Pierre de Lépinau, DG, ADIVALOR

09/03/20

Pierre de Lépinau

Directeur Général d'ADIVALOR

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ADIVALOR est une société anonyme à but non lucratif créée en 2001 à l’initiative des différents membres des filières d’agrofourniture [1].Elle a pour mission de collecter et de valoriser les emballages vides, plastiques usagés et autres intrants agricoles en fin de vie (équipements de protection, déchets phytopharmaceutiques, …). D’où son nom Agriculteurs/Distributeurs/Industriels pour la VALORisation des déchets agricoles. Son domaine de collecte s’élargit continuellement et le pourcentage d’emballages et plastiques recyclés en font aujourd’hui un exemple par rapport à tous les autres éco-organismes existants, ou à créer. ADIVALOR est financée à 75 % par des éco contributions des metteurs en marché, industriels ou importateurs, le solde provenant de la cession des matériaux ou de prestations.

 

 

1/ Quel est le bilan des activités d’ADIVALOR, presque 20 ans après sa création ?

Notre filière collecte et valorise annuellement près de 80 000 tonnes d’emballages et plastiques agricoles usagés, qui sont recyclés à près de 90 %. Plus spécifiquement le taux de recyclage des seuls emballages plastiques est de 67%, là où l’Europe vise un taux de 50% en 2025, et où la France affiche un taux moyen de 26% !

 

En juillet 2001, lors de la création d’ADIVALOR, nous étions loin de penser pouvoir atteindre ces chiffres qui nous posent en référence en Europe. Il s’est agi progressivement d’étendre notre champ d’intervention à une gamme de plus en plus large d’emballages et autres produits, par exemple les big-bags et sacs plastiques d’engrais, les films plastiques d’élevage et de maraîchage, les emballages vides de semences… puis de s’intéresser également aux ficelles, aux filets paragrêle…

 

Les quantités collectées augmentent par l’élargissement des types de déchets concernés mais aussi par la performance de l’organisation mise en place. Ainsi aujourd’hui 300 000 agriculteurs trient et préparent leurs plastiques et emballages usagés. Les flux triés convergent vers 7 000 points d’apport,  mis à leur disposition par 1 200 opérateurs de collecte, principalement coopératives et négociants agricoles. Les déchets sont ensuite transportés et valorisés par 110 entreprises de collecte de déchets référencées par ADIVALOR. Il y a une traçabilité tout au long de la collecte et de la valorisation.

 

 

2/ Quels sont les facteurs clés de ce succès ?

Avant tout ADIVALOR constitue une initiative volontaire, en anticipation d’échéances réglementaires. Son fonctionnement repose sur le principe de responsabilité partagée, porté par les acteurs de la filière. Ainsi 90 % des produits sont triés à la source dans les exploitations agricoles. Il y a un véritable engagement de tous les opérateurs qui participent à la réussite de l’organisation. Ce dynamisme des acteurs constitue toute la spécificité de ces opérations de tri, collecte, recyclage ou valorisation. On y retrouve tous les ingrédients de l’économie circulaire.

 

Ce volontarisme a été reconnu et soutenu par les pouvoirs publics et s’est traduit par la signature de 3 accords-cadres successifs avec le Ministère de la Transition Ecologique et d’un autre avec le Ministère de l’Agriculture. La volonté de nos actionnaires est d’être dans une logique de résultats et non pas de moyens : En conséquence les Ministères n’imposent pas un cahier des charges, notre professionnalisme est reconnu, par contre ils nous demandent d’atteindre des objectifs de collecte et de recyclage de plus en plus ambitieux.

 

 

3/ Quelles seraient les contributions d’ADIVALOR au futur Green Deal ?

ADIVALOR représente déjà une filière dont les résultats sont jugés exemplaires en France. Ainsi, au plan national, la toute récente loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire du 10 février 2020 (JORF 11 février 2020) liste dans son article 62 toutes les filières de production ou de fabrication qui devront obligatoirement se doter d’une organisation de recyclage écoresponsable, avec une gouvernance définie par les pouvoirs publics. Il y est acté que notre propre organisation qui dépasse déjà les objectifs des réglementations françaises et européennes en matière de recyclage peut conserver son modus operandi et sa gouvernance professionnelle.

 

Cette reconnaissance publique permet de se projeter sur de nouveaux objectifs. Nous souhaiterions constituer une plateforme de démonstration au niveau européen,  pour les autres Etats membres qui sont moins avancés dans la gestion des déchets agricoles. C’est dans cet esprit que nous avons rejoint le groupe de travail « agriculture » de la Circular Plastic Alliance[2] qui vise à augmenter le taux d’incorporation de matières plastiques recyclées en Europe dans tous les secteurs d’activité: ce serait notre première contribution au Green Deal.

 

 

Plus d’information sur www.adivalor.fr

 

 

[1] Les actionnaires d’A.D.I.VALOR sont les organisations représentant les fabricants et importateurs de produits phytopharmaceutiques (COVADA), de plastiques agricoles (CPA), d’engrais (SOVEEA), de semences (ARES) et de produits d’hygiène (SEPH), la Coopération Agricole-InVivo, le Négoce agricole (FNA) et les agriculteurs (FNSEA, APCA).

[2] https://ec.europa.eu/growth/industry/policy/circular-plastics-alliance_en

 

 

Propos recueillis par Yves Le Morvan

@SAFThinkTank

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