13/07/17

Hélène Le Gal

Ambassadrice de France en Israël

Nommée depuis juillet 2016, Hélène Le GAL est la première femme ambassadrice de France en Israël. Elle a accepté de répondre à nos questions en exclusivité. Retrouvez également son interview dans le dossier spécial Israël du numéro 229 de la revue Agriculteurs de France.

 

 

1/  Les entreprises françaises semblent frileuses envers le marché israélien. Il existe pourtant des débouchés et des possibilités de partenariats. Pouvez-vous nous en dire plus ?

 

Il y a encore quelques années, il est vrai que beaucoup de nos entreprises exportatrices regardaient le marché israélien avec une certaine appréhension. Je pense que cette perception a changé et que la logique des affaires a repris le pas. Il y a beaucoup d’idées reçues à inverser ou à nuancer. Par exemple, Israël n’est plus un « petit marché » : avec 8,6 millions d’habitants, Israël a la taille d’un marché européen de taille intermédiaire, avec un pouvoir d’achat par habitant supérieur à la moyenne européenne, une croissance de 4% de l’économie en 2016. La demande pour de nouveaux produits se développe continuellement, qu’il s’agisse des équipements industriels ou de biens de consommation. On entend qu’Israël est un pays « trop sensible » ou « trop complexe ». C’est pourtant une nation de l’OCDE depuis 2010, financièrement et politiquement la plus stable de la région, engagée dans des réformes d’ouvertures de ses marchés. Donc non seulement il existe des débouchés, mais nos entreprises s’en saisissent déjà : près de 6 000 PME exportent chaque année en Israël.

 

 

2/ Plus précisément, comment se portent nos échanges commerciaux agricoles et agroalimentaires ? Quelles perspectives peut-on attendre ?

 

En 2016, nos échanges exportations de biens vers Israël se sont élevés à 1,35 Md€, 1% de mieux qu’en 2015. Les exportations agricoles représentent 19 M€ et l’agroalimentaire 128 M€, consolidant un bond spectaculaire de +30% en 2015. Dans ces domaines, nous progressons, mais pouvons encore faire davantage. L’ambassade s’est notamment mobilisée pour développer activement les importations de viandes et de bétail vivants. La demande est importante : la consommation de viande bovine en Israël est de 25% supérieure à celle de la France. Bien sûr il existe des exigences sur ce marché, notamment la « cachérisation », mais les industries françaises savent y répondre. Beaucoup d’autres perspectives existent et le bureau Business France de notre ambassade assure chaque année la pénétration de nouveaux exportateurs français, en particulier à l’occasion de la semaine de la gastronomie que nous organisons chaque année en février.

 

 

3/ Israël est réputée pour son écosystème de l’innovation. Le Président de la République Emmanuel Macron entend faire de la France la « nation des start-up ». Comment cela est-il vu depuis Tel-Aviv, en particulier pour les secteurs de l’Agtech et Foodtech ?

 

Les israéliens eux-mêmes aiment à rappeler que l’innovation israélienne a démarré dans le domaine agricole, par nécessité. Le manque d’eau a conduit à la réutilisation de 80% des eaux usées, au dessalement de l’eau de mer ou encore à l’invention de l’irrigation au goutte-à-goutte. La Startup Nation est désormais réputée pour son secteur high tech. Toutefois, après s’être concentrée sur les applications numériques, on remarque que l’innovation israélienne s’élargit pour toucher tous les secteurs de l’économie. Dans les domaines de l’eau, de l’agtech et de la foodtech notamment, plus de 500 startups sont actives dans le pays. Vu de la France, qui dispose d’entreprises performantes et présentes à l’international dans ces secteurs, Israël recèle de nombreuses opportunités de partenariats technologiques, stratégiques et commerciaux. Les acteurs français en ont pris conscience et j’ai déjà eu le plaisir d’accueillir de nombreuses délégations sur ces sujets. Quant aux israéliens, s’ils n’ont pas spontanément le regard tourné vers la France, les choses commencent à évoluer dans le bon sens. C’est le fruit d’un travail sans relâche de promotion de la France et de la French Tech, notamment avec le soutien de la communauté French Tech Israel, qui œuvre avec nous à construire des ponts entre nos deux écosystèmes.

 

Propos recueillis par Isabelle Delourme

Crédit photo : Ambassade de France en Israël/Elodie Sauvage

 

@SAFThinkTank

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