Un jour, une idée “Agriculteurs et éleveurs à la recherche d’une nouvelle autonomie”Publié le 17 novembre 2017 par agriDées

« Autrefois l’exploitation agricole était autonome. Elle produisait non seulement de quoi nourrir les humains mais aussi les animaux y compris ceux qui servaient au travail du sol.

 

A mesure que la motorisation et l’introduction des engrais de synthèse se sont développées, les exploitations se sont spécialisées n’ayant plus besoin de la coexistence entre cultures et animaux.

 

Les agriculteurs ont acheté leurs engrais minéraux à l’extérieur, d’abord en France (potasses d’Alsace) puis à l’étranger au fur et a mesure de l’épuisement des mines. A un point tel que la potasse vient maintenant du Canada, les phosphates du Maroc et le gaz nécessaire à la  fabrication des engrais azotés du Moyen Orient. Demain, les produits de défense des végétaux viendront de Chine.

 

Les éleveurs de leur côté ont développé des modèles de production à base de maïs /soja qui les rendent très dépendants de l’Amérique du Nord et du Sud.

 

Bref, l’agriculture est passée de l’autarcie à l’autonomie puis à l’interdépendance.

 

S’il n’est pas question de revenir à l’époque où la seule exportation de la ferme était la fumée qui sortait de la cheminée de la chaumière, on pourrait imaginer des modes de production qui augmenteraient la résilience globale de l’agriculture.

 

Au sein de bassins de production, les agriculteurs pourraient produire luzerne et légumineuses à destination des éleveurs qui pourraient ainsi remplacer le soja. De leur côté, ces derniers pourraient recycler effluents et fumiers vers les agriculteurs qui y verraient un bon moyen de proximité pour maintenir le statut organique et minéral des sols. Des contrats de fournitures réciproques pourraient être imaginés qui viendraient développer et enrichir les traditionnels échanges « paille/fumier » .

 

Les uns et les autres y gagneraient en indépendance en se dégageant du risque des variations de volume et de cours des importations. L’ensemble y gagnerait en stabilité et résilience.

 

Pour les éleveurs, on pourrait imaginer qu’un retour au pâturage de l’herbe soit rendu possible par le regroupement des pâtures autour de la salle de traite.

 

Tout cela, par l’instauration de remembrements herbagers qui auraient vocation à privilégier le regroupement des parcelles voisines autour d’un corps principal. Cette pratique existe déjà chez les forestiers pour favoriser des massifs de taille adéquate et éviter le mitage de milliers de petites parcelles. Un droit de préemption sur les parcelles périphériques pourrait être instauré. L’agriculture dans son ensemble y retrouverait son compte. Moins de dépendance, plus de stabilité, plus de résilience, plus se solidarité et plus d’agro-écologie.

 

Le monde agricole saurait-il surmonter les antagonismes ataviques pour parvenir à un nouvel équilibre souhaité par la société toute entière ? »

 

 

 

Francis CAPELLE, Céréalier et éleveur, Administrateur de saf agr’iDées, Ingénieur agronome, Expert agricole et foncier

 

 

 

Contribution extraite du livre collectif “150 idées pour la réussite de nos agricultures“, édité par saf agr’iDées en juin 2017, dans la thématique : “Produire mieux, produire plus”, page 139. L’auteur est seul responsable du contenu de sa contribution.

 

Et les légumineuses ?“, Alicia AYERDI GOTOR, Olivier SCHEURER, Christine LECLERQ, Elisa MARRACCINI, Enseignants, UniLaSalle

L’autonomie alimentaire en élevage laitier : le défi à relever sur les prochaines décennies“, Guillaume BERNARD, Agriculteur boursier Nuffield France 2015, Conseiller sur la démarche « Production Laitière Durable » auprès des producteurs laitiers SAVENCIA