17/06/16

Marty Matlock

Directeur exécutif du département pour la Durabilité de l'Université de l'Arkansas, Professeur de génie écologique

En visite à saf agr’idées, Marty Matlock a présenté ses travaux sur l’agriculture durable.

 

1/ Vos travaux de recherches portent sur le développement de technologies et de processus destinés à accroître la résilience et l’efficacité des écosystèmes dominés par l’homme. Peuvent-ils être transposés en Europe ?

 

Mes travaux de recherche visent à accroître la prospérité que l’homme tire des territoires tout en améliorant les services écosystémiques qu’ils fournissent. Cela implique de comprendre comment les procédés et les technologies que nous utilisons dans la production agricole impactent les ressources telles que la santé des sols, la biodiversité, la qualité et la rareté de l’eau, les émissions de gaz à effet de serre, et la santé des populations. Des arbitrages sont donc nécessaires pour gérer ces différentes priorités.

Aux États-Unis, nos agriculteurs utilisent un système d’information géographique à l’échelle de l’exploitation et du bassin versant, proposant des cartographies et des modélisations. Les agriculteurs fondent leurs décisions sur ces outils pour tendre vers plus de durabilité. Nos agriculteurs adoptent des technologies de capteurs et de suivi dans presque chaque passage : travail du sol, semis, contrôle des ravageurs, récolte. La santé des sols s’améliore aux États-Unis car les pratiques culturales de conservation sont de plus en plus répandues. Elles représentent
aujourd’hui plus de 40 % de la production agricole américaine, et cette proportion est en augmentation. Il s’agit peut-être de la pratique la plus importante que les agriculteurs européens peuvent conduire pour rendre l’agriculture plus durable.

 

 

2/ En quoi consiste le projet américain de normalisation de l’agriculture durable, ASABE X629 ? Quelle en est son acceptabilité sociale, et son coût pour la filière ?

 

Le projet de norme ASABE X629 a été approuvé et est en dernière phase d’examen par l’Institut national américain des normes (American National Standards Institute – ANSI). Elle devrait être publiée en mai 2016. Cette norme est volontaire et devrait constituer un cadre général pour l’agriculture durable. Celui-ci se fonde sur une amélioration continue et crée un processus multipartite pour identifier des indicateurs-clé de performance, fixer des objectifs, et réaliser des améliorations. Il a été adopté par presque toutes les organisations de producteurs américaines. Le monde agricole soutient cette approche parce qu’elle a des objectifs de résultats et n’impose pas de pratiques. Les agriculteurs sont libres de mettre en oeuvre les meilleures pratiques possibles pourvu qu’ils parviennent aux résultats escomptés aux degrés qui ont été convenus. L’industrie contribue à cette démarche en collaborant aux indicateurs clé de performance et au processus de définition des objectifs. Des représentants des consommateurs, de la société civile, des organisations de défense de l’environnement, et de la chaîne de production sont également impliqués.

Le but de cette norme ANSI est de responsabiliser les agriculteurs pour définir la trajectoire vers davantage de durabilité. Il n’y aura pas de visibilité de cette norme au niveau du consommateur car elle se situe à un stade pré-concurrentiel. Nous sommes convaincus que TOUS nos agriculteurs peuvent aller vers plus de durabilité, et travaillent conjointement pour atteindre nos objectifs prioritaires(1).

 

 

3/ Pouvez-vous nous en dire plus sur le programme « Field to Market » qui a permis de rassembler plus de 65 organisations aux USA afin de construire une filière d’agriculture durable ?

 

« Field to Market » (littéralement « du champ au marché ») regroupe des producteurs, des représentants de la chaîne de production, des organisations qui défendent l’agriculture de conservation, des agences gouvernementales, des universités, et des entreprises qui sont en quête d’opportunités pour améliorer progressivement la productivité, la qualité de l’environnement, et le bien être des hommes.

Cet ensemble d’acteurs a adopté un processus décisionnel collaboratif, un dialogue étant engagé dans l’ensemble des filières, sur des bases scientifiques, et ouvert à toute la gamme des choix technologiques. Le but de « Field to Market » est d’aider la totalité de l’agriculture américaine à devenir plus durable. Ces débats sont le fruit d’enjeux partagés : nous devons préserver les services écosystémiques des territoires dont dépend notre prospérité commune, tout en fournissant une alimentation suffisante pour 10 milliards d’habitants dans 40 ans. « Field to Market » est une organisation non gouvernementale. Elle est financée par les cotisations de ses adhérents, des dons et des subventions. Les agriculteurs ne paient pas autre chose qu’une participation par l’intermédiaire de leurs organisations de producteurs. Les consommateurs ne paient rien, cette organisation n’ayant pas de visibilité auprès d’eux.

 

 

4/ Y a-t-il une place pour les biotechnologies dans votre définition de la durabilité ?

 

Nous considérons que ce sont les agriculteurs qui doivent pouvoir décider de choisir leurs outils et les technologies nécessaires pour atteindre nos objectifs communs. Ils peuvent les utiliser si c’est légal. Si certains outils ne permettent pas d’atteindre nos objectifs communs, alors ils sont inutiles. Aux États-Unis, nous avons constaté que certaines cultures issues des biotechnologies ont permis d’améliorer la santé des sols, réduire les émissions de gaz à effet de serre, améliorer les rendements, réduire les consommations énergétiques, et rendre plus efficace la consommation d’eau. Ces cultures sont donc des outils appropriés pour une production agricole durable.

 

 

Propos recueillis par Isabelle Delourme (questions) et Marie-Cécile Damave (traduction).

 

(1) Plus d’informations sur le processus de normalisation : http://s3.amazonaws.com/
aggateway_public/AgGatewayWeb/EventsAndAwards/2014Conference/2014_Presentations/
Thursday%2013/11_13%20Interoperability_Sustainability_Big%20Data%20Impact_1.pdf.

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