24/01/19

Stéphane Bernhard

Directeur d’InVivo Trading

1/ En conclusion d’un de ses groupes de travail, agridées propose, dans sa dernière Note de think tank, plusieurs leviers pour construire une stratégie d’exportation de la filière céréalière française. Quels en sont pour vous les points décisifs ?

 

Les leviers identifiés par agridées dans sa note me semble pertinents. Le « mille-feuille » français n’est pas propice à l’optimisation du coût de la chaîne logistique. Le fait que la « Supply Chain » soit saucissonnée ne permet pas d’appréhender les flux de manière intégrée. La logique transactionnelle entre les différents acteurs de la filière export (organismes stockeurs, intermédiaires de transport, silos portuaires, chargeurs) empêche la fluidité logistique, la rotation optimale des outils logistiques et une structure intégrée légère et agile. Tous ces éléments sont bien entendu essentiels pour atteindre le niveau de compétitivité requis par les marchés globaux. Par ailleurs, nous ne produisons pas en ayant en tête les besoins des clients internationaux. De ce fait, nous peinons à segmenter notre offre et restons dans une logique de logistique poussée alors que seule une logistique tirée nous permettra de nous adapter aux besoins des clients.

 

 

2/ Quel rôle veut jouer InVivo Trading dans cette stratégie d’exportation ?

 

InVivo Trading a initié un virage stratégique durant la campagne 2016/2017. Nous avons pris la décision de nous retirer du marché domestique pour créer les conditions de construire une plateforme commune avec nos coopératives partenaires, pour qui le marché export est stratégique. Notre conviction est que seule une logistique intégrée permet de créer de la valeur dans le contexte d’extrême compétitivité des marchés pays tiers. Nous pensons que les coopératives doivent maîtriser la logistique d’approvisionnement, que les silos portuaires doivent créer les conditions d’une meilleure fluidité logistique et que ces chaînons doivent être entrainés par un moteur de négoce qui mutualise les risques jusqu’au client final. InVivo Trading apporte sa présence globale, son expertise en Risk Management et sa maîtrise du fret maritime à ce dernier segment de la chaîne, dans le cadre d’une cogestion avec les coopératives partenaires.

 

 

3/ Cette prise de conscience progressive de la filière céréalière française vous rend-elle optimiste pour l’avenir ?

 

Nous constatons en effet que la filière céréalière française a pris conscience de l’enjeu de l’export. Les principales instances, sous l’impulsion de leaderships renouvelés, créent les conditions pour que les acteurs de la filière puissent échanger sur leur vision. Les travaux d’agridées en sont le meilleur exemple à date. Au sein d’InVivo, nous avons initié une réflexion avec les administrateurs de l’Union sur le positionnement d’InVivo dans la filière céréalière, dans le cadre du plan stratégique 2030 by InVivo. Depuis mon arrivée à la tête d’Invivo Trading en mars 2014, je constate les progrès dans la fluidité et la qualité des échanges sur l’enjeu de la structuration de la filière export. Il me semble que nous avons collectivement pris conscience de la nécessité de repenser notre système et plusieurs initiatives visant à adapter la filière export pour quelle regagne en compétitivité voient le jour, je suis donc optimiste !

 

 

Propos recueillis par Isabelle Delourme

 

(1) InVivo Trading est la société de négoce de céréales et oléagineux du groupe InVivo. Son objectif est de réinventer le modèle historique coopératif à l’export pour assurer la rentabilité et valoriser les grains français sur les marchés mondiaux. Pour atteindre cet objectif, InVivo Trading s’appuie sur un centre de services dédié aux exports de céréales françaises à travers la plateforme Ingrains et la mise en commun de moyens avec les coopératives partenaires. Ce centre de service est financé en grande partie par une activité globale de trading à travers ses bureaux internationaux.

 

 

Crédit photo : InVivo

@SAFThinkTank

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