08/11/16

Philippe Mauguin

Président-directeur général de l’Institut national de la recherche agronomique

1/ L’Inra vient de réactualiser sa stratégie globale à l’horizon 2025. Parmi les trois grandes orientations de politique générale figure l’OpenScience. Pouvez-la définir et déterminer quels en sont les enjeux et limites ?

L’open science est un mouvement international qui prend ses racines au début des années 2000 avec le libre accès aux publications (open access) puis le libre accès aux données scientifiques (open research data). Permis par l’évolution des technologies de l’information et de la communication, il consiste en une progression vers l’idéal scientifique. Plus récemment, notamment sous l’impulsion de la Commission européenne et du programme cadre H2020, l’open science a été définie comme une science numérique, collaborative, ouverte aux partenariats avec les citoyens (citizen science) ou les entreprises pour faciliter l’innovation (open innovation). Au-delà du libre accès aux connaissances scientifiques, publications et données, il s’agit donc aussi d’envisager une autre façon de concevoir et de conduire les projets de recherche au service des enjeux sociétaux qui sont au cœur de nos orientations scientifiques. Ces changements s’inscrivent dans la durée et supposent de nouvelles pratiques de recherche, de nouvelles compétences, outils ou méthodes : c’est pourquoi nous en avons fait une orientation de politique générale du nouveau document d’orientation de l’institut.

 

 

2/ Une des 5 thématiques prioritaires pour la recherche est intitulée multi-performance (économique, environnementale, sanitaire et sociale). Au sein de cette thématique, comment peuvent s’articuler l’agro-écologie et les technologies agricoles pour une agriculture plus durable ?

L’agro-écologie est un terme polysémique qui désigne d’une part une discipline scientifique permettant de caractériser le fonctionnement des communautés biologiques au sein des agrosystèmes cultivés et d’autre part un ensemble de pratiques visant à mobiliser les régulations biologiques au sein de ces écosystèmes au service d’un objectif : ici la multi-performance.

 

L’hypothèse, largement étayée au niveau scientifique, est que l’agro-écologie visant une diversité fonctionnelle au sein des écosystèmes, bien choisie et bien gérée, permet d’atteindre cet objectif de multi-performance. La construction de la diversité fonctionnelle adéquate mobilise les technologies issues de la génétique, mais aussi du biocontrôle (macro- et micro-organismes). La gestion de la diversité va mobiliser l’ensemble des pratiques agricoles, depuis le travail du sol, la gestion des intrants (eau, fertilisation, aliments du bétail) et des effluents, et les outils d’aide à la décision qui permettent d’intégrer le fonctionnement des écosystèmes. Loin de les opposer, il est donc essentiel de disposer des technologies agricoles les plus modernes pour tirer le meilleur bénéfice des régulations biologiques, à l’échelle du couvert, comme à l’échelle des territoires où seront articulées les productions animales et végétales.

 

 

3/ Comment les priorités de recherche de l’Inra s’articulent-elles avec celles de la recherche européenne ? La France entend-elle développer une expertise spécifique et unique sur un thème précis ? 

L’Inra est un acteur majeur de la recherche européenne en agriculture, alimentation et environnement, qui entend partager ses priorités de recherche avec ses principaux homologues des pays européens, avec la Commission européenne et avec les acteurs socioéconomiques majeurs du secteur. Elles reprennent donc les principales orientations liées au développement de systèmes alimentaires respectant les trois piliers de la durabilité, en particulier ceux associés au changement climatique, à une alimentation durable et à la multiperformance des systèmes agricoles européens. Compte tenu de sa puissance scientifique unique, dans une perspective d’alignement stratégique de ses orientations aux niveaux mondial, européen, national et régional, l’Inra ne développera pas une seule expertise scientifique sur un thème précis. Il développe des concertations au plus haut niveau avec ses grands homologues européens (Pays-Bas ou Irlande par exemple) et entend renforcer ses interactions avec la Commission européenne et sa présence dans les instances internationales. L’institut veut mettre en œuvre, en collaboration étroite avec ses partenaires nationaux de la recherche académique et du monde socio-économique, une spécialisation de ses sites régionaux pour renforcer les collectifs de chercheurs sur des thèmes clairement définis, cohérents avec la vision de l’Institut, et leur donner une forte visibilité européenne et internationale.

 

Propos recueillis par Isabelle Delourme

@SAFThinkTank

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