L’AgTech revient à l’essentielPublié le 25 septembre 2017 par Marie-Laure HUSTACHE

Les 6 points à retenir de l’agridébat « Agtech : entre promesses et réalités » organisé le mardi 19 septembre 2017 par le think tank saf agr’iDées.

1/ Les experts de l’AgTech prônent dorénavant une approche holistique

Définie comme « l’ensemble des technologies utilisées dans le monde agricole » (des plateformes de marché aux capteurs, en passant par les biotechnologies agricoles, la robotique ou encore les fermes verticales, le cofarming etc.), l’AgTech s’apparente désormais davantage à une « AgFoodTech », tant l’inter-connectivité « du champ à l’assiette » oblige aujourd’hui à saisir l’ensemble de la chaîne alimentaire, sans séparer l’amont de l’aval. Une approche globale partagée  par les intervenants de la table-ronde, dont Nicolas Ferras, Directeur d’In Vivo Invest actuellement en train de piloter le programme d‘open innovation sur l’ensemble de la foodchain In Vivo Quest.

2/ Retour au pragmatisme, aux innovations pratiques et aux services clairement validés par les agriculteurs

 Place aux investissements dans les innovations à forte valeur-ajoutée et à déploiement rapide (génétique, alimentation de précision pour animaux et plantes etc.) et aux places de marché (« marketplaces ») où s’échangent services et produits entre communautés d’acteurs agricole. L’usage de nombreuses technologies se révèlent en effet plus complexe (ainsi que le souligne  un article du Washington Post partagé et commenté lors de l’agr’iDébat). Riadh Shaïek, partner chez EMERTEC, autre fond d’amorçage « earlystage » soutenant notamment les start-ups Ynsect, Algaia, Naïo technonologies et Sencrop) invité à débattre le 19 septembre, a confirmé la montée des solutions technologiques et de services « simples et qui ne coûtent pas cher », plus rapidement adoptées par les utilisateurs.

3/ Simplifier les procédures pour se simplifier la vie

C’est ce qu’ont bien compris les deux représentants de start-ups agricoles présents le 19 septembre. En treize mois d’existence, Sencrop, a pu installer 1000 capteurs agro-météo dans les parcelles. « En ayant eu dès le début l’intuition de fonctionner sur le mode collaboratif et collectif, nous avons choisi de démocratiser notre offre : nos capteurs sont disponibles à partir de 300 euros (hors coût d’abonnement). » résume Martin Ducroquet, cofondateur de Sencrop, lui –même issu du monde agricole. Lancée en décembre 2016, la plateforme EchangeParcelle fédère aujourd’hui 950 agriculteurs, qui utilisent son service gratuit d’échanges de parcelles à distance. « Le co-farming est le mode d’agriculture du 21ème siècle. Rapprocher les parcelles cultivées c’est économique, environnemental et social, bref durable ! » explique avec enthousiasme son cofondateur Mickaël Jacquemin.

4/ Rester responsable, autonome et… innovant !

Remy Heim, agriculteur alsacien pionner de l’AgTech, convaincu depuis des années par l’intérêt de la « geodata », a tenu à exposer « ses » réalités de producteur : sur son exploitation de 40 hectares, il pratique au quotidien le pilotage des tracteurs et outils par GPS, la localisation du trafic sur les parcelles (CTF), la traçabilité totale, l’analyse des données, la modulation intra-parcellaire des intrants. Parmi les freins qu’il estime nécessaire de lever encore pour que l’AgTech atteigne efficacement le monde agricole, il cite notamment le problème récurrent des « zones blanches numériques », le coût de l’investissement de départ pour s’équiper en technologies ou encore le manque de formation pour « maîtriser un nouveau métier et de nouvelles compétences d’agrimanager ».

5/ Recadrer l’usage des techs autour de l’humain

Ce décalage explique peut-être encore l’écart entre les promesses des acteurs de l’AgTech et la réalité des usages dans les fermes. Un ressenti qui a amené Pierre Poullain, et Fabrizio Delage-Paganini, à lancer officiellement le jour de notre évènement leur cabinet de conseil « Valeur-Tech » pour « transformer les technologies en valeur pour les agriculteurs et les filières. ». Selon eux, l’enjeu des prochaines années est bien de transformer le potentiel des technologies en valeur ( celle-ci devant être associée à du revenu, de la praticité, du bien-être, et à une plus-value environnementale.) Souhaitant remettre l’humain au cœur du process, Valeur-Tech a structuré un écosystème de compétences transversales dans le secteur du pilotage de l’innovation ( stratégie, management, gestion de l’innovation au travail ) allié à des compétences « métiers » spécialisées dans les filières grandes cultures, élevage et viticulture.

6/ Saf agr’iDées a dévoilé sa nouvelle Note de think tank téléchargeable gratuitement « Tous acteurs de la transition numérique agricole », fruit des réflexions du groupe de travail Big Data animé par Marie-Cécile Damave.

 

de G à D : Fabrizio Delage Paganini (Valeur-Tech), Riad Shaïek (Emertec), Mickaël Jacquemin (EchangeParcelle), Nicolas Ferras (InVivo Invest), Marie-Laure Hustache (saf agr’iDées), Rémy Heim, Marie-Cécile Damave (saf agr’iDées), Pierre Poullain (Valeur-Tech) et Martin Ducroquet (Sencrop)

 A consulter également sur notre site : les points-clés de l’agr’iDébat “AgTech entre promesses et réalités” (en accès adhérents saf agr’iDées)