06/11/15

Philippe Ruelle

Directeur général de l'UGPBAN / FRUIDOR

photo Philippe Ruelle1/ L’UGPBAN (Union des Groupements de Producteurs de Banane de Guadeloupe & Martinique) lance un programme de développement pour la « banane française » résolument tourné vers les consommateurs du 21ème siècle. Pouvez-vous nous en dire plus et nous préciser vos objectifs (économiques, etc.)  ?


L’objectif est de « débanaliser » notre offre banane et de permettre que le consommateur identifie clairement la banane française cultivée en Guadeloupe et Martinique. La difficulté pour la banane est que tous les producteurs du monde entier cultivent la même origine, la Cavendish. Les producteurs de Guadeloupe et Martinique ont cependant fait depuis 2008, dans le cadre du plan banane durable, de gros efforts en matière d’évolution des techniques culturales, sociales qui ont conduit notamment à une réduction en cinq ans de 50% de l’usage des produits phytosanitaires, ce qui était les objectifs de Grenelle de l’environnement. Nous sommes la seule filière à avoir atteint ces objectifs ! Par ailleurs nous sommes les seuls producteurs de banane du monde à disposer d’une convention collective, d’une retraite complémentaire pour nos 6000 salariés. Nous sommes aussi les seuls producteurs de banane du monde en zone tropicale humide à devoir respecter les règlementations sociales et environnementales françaises et européennes.

Cela nous va bien, mais le marché ne reconnait pas notre travail. Par ailleurs alors que pour les autres fruits et légumes l’origine France bénéficie d’un bonus de prix de vente au consommateur, en banane, ce n’est pas le cas. Tout le monde s’est évertué à dire qu’une banane en valait une autre. Nous voulons sortir de cela et permettre au consommateur d’acheter la banane en conscience et avec toutes les certitudes quant à l’origine.
Aujourd’hui nous pouvons d’ores et déjà dire que nous avons la banane la plus propre du monde et nous continuons à substituer les phytosanitaires chimiques par des produits de bio-contrôle ou la mise en place de nouvelles méthodes culturales. Afin que le consommateur puisse identifier clairement notre banane et être sûr de ne pas se tromper, nous avons décidé de lancer le concept de la Banane Française cultivée en Guadeloupe et Martinique. Le ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll et la ministre des Outre-mer George Pau-Langevin ont porté sur les fonds baptismaux la Banane Française cultivée en Guadeloupe et Martinique au salon de l’agriculture de mars 2015. Il s’agit de bananes sélectionnées pour leur homogénéité, leur régularité, vendues en bouquets de 3,4,5,6 bananes, à la pièce et non plus au kg. Les bouquets afin d’être identifiés sont entourés d’un ruban bleu, blanc, rouge. Les bananes sont présentées en magasin en alvéoles permettant de rendre le rayon banane propre et attractif.Le fait que les bananes soient entourées d’un ruban inviolable bleu, blanc, rouge empêche la casse en magasin qui est de l’ordre de 10% environ et contribue à faire en sorte que le rayon soit tenu.Nous avons monté une unité industrielle à Dunkerque, lieu d’arrivée de nos bananes en Europe, qui emploie aujourd’hui 25 personnes mais bientôt 50 personnes. Nous commercialisons auprès de 500 magasins de la GMS et ouvrons 35 à 40 magasins par semaine environ avec notre réseau de 12 promoteurs. Ils seront bientôt 20 puis 25, l’idée est d’être présents en France dans 4000 magasins à l’horizon début 2017.

Bien sûr tout cela s’accompagne de création de valeur : pour le consommateur par la simplicité de l’offre, à prix fixe (plus besoin de peser), et la sélection des bananes pour le distributeur en réduisant la casse et en ayant un “rayon bananes” qui redevient attractif pour le consommateur et pour les planteurs !

 

2/ Comment allez-vous continuer à cultiver la différence des bananes françaises notamment par rapport aux bananes « Bio » très populaires en France ?
Toute la difficulté est là, les bananes « Bio » ne sont pas produites aux normes de production BIO européenne. Elles satisfont les cahiers des charges de production des pays producteurs d’origine, essentiellement la République Dominicaine. Un règlement est d’ailleurs à l’étude à Bruxelles, il prévoit qu’à partir de 2018 les pays tiers auront 5 ans pour se mettre aux normes du Bio européen, preuve s’il en fallait que l’on ne parle pas de la même chose. Pourtant dans les rayons ces bananes bénéficient bien du label “BIO” Nous nous rapprochons par l’évolution de nos techniques culturales du Bio mais nous n’y sommes pas encore. Aujourd’hui par exemple, il n’existe pas d’antifongique Bio efficace homologué en Europe pour lutter contre une maladie des feuilles du bananier qui menace nos productions. En production conventionnelle nous disposons de trois produits de traitement pour lutter contre cette maladie et aucun produit agréé en agriculture biologique alors que les pays tiers producteurs de Bio disposent de plus de 30 produits dont certains sont interdits à l’utilisation pour la banane conventionnelle en Europe.
La meilleure garantie est donc de se fier à la règlementation française et de préférer l’origine France gage de respect de l’environnement, des salariés et de développement de l’économie de nos territoires ultra-marins.

 

3/ L’UGBPBAN est également très active sur les réseaux sociaux. Quels outils de communication allez-vous déployer lors du salon de l’agriculture 2016 ?

Nous intensifions notre communication par les activités de notre page Facebook qui compte aujourd’hui près de 40 000 fans, et sur laquelle l’engagement de la communauté pour la défense de notre banane et de nos îles s’exprime pour notre plus grande satisfaction. Aussi, nos planteurs sont de plus en plus nombreux à être connectés directement aux fans de la banane de Guadeloupe et Martinique. Sur Twitter, notre compte permet de communiquer des informations aux parties prenantes de la vie agricole française, aux institutions, enfin aux journalistes ….À l’occasion de nos grands rendez-vous de l’année, comme notre présence au salon international de l’agriculture (SIA) et au Marathon de Paris, nous faisons aussi des campagnes ciblées, adwords et youtube. Notre présence sur instagram est plus récente mais ce qui est certain, c’est que notre stratégie digitale est l’un des dispositifs d’une politique globale de l’entreprise qui vise à valoriser le travail des producteurs et à faire connaître le niveau de qualité de notre banane.

 

bananeinstagram

Un extrait du compte INSTAGRAM de la Banane de Guadeloupe et de Martinique

 

En savoir plus : le site de l’UGPBAN

Propos recueillis par Marie-Laure Hustache

@SAFThinkTank

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