02/04/20

Thierry Court

Artisan pâtissier-chocolatier et confiseur grenoblois

Artisan pâtissier-chocolatier et confiseur grenoblois, Thierry Court a remporté en 2017 le concours du « Meilleur Pâtissier Les Professionnels » sur M6. Connu pour ses créations de Pâques exposées dans la vitrine de sa boutique, il se prépare cette année à une saison très spéciale…

 

 

1/ Comment un artisan chocolatier privilégiant le contact client s’adapte au contexte actuel ? 


C’est une situation inédite pour tous. Pour nous chocolatiers, cette période est particulièrement tendue car Pâques peut représenter jusqu’à 30% de notre chiffre d’affaires annuel. Mais les situations difficiles nous poussent aussi à être créatifs ! En plus des sujets classiques en chocolat, nous avons réalisé 800 figurines de notre nouvelle collection sur le thème Harry Potter. Ces créations originales sont trés attendues de notre clientèle. De nombreux clients nous demandaient s’ils pouvaient être livrés. Nous avons dû réfléchir rapidement à des solutions pour les satisfaire. Tous les produits sont en vente en ligne sur notre site web. Nous avons adaptés les horaires de la boutique, avec un effectif réduit, et renforcé les mesures de sécurité sanitaire et gestes barrière au magasin. Nous avons mis en place des points relais avec des commerçants alimentaires partenaires et faisons des livraisons  sur une trentaine de communes autour de Grenoble. Nous avons aussi lancé l’opération « Voisins » pour les commandes groupées et livraison gratuite. Il faut savoir être réactif et créatif pour que chacun puisse savourer un peu de la magie de Pâques !

 

2/ Vous poursuivez donc votre activité avec une organisation inédite. Avec quels autres soutiens éventuels ?


Le soutien vient d’abord de la famille et l’équipe qui s’est mobilisée et adaptée aux contraintes, dès que nous avons réouvert le magasin, après une semaine de fermeture. Aujourd’hui nous fonctionnons en équipe réduite, avec une partie du personnel en chômage partiel. Le but étant de protéger un maximum les collaborateurs.

Ensuite, le support est venu spontanément de nos clients et de notre communauté. Je sens qu’ils sont prêts à privilégier les artisans locaux, pour des produits “plaisir” de qualité. J’espère que cela profite aussi à l’ensemble des filières agricoles locales qui déjà s’organisent avec la fermeture de nombreux marchés. Pour les autres aides, on attend de voir. On est tous dans le même bateau, alors serrons-nous les coudes et réagissons au mieux.

 

3/ Vous avez fait récemment un voyage en Afrique pour visiter des plantations de cacao : c’est aussi cela la mondialisation …mais en mode durable ?

Oui, les cacaoyers ne poussent qu’autour de l’équateur, sous un climat et éco-système bien particulier. Alors on va le chercher où il se trouve. Mais pas question pour autant de faire n’importe quoi. Je travaille le chocolat de Cocoa Valley, et c’est une belle histoire. C’est celle de Carine et Serges N’Gassa. J’ai au la chance de partir à la découverte de leurs plantations de cacaoyers au Cameroun, avec d’autres confrères. Depuis quelques années, Serges plante des cacaoyers sur ses terres camerounaises, avec l’appui de solides équipes sur place (N’Gassam Farm). Il transforme ensuite ces propres fèves en chocolat dans son atelier situé à côté d’Annecy. Sa démarche “farm to bar” (de la plantation à la tablette) est très vertueuse. C’est un vrai engagement de qualité.

Les arbres sont cultivés dans une démarche d’agriculture éco-responsable. Chaque cacaoyer est arrosé manuellement et les engrais proviennent du lisier des cochons qu’ils élèvent sur les fermes et nourris avec le maïs produit sur place. Afin de réduire au maximum l’apport en eau, les cacaoyers “co-habitent” avec des bananiers plantains qui grâce à leurs racines gorgées d’eau et à leurs larges feuilles protègent les cacaoyers des fortes chaleurs tout en les irriguant continuellement. C’est le principe de permaculture. En lisière, une clôture naturelle de manguiers, avocatiers et safoutiers délimitent les exploitations et protégent naturellement les cacaoyers des parasites et autres nuisibles. Leur ambition est aussi de maintenir les emplois dans les zones rurales afin d’éviter l’exode des jeunes vers les zones urbaines et permettre un développement économique sain de leurs pays.Oui, cette mondialisation là, me plaît. Elle est respectueuse et durable.

Propos recueillis par Marie-Laure Hustache

 

@SAFThinkTank

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