PHILIPPE-VASSEUR-PORTRAIT5©Antoine-Repessé

06/12/19

Philippe Vasseur

Président de la mission Rev3, ancien Ministre de l’agriculture, de la pêche et de l’alimentation

Impliqué de longue date dans l’économie des Hauts de France, Philippe Vasseur, ancien ministre, ancien commissaire à la revitalisation et à la réindustrialisation des Hauts de France, est président depuis 2018 de la Mission rev3 (3e révolution industrielle).

 

 

1/ Les Hauts de France sont mobilisés depuis plusieurs années dans une transition de leurs territoires. En quoi consiste la mission rev3 (3e révolution industrielle) ? Quelle est son ambition et sur qui peut-elle s’appuyer ?

 

En Hauts-de-France avec Rev3, nous cocréons la transition d’une région vers une économie durable et connectée en mettant en dynamique de façon transverse le monde économique, le monde politique, le monde de la recherche et de l’enseignement et la société civile.

En un peu plus de 5 ans, ce sont plus de 1 000 projets qui ont vu le jour, transformant pas à pas l’économie de notre région dans les domaines de l’énergie, du numérique, des réseaux électriques intelligents, de la bioéconomie, de la mobilité, …

Dans 20 territoires démonstrateurs à l’échelle plus locale, des femmes et des hommes se mobilisent, s’associent à rev3, pour transformer leur environnement avec un impact positif pour l’économie et les citoyens.

Au-delà des financements classiques, nous avons créé des outils de financement dédiés pour accélérer et amplifier le déploiement des projets rev3. Le livret rev3 est accessible à tout épargnant, les sommes collectées (20 millions à ce jour) sont investies dans l’objectif de soutenir des projets rev3. A ceci, s’ajoute un fond d’investissement CAP3RI de 40 millions d’euros.

 

 

2/ La bioéconomie fait partie des dix grands projets structurants de la mission rev3 ? Peut-elle passer rapidement à l’échelle industrielle ?

 

La bioéconomie en Hauts-de-France est déjà passée à l’échelle industrielle, des entreprises emblématiques de toutes tailles innovent dans les protéines végétales, les ingrédients, les matériaux agrosourcés…

Pour poursuivre le développement de cette filière, plus qu’émergente aujourd’hui, notre région peut compter sur un écosystème dynamique. Des pôles de compétitivité et d’excellence font le lien entre recherche, démonstration et industrialisation – des universités et écoles s’engagent par la formation et la recherche – des incubateurs publics ou privés offrent l’environnement idéal pour soutenir des activités émergentes – des starts-up sont de plus en plus nombreuses – des ETI, coopératives et groupes constituent de véritables locomotives en matière d’innovation – Des parcs d’activité sont dotés d’un environnement scientifique tourné vers les hautes-technologies.

Aussi, la bioéconomie ouvre des perspectives de diversifications des cultures aux agriculteurs tout en ouvrant de nouveaux débouchés.

 

 

3/ Quelle est la participation de l’agriculture et de l’agro-industrie à cette transition  vers  une économie durable et connectée

 

En Hauts-de-France, nous avons l’ambition d’être la première région de production de biométhane injecté. Aujourd’hui ce sont 130 projets qui ont réservé leur capacité d’injection sur le réseau de gaz. 90 % des projets sont issus du monde agricole. Cette filière biométhane est un trait d’union entre ruralité et ville. S’intégrant au cœur même des territoires, elle est créatrice de valeur dans les campagnes qui alimentent les villes de cette énergie bas carbone.

Basée sur les atouts du vivant, la bioéconomie se doit d’envisager son développement tout en préservant la durabilité des ressources. Le carbone est LA matière première de base sur laquelle s’appuie la croissance du végétal. Sans carbone dans le sol, pas de plante ! Pas de bioéconomie ! Or aujourd’hui, plus de 50 % du carbone se serait échappé dans l’atmosphère et donc autant de facteurs de production. Des agriculteurs en coordination avec des industriels de l’agroalimentaire se mobilisent pour créer de nouvelles approches agronomiques en vue de développer des sols vivants. Un sol vivant est le résultat de pratiques qui captent le carbone tels les couverts végétaux, le développement des cultures intermédiaires, l’agroforesterie. Un sol vivant est un le sol protégé et nourri. En recréant du sol, agriculteurs et industriels participent à l’accroissement de la biodiversité et à la qualité de l’eau tout en contribuant à la durabilité de la chaine d’approvisionnement.

 

Propos recueillis par Isabelle Delourme

 

Crédit photo : Antoine  Repessé

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