12/06/17

Yves de la Fouchardière

Directeur général des Fermiers de Loué

Les Fermiers de Loué sont une coopérative de plus de 1000 éleveurs, situés principalement en Sarthe et en Mayenne, qui élèvent toutes les volailles de la basse-cour et produisent des œufs label rouge et biologiques depuis 30 ans. Les Fermiers de Loué maitrisent toutes les étapes de la production, de la sélection des races anciennes et vont jusqu’à la communication. La production est exclusivement sous IGP Loué, soit label rouge, soit biologique. Une réussite économique et territoriale qui nécessite de toujours savoir se remettre en question. Quelques jours après son Assemblée Générale annuelle tenue le 18 mai 2017devant 1500 personnes, le Directeur général Yves de la Fouchardière a répondu à nos questions.

  

1/Vous venez de tenir votre AG quels sont les axes stratégiques proposés aux producteurs pour renforcer la réussite de Loué?

 

Les Fermiers de Loué, depuis bientôt 60 ans, ont construit leur filière en associant les consommateurs à leurs projets. Le poulet de Loué est un poulet traditionnel dont la réputation est séculaire mais c’est aussi un poulet certifié de qualité supérieure, label ou bio. Nous étions les premiers à obtenir un label rouge en poulet blanc. Nous étions parmi les premiers à produire en agriculture biologique dans les années 90.

Cependant, la société évolue et les attentes des consommateurs vont bien au-delà des signes de qualité. Il nous faut désormais démontrer que nos productions sont bonnes pour la santé,   l’environnement, le bien-être animal, et qu’elles participent à des filières équitables.

La conception même de nos produits comporte toutes ces valeurs dites sociétales. Il nous faut maintenant le faire savoir.

 

2/Sur un plan général comment la filière française des volailles pourrait-elle reconquérir des parts de marché ?

La filière avicole souffre, comme l’industrie française, d’un manque de compétitivité.

Les principaux concurrents de la France en production standard ne sont plus le Brésil et la Thaïlande mais la Pologne et l’Allemagne. Cela n’est pas étonnant puisque ces pays ont à la fois bénéficié des politiques européennes et pratiquent une économie très libérale. La production standard française va donc devoir optimiser son modèle et réinvestir lourdement. Sa chance c’est la volonté de nombreux consommateurs d’acheter français.

Loué, en ayant développé des concepts uniques et non délocalisables, est ainsi passé à travers la crise. L’évolution des attentes des européens dans le domaine du bien-être animal devient pour nous une véritable opportunité. Nous pouvons doubler nos volumes exportés dans les 10 prochaines années.

3/Le marché des produits bio est aujourd’hui dans une dynamique très positive, cette croissance comporte-t-elle aussi des risques pour l’avenir ?

 

L’offre bio  est portée par des mouvements profonds, légitimes. Les consommateurs disent consommer bio avant tout pour préserver leur propre santé. Le discours environnemental est moins bien installé. A un moment ou un autre, le fort accroissement de la demande génèrera potentiellement une grosse crise de croissance. Attention alors à l’opportunisme qui s’affranchit trop souvent des tailles raisonnables des élevages et de la production locale des végétaux.

Nous espérons qu’il n’y aura pas de  bio  à deux vitesses mais nous n’en sommes plus vraiment sûrs. Quant à nous, nous produisons bio depuis plus de 30 ans et, à Loué, nous resterons raisonnables pour accompagner les demandes croissantes, en  demeurant vigilants sur la dimension des exploitations. Nous préférons perdre un marché que renoncer à nos valeurs et à nos convictions.

 

Propos recueillis par Yves Le Morvan

 

@SAFThinkTank

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