07/03/19

Shirley Billot

Fondatrice et dirigeante de Kadalys

Originaire de La Martinique, Shirley Billot a lancé en 2013 la marque de soins Kadalys, à base de “musactif” (de musa, banane en latin). Rencontre avec une dirigeante impliquée, innovante et parfaitement en phase avec les enjeux du 21ème siècle : durabilité, économie circulaire, coopération et implication des producteurs, engagement social et éthique…

 

1/ Pouvez-vous vous présenter et nous raconter l’histoire et le concept de la marque Kadalys ?

A travers Kadalys, j’ai voulu créer des cosmétiques souriants, sans compromis entre haute performance, naturalité et engagement citoyen.  Nous sommes la seule marque à proposer des cosmétiques naturels vegan bio-innovants, efficaces et durables aux actifs brevetés de banane.
J’ai créée la société en décembre 2011 en commençant par un programme de recherche couplé à une thèse en microbiologie sur les vertus cosmétiques du bananier. L’objectif étant de valoriser et transformer les co-produits générés par la filière banane en ingrédients à haute valeur ajoutée. Pendant cinq ans nous avons étudié les bananes “moches et célibataires”, les feuilles, les hampes, les fleurs… et avons identifié 3 applications cosmétiques que nous avons breveté: la banane et ses pouvoirs anti age, dépigmentant et apaisant. Convaincue que la vraie beauté est cosmopolite, bio-ionnovante et engagée,  j’ai décidé de lancer en 2013, Kadalys, la 1ère marque de cosmétologie naturelle à mettre en lumière les puissants actifs brevetés de la banane pour incarner cette vision et valoriser la région de mon enfance : la Martinique. Kadalys associe la pharmacopée créole aux dernières innovations scientifiques pour extraire les précieuses molécules issues de la banane, fruit de beauté et de générosité. Notre singularité consiste à travailler sur les corps gras de la banane avec 3 actifs issus des bananes vertes, jaunes et roses.

Enfin, pour vous présenter Kadalys, je ne parlerai pas de  “concept” car notre marque est née de la terre et non d’un bureau marketing ! Je parlerai donc de ma vision de la beauté. Etant métissée (père jurassien et mère martiniquaise),et venant d’une île à la culture cosmopolite,  je crois  que la beauté est cosmopolite, inclusive : une beauté loin des stéréotypes, indifférente des origines. Fervente de la médecine naturelle et en même temps passionnée de recherche,  je  crois aussi que la beauté doit être naturelle et bio-innovante à la fois : fondée sur la science, la nature et son respect. Fortement engagée dans ma cité, je crois enfin en une beauté bienveillante, engagée, citoyenne, qui va de paire avec une économie écologique et participative et qui inclut ses producteurs-acteurs et ses consommateurs-acteurs

 

2/ Comment travaillez-vous avec le monde agricole ?

J’ai souhaité intégrer le monde agricole à mon projet dès le départ car je suis une adepte du capitalisme participatif. Et il me semblait naturel et juste de mettre en avant le travail des agriculteurs sans qui nous ne pourrions pas avoir cette matière végétale de qualité. Nous collaborons avec les producteurs locaux de Martinique et de Guadeloupe pour leur expertise et leurs pratiques respectueuses de l’environnement, nous permettant de renforcer la traçabilité, la qualité et la sécurité de notre matière première principale. Il faut savoir que 100% des planteurs de mon île, la Martinique, sont actionnaires de Kadalys. A notre façon, nous soutenons l’économie locale.

Nous travaillons dans le respect des principes du développement durable. Tout d’abord, l’économie circulaire est au centre de nos préoccupations. En donnant une seconde vie aux bananes « moches et célibataires » et en transformant les agros-déchets en actifs cosmétiques, nous créons de la valeur, là ou il n’y en avait pas et nous optimisons la gestion de nos ressources limitées.  De plus, l’extraction de nos actifs suit les principes de la chimie verte qui intègre le développement de procédés respectueux de l’environnement et la production d’ingrédients biodégradables à faible impact environnemental.

 

3/ Quels sont selon vous les grands défis à relever pour les chefs d’entreprise de votre génération ?

Nous sommes dans une ère de sens, nous souhaitons de plus en plus mettre du sens dans nos achats, notre travail, notre vie…De ce constat, il me semble que les défis relatifs au développement durable sont et vont devenir de plus en plus une préoccupation centrale des chefs d’entreprises. Il s’agit soit d’un engagement personnel, ce qui est mon cas, soit d’un engagement vis à vis des consommateurs soucieux de l’impact de leur consommation.  Notre rôle en tant qu’entrepreneur est d’y contribuer activement en mobilisant nos partenaires au sein de la chaîne de valeur, d’informer les consommateurs avec plus de transparence, d’innover davantage en intégrant des procédés  green. A cela s’ajoutent les défis liés à la révolution numérique qui sont aussi importants dans la façon que nous avons de toucher nos consommateurs et de créer un parcours, une expérience tant sur le digital que sur les points de vente physique. Et enfin, les défis liés aux RH et à la relation aux autres. Le rôle de l’entreprise dans cette quête de sens est d’aider ses collaborateurs à s’impliquer émotionnellement, de mesurer leurs impacts et à percevoir ses missions de façon positive en lui proposant des taches qui ont du sens.

 

 

Propos recueillis par Marie-Laure Hustache

@SAFThinkTank

Autres interviews :