15/04/16

Olivier Urrutia

Délégué général de l’Observatoire des Think Tanks

1/ Vous avez lancé en mars  le premier « Label Gouvernance et Transparence des think tanks ».  Les Français, et j’ajouterai même les medias,  s’intéressent-ils vraiment aux think tanks et comprennent-ils leur rôle démocratique ?

 

L’écosystème des think tanks en France connaît un essor d’une ampleur considérable depuis les années 2000. Ce phénomène, qui n’est pas exclusivement propre à la France, est fortement lié à l’avènement des technologies de l’information et de la communication et à la multiplication et complexité technique croissantes des problématiques politiques qui se présentent aux pouvoirs publics. Au regard de ces évolutions, les think tanks occupent une place croissante dans le débat public et dans les processus d’élaboration des politiques publiques. A ce titre, la question au cœur du débat public porte les risques ou les opportunités pour la démocratie qu’incarneraient les think tanks. En effet, ce type d’organisation nous oblige à une réflexion autour de la notion de l’intérêt général et des phénomènes d’addiction à l’expertise ou d’hégémonie de l’opinion publique en même temps qu’il ébranle les modalités très jacobines de gestion des politiques publiques. Dans ce contexte général particulièrement sensible, l’on constate une hyperinflation de la présence dans les médias (qu’il s’agisse des chaînes de télévision, de radios ou bien encore de la presse nationale) de représentants de think tanks invités sur la base de leur expertise et de leur entregent. Cette hyper présence de quelques uns n’est d’ailleurs pas loin de devenir contre productive car le rythme de travail du think tank n’est pas celui du temps médiatico-politique. Il faut donc trouver un équilibre dans les temporalités entre actualité et travail de recherche. De façon concomitante, l’Observatoire des Think Tanks, en partenariat avec l’Institut Think, réalise depuis 2015 le Baromètre de l’image des think tanks auprès de cadres des secteurs public et privé dont les résultats sur les questions de notoriété, de légitimité et de crédibilité sont sans équivoque : les think tanks sont très largement plébiscités dans le cadre de leur participation au débat public, loin devant les médias, les grandes entreprises et les partis politiques. Si les think tanks apparaissent comme nécessaires par leur expertise et leur capacité à produire des idées et des visions innovantes en s’affranchissant des carcans marqués par les partis politiques, ils restent également souvent associés au lobbying, à la promotion d’intérêts privés et au risque de détournement démocratique. De plus, l’appareil politique et les pouvoirs publics continuent de les marginaliser quand ils ne les utilisent pas de façon opportuniste et erratique.

 

 

2/ Les thinks tanks spécialisés dans des secteurs d’activité, comme par exemple saf agr’iDées sur l’agriculture, ont-ils des atouts à mettre en avant, en ce début de 21ème siècle ?

 

Bien entendu ! La SAF devenue saf agr’iDées fête bientôt ses 150 ans et les paroles de son fondateur Edouard Lecouteux lancées en 1867 résonnent avec la même force.  « Bien que la bannière de la Société des agriculteurs de France soit préservée de toute couleur de parti et qu’elle n’ait d’autre cri de ralliement que le mot de bien public, on doit éviter de la planter au centre même des luttes électorales ». Les think tanks, qu’ils soient spécialisés ou généralistes, doivent garder à l’esprit que l’articulation du binôme savoir faire et faire savoir est au fondement même de leur existence. Ainsi, l’atout principal que toute organisation qui se voudrait think tank se doit de cultiver est celui de l’excellence de l’expertise seulement envisageable par la qualité de la formation et du parcours professionnel de ses membres et par le recours à des méthodes de recherche proches des canons académiques. C’est à ce prix qu’une organisation devient un acteur incontournable au-delà des effets de mode et des effets de clientélisme. Saf agr’iDées concentre de nombreux atouts qui vont de la tradition et de la constance à une expertise reconnue sur les questions agricoles en passant par sa « mémoire » archivée de l’histoire de l’agriculture en France, à l’instar de certaines fondations politiques dépositaires des archives de partis politiques.

 

 

3/ Pouvez-vous nous parler de votre évènement du 4 juillet prochain au Palais du Luxembourg ?

 

L’Observatoire des Think Tanks organise en association avec Public Sénat et grâce au parrainage de Madame le sénateur Karine Claireaux, les premières Assises Nationales des think tanks. L’événement, ouvert au public, s’articulera autour de différentes conférences thématiques de politiques publiques réunissant des intervenants prestigieux : dirigeants de think tanks, intellectuels, responsables politiques et médiatiques et représentants du monde économique. Nous avons choisi de traiter de thèmes qui font l’actualité législative tels que la santé et le numérique ou bien encore la réforme de l’Etat. En cette veille d’échéance présidentielle, nous souhaitons mobiliser la société civile afin de réaffirmer le besoin d’intelligence collective ! Il est absolument essentiel et impérieux d’abattre les cloisons, de partager et de débattre de façon constructive. Car le destin de la France est l’affaire de tous ses citoyens. Afin que les think tanks deviennent véritablement des acteurs crédibles et reconnus du débat public, l’Observatoire des Think Tanks dévoilera  en soirée et en conclusion des Assises, la liste des organisations ayant reçu le label qui leur reconnaît l’appellation « think tank » et leur notation correspondante portant sur les bonnes pratiques en matière gouvernance et de transparence notamment.

 

Propos recueillis par Marie-Laure Hustache

Le site de l’Observatoire des think tanks.

 

@SAFThinkTank

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