La faim, sans finPublié le 24 juillet 2020 par Bernard VALLUIS

2 milliards d’hommes, soit un quart de la population mondiale, souffrent de sous-nutrition et de malnutrition. C’est le constat du Rapport 2020 de l’Etat de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde[1]. Malgré des disponibilités mondiales suffisantes en aliments essentiels, 8,9 % de la population mondiale, soit 690 millions d’individus, sont en situation de sous-nutrition, en progression de 60 millions par rapport à 2014, tandis que 1,25 milliards d’habitants souffrent de malnutrition, c’est-à-dire de régimes alimentaires déséquilibrés.

Loin de s’améliorer, le bilan de la faim dans le monde se dégrade lentement avec des situations contrastées selon  les continents :

  • En Afrique, plus de 250 millions d’habitants souffrent de sous-nutrition, soit 19,1 % de la population en 2019, contre 17,6 % en 2014, et la poursuite de la tendance actuelle concernerait 433 millions de personnes.
  • L’Asie est la seule région du monde où la sous-nutrition régresse : 381 millions d’individus en 2019 en diminution de 8 millions par rapport à 2015 et une perspective de 330 millions en 2030.
  • Pour l’Amérique Latine et les Caraïbes, la sous-nutrition touchait 48 millions d’individus, soit 7,4 % de la population en 2019, en progression de 9 millions par rapport à 2015, et les perspectives pour 2030 atteindraient 9,5 % de la population.

Globalement, les 2 milliards d’hommes sous-nutris et malnutris se répartissent inégalement dans le monde : 1,03 milliard en Asie, 675 millions en Afrique, 205 millions en Amérique Latine et aux Caraïbes, 88 millions en Amérique du Nord et en Europe, 5,9 millions en Océanie.

En matière de nutrition et de santé, le bilan est également inquiétant : 6,9 % des enfants de moins de 5 ans ont un poids anormalement bas, 5,6 % sont obèses quand 44 % seulement des enfants de moins de 6 mois sont allaités. Les conséquences de la sous-nutrition sur les insuffisances de poids chez les enfants de moins de 5 ans sont particulièrement marquées en Afrique et en Asie, continents qui représentent respectivement 40 % et 54 % du total mondial de ces enfants.

L’obésité qui a progressé chez les adultes, passant de 11,8 % de la population en 2012 à 13,1 % en 2016, touche les enfants de moins de 5 ans à raison de 5,6 % en 2019 contre 5,3 % en 2012. La prévalence de l’obésité infantile est concentrée en Asie (54% du total) et en Afrique (24 %) avec des situations contrastées : 20,7 % des enfants atteints d’obésité en Australie et Nouvelle Zélande, 12,7 % pour la région d’Afrique du Sud et 11,3 % pour celle de l’Afrique du Nord.

L’insécurité alimentaire dans le monde et sa dégradation progressive résultent d’une part de la multiplication des conflits, d’autre part de la situation d’extrême pauvreté qui touche 1,5 milliards d’habitants, ces deux facteurs étant également affectés par les conséquences du changement climatique.

Si « la sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont à tout moment un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active»[2], on comprend que les défauts de sécurité alimentaire peuvent résulter de manques localisés de disponibilités comme de l’insuffisance des revenus pour accéder aux produits alimentaires.

Pour remédier à l’insécurité alimentaire, les organisations auteures du rapport[3] préconisent une réorientation des politiques agricoles vers l’augmentation de la production, la réduction des coûts pour les aliments nutritifs. Les politiques publiques sont également concernées pour réduire la fiscalité de l’alimentation, améliorer la logistique, faciliter la commerce et l’organisation des marchés et enfin réduire la pauvreté et les égalités de revenus. L’accent est également mis sur l’adoption de régimes considérés comme vertueux (fléxitarisme, régime à base de poissons, végétarisme, véganisme) pour réduire les externalités négatives de l’alimentation sur la santé et le climat.

Ainsi, la dégradation lente de la faim dans le monde ne pourra trouver d’inflexion que par la volonté des Etats de s’inscrire dans les Objectifs du Développement Durable mais aussi, à très court terme, de lutter contre la pandémie de la COVID 19 qui, selon le rapport, pourrait plonger 83 à 132 millions d’habitants supplémentaires dans la sous-alimentation.

 

 

[1] http://www.fao.org/3/ca9692en/online/ca9692en.html#chapter-executive_summary

[2] Plan d’action du Sommet mondial de l’alimentation 1996

[3] FAO, ADA, UNICEF, PAM, OMS