Un jour, une idée “Réguler les échanges pour stabiliser les prix”Publié le 20 août 2017 par agriDées

« La crise de 2008 a douloureusement montré la carence des systèmes de régulation des produits agricoles et alimentaires, que ce soit au niveau de l’instabilité des prix, des capacités de stockage, des concertations entre acteurs, des règles des marchés ou du portage du risque. Un ménage qui consacre 50% de ses maigres revenus à des dépenses alimentaires ne peut pas supporter une augmentation des prix de son alimentation sans être confronté à la faim puis à la révolte !

Une relative stabilité des prix est reconnue comme cruciale, tant pour les consommateurs que pour les producteurs, mais, si ce constat est largement partagé, la place et les outils de la régulation publique font débat. La volatilité des prix agricoles est déjà la règle ; elle sera vraisemblablement plus grande encore demain sous le double jeu, d’une part, du changement climatique – qui aura pour effet de multiplier les évènements extrêmes – et, d’autre part, de la financiarisation des marchés agricoles qui pourrait avoir pour conséquence d’amplifier les variations, à la hausse comme à la baisse, des prix des matières premières agricoles ainsi que leur rythme de variation.

Il est de l’intérêt collectif de limiter les fluctuations excessives des cours des produits agricoles, qui sont pénalisantes aux deux extrémités : à la hausse, ce sont les populations pauvres qui souffrent ; à la baisse ce sont les agriculteurs qui peinent et ne peuvent investir.

Les pays riches ne s’accordent pas sur la régulation des prix et des échanges agricoles. Pour y remédier il faudrait en premier lieu interdire les politiques unilatérales d’interdiction ou simplement de restriction des échanges. En deuxième lieu, reconnaître que le cadre actuel de l’OMC n’est pas adapté, ce qui ne signifie pas qu’il faille revenir au protectionnisme, mais la libéralisation totale des échanges agricoles n’est pas la solution. En troisième lieu il convient de mieux lier (au niveau des discussions multilatérales et des échanges) aspects économiques, environnementaux et sociaux. Enfin il faut accorder aux pays les plus pauvres les conditions du décollage économique sur une base agricole. »

Patrick CARON, Directeur Général à la Recherche et à la stratégie du CIRAD

 

Contribution extraite du livre collectif “150 idées pour la réussite de nos agricultures“, édité par saf agr’iDées en juin 2017, dans la thématique : “Gestion des risques”, page 61. L’auteur est seul responsable du contenu de sa contribution.