il est impératif également que le principe de l’aléa demeure. L’assurance ne peut pas être une subvention à des choix individuels de gestion et de stratégie culturale inappropriés.

Aussi les évolutions tarifaires prochaines traduiront ces principes :  d’une part favoriser l’accessibilité à la couverture assurantielle dans le temps et dans l’espace, tout en tenant compte de soubresauts climatiques plus rapprochés et plus intenses, mais d’autre part différencier, au moins partiellement, la répercussion du coût du risque en fonction de certaines pratiques culturales, voire écarter de l’assurance ce qui n’est pas assurable, parce que la survenance du sinistre a perdu tout caractère aléatoire.

 

Propos recueillis par Marie-Laure HUSTACHE

@SAFThinkTank

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