22/07/16

Jessica Sbaraglia

Fondatrice de "TERRE DE MONACO"

« Terre de Monaco » instille de l’agriculture urbaine sur les toits, les balcons et les alentours des bâtiments de la Principauté de Monaco et communes limitrophes, tout en commercialisant ses fruits et légumes sous son propre label. Rencontre avec sa dynamique fondatrice et directrice Jessica Sbaraglia, 28 ans.

 

1/ De l’agriculture urbaine à Monaco : comment a germé cette drôle d’idée ?

Imaginez : la présence d’une agriculture locale à Monaco remonte à plus de 300 ans, dédiée notamment aux oliviers et fleurs à parfum…il était donc temps de changer les choses !  Originaire de Suisse, j’ai toujours vu, enfant, mes parents cultiver leur propre potager et manger le plus sainement possible.  Il y a six ans, mon parcours professionnel m’a amenée à habiter la Principauté où j’ai travaillé notamment comme responsable marketing et RP pour des marques de luxe.  Progressivement, étant toujours passionnée par la culture des fruits et légumes en marge de mes activités, j’ai réalisé que l’espace sur les toits n’était pas exploité sur ce tout petit territoire et surtout qu’aucun projet d’agriculture urbaine n’avait encore émergé. Très vite, j’ai étudié le potentiel de déploiement du projet. J’ai suivi une formation à la Ferme biologique du Bec Hellouin en Normandie, un lieu exceptionnel spécialisé en permaculture, jardinage et agriculture naturelle. En avril 2016, j’ai cherché des fonds grâce au crowdfunding, et obtenu grâce à ce mode de financement  en réseau plus de 26 000 euros pour démarrer, avec comme premier client  la Fondation Prince Albert II et ses 30 m2 de potager à cultiver.

 

2/ Bravo pour ce joli départ. Comment envisagez-vous la suite ?

Actuellement, nous sommes répertoriés dans le secteur des services, mais mon emploi du temps et mon mode de rémunération sont bien ceux d’une agricultrice qui vit de ses produits, veut former une équipe, et transmettre un peu d’expérience et de savoir-faire notamment via notre Label. Terre de Monaco a développé, en partenariat avec différents experts, des techniques basées sur la bio-agriculture intensive et la permaculture. Nos potagers hors sol se présentent sous la forme de bacs fabriqués à l’aide de planches de bois brut qui seront certifiées PEFC : provenant de forêts gérées de manière durable. Un ingénieur agronome travaille déjà à mes côtés comme chef d’orchestre des cultures et des associations de plantes (puisque nous sommes en permaculture) et je cherche aujourd’hui à recruter un jardinier maraîcher spécialisé en agriculture biologique.  Nous venons en effet de finaliser un contrat avec un deuxième client, l’hôtel Le Monte Carlo Bay, pour qui nous allons exploiter 360 m2 de terrain. Les chefs en cuisine bénéficieront des produits mais aussi les particuliers souhaitant des paniers de saisons. Le potentiel de déploiement est réel : on peut notamment s’en rendre compte quand on se rend sur la moyenne corniche de Monaco : 4000 m2 de terrains sur les toits encore non exploités, mais également d’autres parcelles en sol !

 

3/ Notre think tank saf agr’iDées a déjà organisé deux colloques sur le thème des  agricultures urbaines, insistant sur le statut juridique de l’agriculteur urbain, sur le modèle économique à trouver, mais aussi sur le rôle social et pédagogique de ce type de  démarche aujourd’hui en plein déploiement. Qu’en pensez-vous ?

Terre de Monaco existe officiellement depuis un mois, et profite en effet d’un formidable accueil : les medias, les habitants, les entreprises  sont curieux et très réceptifs. L’aspect culturel, ludique, citoyen est essentiel. Ayant bénéficié enfant de la transmission parentale en matière de jardinage, je souhaite faire de même auprès des tout-petits  et je dois prochainement rencontrer aussi des représentants du ministère monégasque de l’éducation.  Je réalise aussi que l’agriculture urbaine, et plus globalement les projets qui s’inscrivent dans un engagement durable fort (qui limite le transport des aliments, l’emballage des produits et qui surtout fait la promotion du bon goût et d’un art de vivre sain) ont le vent en poupe car le monde change et je veux faire partie de cette mouvance de bon sens ! La campagne de crowdfunding m’a apporté une visibilité énorme,  et mon expérience professionnelle antérieure nécessitant la maitrise des outils de communication me sert d’ailleurs grandement aujourd’hui dans mon activité ! Je pense même que ces compétences sont indispensables pour les agriculteurs des villes et des campagnes…

Propos recueillis par Marie-Laure HUSTACHE

 

 

 

@SAFThinkTank

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