La Fabrique Ecologique se penche sur la forêt françaisePublié le 24 avril 2019 par Jean-Baptiste MILLARD

A l’occasion de la publication de sa note, « Quel rôle pour la forêt dans la transition écologique ? », la Fabrique Ecologique avait invité, le lundi 1er avril dernier, les personnes intéressées par ce thème à venir échanger sur son contenu dans le cadre d’un atelier plutôt réussi, si l’on en juge à la qualité des débats. L’objectif ? Mettre le secteur Forêt-Bois au cœur des transitions écologiques et énergétiques.

 

​C’est à l’Espace Jemmapes, lieu culturel et d’animation bien connu des riverains  du Canal Saint Martin dans le 10e arrondissement de la capitale, que le think tank La Fabrique Ecologique a présenté sa nouvelle note consacrée au rôle de la forêt dans la transition écologique. A cette occasion s’est tenue une conférence, que l’on peut retrouver en ligne, animée par Jean-Jacques Fresko, rédacteur en chef du média en ligne Actualité, Nature & Société. Etaient conviés à la restitution de ces travaux :

  • Hervé Le Bouler, Responsable Forêt à France Nature environnement, membre du CESE, qui a présidé le groupe de travail à l’origine de la note ;
  • Charles Dereix, Ingénieur Général Honoraire des Ponts, des Eaux et des Forêts, Président d’honneur du Groupe d’Histoire des forêts Françaises, signataire de la note et auteur d’un récent point de vue sur le sujet pour agridées (« Bâtir un contrat social sur la forêt ») ;
  • Yves Rambaud, Président de la Coopérative Forestière Bourgogne-Limousin ;
  • Dominique Jarlier, Président de la Fédération Nationale des Communes Forestières (FNCOFOR).

 

 

Comme l’a rappelé Hervé Le Bouler en introduction du débat, la forêt française a doublé sa surface en l’espace de deux siècles, pour atteindre 17 millions d’ha, soit un tiers du territoire métropolitain. Et elle augmente de 100 000 ha par an, essentiellement en raison de l’abandon de terres agricoles.  Or seul 3 % des français savent que la forêt métropolitaine est en croissance rapide et la majorité d’entre eux pensent encore que sa surface diminue !

Les intervenants étaient unanimes pour considérer que la société a une représentation biaisée de la forêt. Pour elle, la forêt est l’avatar de la nature. La  note a d’ailleurs permis de constater que la population, de plus en plus urbaine,  n’a plus de vision « physique » des réalités forestières. « Les français sont très attachés au bois mais ont du mal à comprendre qu’il doit être exploité et donc coupé ».

Ce constat est décevant car si on ne gère pas la forêt, celle-ci ne saura s’adapter et passer le cap du changement climatique.

 

Au regard des enjeux qu’elle porte (lutte contre le changement climatique, réserve de biodiversité, source d’emploi), la forêt ne suscite pas l’intérêt qu’elle mérite et doit devenir un véritable sujet de préoccupation nationale. A cet égard, Charles Dereix a rappelé que depuis 30 ans, au moins 250 rapports avaient été produits sur la forêt et le bois, dont les constats et les solutions se recoupent. Il en a d’ailleurs fait une synthèse, « Le rapport sur les rapports » rédigé en 2015. Celui-ci avait été présenté aux Rencontres de droit rural AFDR-agridées qui s’étaient tenues en décembre de la même année sur le thème  « Forêt française, le réveil de la belle endormie ? » (dont les travaux sont disponibles en ligne).

Aussi, « pour sortir de l’atonie », la note de la Fabrique Ecologique appelle à une réflexion profonde et d’ampleur nationale autour de la forêt, « afin d’atteindre un consensus sur sa gestion durable » et souhaite dépasser le simple diagnostic, en mettant le secteur Forêt-Bois « au cœur des transitions écologiques et énergétiques et de la protection des écosystèmes et de leur biodiversité ».

 

Pour y parvenir, la Fabrique Ecologique avance trois  mesures :

– Privilégier les solutions fondées sur la nature, en préservant, restaurant et améliorant la gestion des écosystèmes ;

Rendre incontournable des plans de gestion collective pour la forêt privée afin de mettre en place une gestion productive sylvo-écologique et multifonctionnelle des 40 % de la forêt qui ne sont toujours pas gérés

-Faire bénéficier la forêt et la filière de transformation des financements de la transition écologique et des crédits carbone, permettant d’y investir chaque année 3 à 4 milliards d’euros.

 

Jusqu’à la fin du mois de mai, cette note est ouverte au débat collaboratif sur le site internet du think tank (https://www.lafabriqueecologique.fr/foret). Le groupe de travail se réunira une dernière fois aux termes de cette concertation, pour retenir les amendements jugés pertinents et une version définitive sera alors publiée.

Comme l’a relevé Hervé Le Bouler, cela fait trente ans que l’on discute dans l’entre soi.  « Si l’on continue ainsi, sans intégrer l’ensemble de la société, nos enfants feront le rapport des 500 rapports » et la situation ne se sera pas améliorée…