Guillaume Fourdinier

02/07/19

Guillaume Fourdinier

CEO, startup Agricool

1/ Pourquoi faire pousser des fraises dans des containers en milieu urbain ?

 

Pour plusieurs raisons : tout d’abord, parce que l’urbanisation est croissante partout sur la planète. Si 50% de la population mondiale est située dans les villes aujourd’hui, cette part devrait atteindre 70% en 2050 selon la FAO. Certaines grandes villes sont ou vont devenir de véritables déserts de fruits et légumes frais. L’approvisionnement des zones urbaines qui  consomment par les zones rurales qui produisent est un enjeu majeur. Produire des biens alimentaires directement en milieu urbain à forte densité de population, en complément à la production agricole en milieu rural, répond en partie à ce problème.

D’autre part, pour répondre aux demandes des consommateurs les fruits produits localement conservent leur fraîcheur, leurs qualités gustatives et nutritionnelles après récolte. Celles-ci sont en effet altérées par des temps de transport et de stockage trop longs nécessaires aux fruits produits loin des zones de consommation. Nos fraises ont une teneur en vitamine C environ 30% plus élevée que la moyenne des fraises de supermarché.

Jusqu’à présent, nous nous sommes concentrés sur la production de fraises mais nous allons nous diversifier dès le second semestre 2019.

 

 

2/ Quel est votre modèle économique ?

 

Nous nous engageons pour à la fois plus de qualité et de productivité. Depuis qu’Agricool a été fondé en 2015, nous travaillons à l’optimisation de notre méthode de production de fraises en containers : variétés de fraises, caractéristiques du milieu (humidité, qualité de l’air, luminosité, absence de pesticide), gestion de l’eau et des nutriments, énergies renouvelables uniquement pour l’alimentation en électricité, récolte à la main et à maturité. Tout cela grâce à notre équipe, qui compte aujourd’hui plus de 80 personnes aux profils très divers (agronomes, développeurs informaticiens, techniciens, logisticiens, spécialistes marketing…).

Les containers dans lesquels poussent nos fraises sont de véritables briques de Lego, facilitant la mise à échelle de notre production. Les rendements que nous atteignons actuellement sont 50 fois plus élevés qu’en 2015.

Nous avons réalisé plusieurs levées de fonds qui sont allées croissantes depuis notre création : de 500 000 euros en 2015 à 25 millions d’euros en 2018. Les contributions de divers fonds (BPI France, Danone Manifesto Ventures, Marbeuf Capital…) complètent les apports initiaux d’investisseurs tels que XAnge, Daphni ou Henri Seydoux.

Le sujet actuel est de trouver un modèle de profitabilité économique. La principale marge de progrès se situe au niveau du coût de la technologie, et plus particulièrement le coût de l’énergie (électricité nécessaire à l’éclairage en particulier).

Nous cherchons à développer la marque « Agricool » et sa notoriété parmi les consommateurs. Nos containers ont plusieurs implantations dans Paris et en banlieue, et nous fraises sont disponibles dans 4 magasins Monoprix de Paris, en barquettes clairement identifiées avec notre marque.

 

 

3/ Quel est l’impact environnemental de la production de fraises Agricool ?

 

Notre empreinte carbone est faible, grâce à la relocalisation de la production et à la bonne gestion des intrants en particulier.

La production fonctionne en circuit fermé pour l’eau, ce qui nous permet d’en consommer 90% de moins qu’en plein champ. De même, notre production consomme 80% d’engrais en moins et n’utilise pas de pesticides de synthèse.

La production de fraises se fait en aéroponie, sous forme de tours verticales. Les racines des fraisiers sont brumisées d’eau contenant des nutriments. Ce système nous permet de produire n’importe où, même sur des sols pollués en milieu urbain, sans exercer  de pression sur les sols.

 

 

Propos recueillis par Marie-Cécile Damave.

@SAFThinkTank

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