02/12/16

Kevin Camphuis, accélérateur des start-up de l’alimentaire

Cofondateur de ShakeUp Factory

ShakeUp Factory, est une société de LBO et Venture Capital. Elle accompagne les start-up qui souhaitent se développer dans le secteur alimentaire.

 

1/ Après l’uberisation, vous pressentez dans l’agroalimentaire une « amazonisation » de l’offre de produits alimentaires, pouvez-vous nous en dire plus ? 

Amazon a annoncé au printemps 2016 à la fois la livraison de produits frais en une heure à Paris, Londres et dix villes américaines et le lancement de ses propres gammes de produits alimentaires, qui représentent l’aboutissement de 15 ans de développement pour offrir une expérience d’usage complète à ses millions d’utilisateurs. C’est exemplaire de la manière dont des acteurs venus du digital sont capables de totalement révolutionner une industrie dont ils ne sont pas issus. Et ce par la combinaison d’une maîtrise de technologies numériques et d’une approche centrée utilisateurs hors pair, deux processus avec lequel la majorité des acteurs de l’agroalimentaire n’est pas familière. Et la conséquence en est une remise en cause complète d’une chaîne de valeur producteurs-transformateurs-distributeur qui n’a pas évolué depuis des décennies et se trouve désormais totalement “disruptée”.

 

2/ Les acteurs traditionnels sont-ils prêts à saisir l’opportunité de cette révolution des usages ? 

La prise de conscience est on ne peut plus récente, surtout en France. Car c’est tellement nouveau, et venu de l’extérieur, que nombre d’acteurs n’ont pas vu venir les milliers de start-up qui à l’instar d’Amazon inventent de nouvelles réponses à de vrais besoins quotidiens. Une fois la prise de conscience, il faut leur donner le temps de comprendre la dynamique et mesurer les enjeux : c’est l’étape nécessaire pour passer de ce qui peut être une menace à une source d’opportunités de changer de modèle, se réinventer, explorer de nouvelles voies… Certains acteurs, encore peu nombreux, sont en train de mettre en place des projets de transformation et doivent faire le tri entre de nombreux modèles et sollicitations. Une chose est certaine, ce que j’appelle la nouvelle économie de la food est là pour se développer durablement, avec ou sans les acteurs traditionnels : ceux qui sauront collaborer efficacement vont accélérer leur nécessaire mutation, et les projets que nous avons déjà accompagné en ce sens en sont la preuve. Et compte tenu de l’ampleur de la révolution, cela leur demande de mettre en place des changements d’organisation, de process et des moyens à la mesure des enjeux.

 

3/ En France, cette hyper-personnalisation de l’alimentation, où le consommateur n’a même plus à sortir de chez lui, aura-t-elle la même ampleur ? 

Regardez le nombre de livreurs dans Paris le soir : qui aurait imaginé que, dans le pays de l’expertise culinaire, tant de foyers se convertiraient si vite à la livraison de repas à domicile ? Parce que c’est une bonne réponse à de vrais besoins de variété, de simplicité et à coût abordable. De même la livraison à domicile n’est que la prochaine étape des « drives » qui se sont développés rapidement en France. Donc oui, même si nos spécificités culturelles resteront, ces modèles de simplification et ces solutions de personnalisation vont attirer de plus en plus de clients, à commencer par les plus jeunes. N’est-ce pas une opportunité pour nombre d’acteurs traditionnels de se réinventer ? Et de s’approprier ces nouvelles technologies pour enrichir leurs propositions de valeur, ce qu’ils essaient déjà d’une manière ou d’une autre de faire en mettant en place des démarches CRM(1), par exemple. La différence c’est que l’innovation ne concerne plus seulement les démarches de marketing digital mais concerne désormais l’offre produit elle-même. Et là, les start-up que nous accompagnons ne manquent pas d’idées !

 

Propos recueillis par Marie-Laure Hustache.

Retrouvez cet article dans le numéro 224 de la Revue « Agriculteurs de France » à la page 24.

 

(1) CRM (Custom Relashionship Manage ment) : gestion de la relation clients

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