L’agriculture, source de solutions face au climat avec les leviers de la bioéconomie et des solsPublié le 15 avril 2021 par Marie-Cécile Damave

 

Au moment où le projet de loi Climat et résilience est débattu à l’Assemblée nationale[1] et où la production agricole subit de très graves dégâts dus aux récents épisodes de gel qui tendent à se répéter, de nombreux événements mettent actuellement en lumière les solutions apportées par l’agriculture face au changement climatique[2]. Parmi les derniers en date, notons le webinaire de l’association des Entreprises pour l’Environnement (EpE) le 30 mars dernier à l’occasion de la publication des actes de ses débats « La ruée vers l’or vert : quelle gouvernance de la biomasse ? » et celui organisé par Agreenium et l’ACTA le 6 avril 2021, « L’augmentation du carbone dans les sols : état des lieux et perspectives ».

 

Dans le premier événement, c’est la place de l’agriculture au sein de la bioéconomie qui a été discutée, sous l’angle de la compétition pour la même ressource en biomasse, en vue de plusieurs usages différents et à l’échelle d’un territoire. Comme nous l’avions souligné dans la note de 2018 « Bioéconomie : entreprises agricoles et société, une urgence partagée », la bioéconomie est une question de choix : stocker du carbone dans le sol ? Nourrir les populations ? Fournir des bioénergies et des biomatériaux pour décarboner l’économie ? Les différents intervenants du webinaire d’EpE se sont accordés sur le fait que la gouvernance de la biomasse est nécessaire pour orienter ces choix et éviter la surexploitation des sols. Pour eux, la coopération entre les acteurs est importante pour que la bioéconomie respecte les capacités de charge des écosystèmes locaux. Pour cela, Sébastien Treyer, Directeur Général de l’IDDRI, a insisté sur une « smart re-diversification » des territoires et leur industrialisation, comme trajectoires d’innovation souhaitables. Il propose donc une bioéconomie qui repose sur la re-diversification des territoires pour renforcer leur résilience[3].

 

Pour résoudre les conflits d’usage, la mise en place de contrats de filières entre acteurs a été soulignée pour réguler l’allocation des ressources et allier bioéconomie et transition agroécologique réussie. Par exemple, Philippe Mangin, président d’InVivo et Vice-Président de la Région Grand Est, a souligné qu’InVivo avait instauré des contrats de filières sur la méthanisation durable afin de favoriser la mise en place de couverts végétaux. Ce système permet aux agriculteurs de s’engager à la fois dans la bioéconomie en produisant de la bioénergie et dans la transition agroécologique.

 

En complément de cette présentation des solutions apportées par l’agriculture à travers la bioéconomie, les pratiques agricoles peuvent également renforcer le rôle des sols comme puits de carbone pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et ainsi atténuer le changement climatique. C’était le thème du webinaire d’Agreenium et de l’ACTA le 6 avril 2021. A cette occasion, Claire Chenu, chercheuse à l’INRAE et enseignante à AgroParisTech, a présenté les conditions favorables au stockage de carbone dans les sols. Pour elle, les solutions sont bien connues et identifiées : mise en place de cultures intermédiaires, de couverts végétaux, de prairies temporaires, l’agroforesterie, la restitution des résidus de cultures, les apports de produits résiduaires organiques, la fréquence de fauche, la densité de pâturage, la réduction de travail du sol, l’agriculture de conservation et enfin les pratiques et aménagements anti-érosifs. Cette intervenante a également présenté d’autres pistes telles que le biochar[4], l’architecture des systèmes racinaires ou la biodiversité augmentée. Les principales limites identifiées sont la réversibilité du stockage de carbone dans les sols et leur artificialisation notamment. En termes quantitatifs, le potentiel de stockage de carbone dans les sols représenterait environ 40 % des émissions annuelles de carbone (soit 4,5 milliards de tonnes nettes) au niveau mondial.

 

A noter que deux formations gratuites en format MOOC et accessibles sur la plateforme FUN-MOOC ont été présentées dans ce webiniare : « Stocker du carbone dans les écosystèmes » (ADEME) et « Sol et climat » (Agreenium et AgroParisTech).

 

De belles démarches de sensibilisation pour tous !

 


[1] Voir l’article de Francky Duchâteau (17 février 2021) : Loi Climat et Résilience : quels impacts pour l’agriculture et l’agroalimentaire ?

[2] Voir les articles récemment publiés sur notre site :

[3] Selon Sébastien Treyer, « il faut aller vers la rediversification des productions, la recomplexification des rotations, c’est-à-dire la déspécialisation et la rediversification de chaque région » et « la rediversification permet de tout tenir, les sols, l’eau, la biodiversité, etc., mais elle dépend aussi du redéploiement de l’outil industriel en aval », même s’il reconnaît que « si l’on dissémine des petites unités industrielles, il y aura des surcoûts dans les territoires ».

[4] Voir l’article de Marie-Cécile Damave (26 mars 2021) :  Bioéconomie : de nombreuses innovations nécessaires pour changer d’échelle