Le commerce équitable en France, une trajectoire analogue à la Bio ?Publié le 18 septembre 2019 par Yves LE MORVAN

La plateforme Commerce Equitable France présidée par Marc Dufumier, a organisé ses universités d’été vendredi 13 septembre 2019 à Nogent sur Marne. Le moment pour les membres du collectif et les participants d’analyser la forte dynamique des filières du commerce équitable et de réfléchir au changement d’échelle en cours. Un chiffre démontre le succès du commerce équitable en France : en 2018 les produits concernés ont représenté un volume d’affaires de 1,276 milliard d’euros, soit une croissance de 22 % en un an.

 

Pour rappel la loi du 31 juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire avait étendu la définition du commerce équitable à des relations avec tous les producteurs, y compris en France et non plus seulement à ceux originaires de pays en voie de développement et elle avait apporté  6 critères pour définir le commerce équitable :

 

  • Des prix rémunérateurs pour les producteurs, basés sur les coûts de production et une négociation équilibrée,
  • Un engagement commercial pluriannuel entre producteurs et acheteurs,
  • Le versement d’un montant supplémentaire pour financer des projets collectifs,
  • Une autonomie des producteurs, avec gouvernance démocratique des organisations,
  • La transparence et la traçabilité des filières,
  • La sensibilisation à des modes de production et de consommation socialement et écologiquement durables.

 

Pour lutter contre des utilisations terminologiques abusives, l’article 173 de la récente loi PACTE du 22 mai 2019 a cherché à mieux protéger l’allégation  « équitable » dans les dénominations de vente en la rattachant explicitement à la définition de la loi de 2014. Commerce Equitable France œuvre à la protection du terme « équitable » pour lutter contre les concurrences trompeuses ou déloyales. Et prépare la sortie en octobre d’un guide international des labels du commerce équitable.

 

Sur les 1,276 milliard d’euros de ventes issues du commerce équitable, les 2/3 proviennent de produits issus de filières internationales (café, bananes…) et 1/3 de produits d’origine France (notamment la filière blé/farine/pain). 6 labels de commerce équitable sont présents sur le marché alimentaire français, 5 pour des filières internationales, par exemple Fairtraide de Max Havelaar, 1 pour des filières françaises : agri éthique France. Ce dernier a été historiquement lancé par la Coopérative CAVAC (85) à partir de la filière céréalière et se construit désormais avec de nombreux autres partenaires,  coopératives, meuneries, boulangeries pour presque 80 000 tonnes de blé. Un développement sur d’autres filières (lait, œufs…) est en cours.

 

Dans le secteur agricole et alimentaire, la croissance de la consommation des produits labellisés équitables fait indéniablement penser à la trajectoire des produits bio. D’ailleurs les liens sont forts puisque 84 % des produits internationaux concernés sont à la fois équitables et bio, 47 % pour l’origine France. L’appétit des consommateurs, l’appui des citoyens notamment les jeunes sont évidents. Mais le parallélisme n’est pas total entre bio et commerce équitable en terme d’organisation. En effet, il n’y a pas de règlement européen « équitable », pas de logo unique mais par contre une pluralité de labels privés dont le cahier des charges est certifié.

 

Le commerce équitable veut à la fois améliorer les modes de production vers une transition agroécologique, favoriser la justice sociale, améliorer le sort des femmes dans la société, faire évoluer les modes de régulation économique, transformer les modes de consommation…

 

Une ambition et une diversité d’actions, à toutes les échelles, qui rendent difficile la création d’un label unifié mais qui apportent du sens à une consommation engagée. A partager sans modération.