Le digital pour évaluer le bien-être des animaux d’élevagePublié le 11 décembre 2020 par Marie-Cécile DAMAVE

Le 4 décembre 2020, la Chaire AgroTIC[1] et le pôle de compétitivité Agri-Sud-Ouest Innovation ont organisé un séminaire intitulé « Numérique et bien-être animal en élevage ». Cet événement tombait à pic pour alimenter nos réflexions sur les outils numériques de traçabilité et sur « One Health ».

 

Il ressort de ce séminaire très complet que les outils numériques peuvent constituer une aide précieuse aux éleveurs et aux soigneurs pour évaluer et suivre dans le temps certains critères de bien-être des animaux d’élevage à la ferme ou à l’abattage, mais pas tous. Ils complètent le ressenti et les connaissances de l’humain, qui demeurent indispensables pour évaluer le bien-être des animaux dans toute sa globalité.

 

Rappelons que le bien-être des animaux est défini comme « l’état mental et physique positif lié à la satisfaction de ses besoins physiologiques et comportementaux, ainsi que ses attentes. Cet état varie en fonction de la perception de la situation par l’animal » (Avis Anses, février 2018). Selon l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), le bien-être des animaux se traduit par cinq libertés, et il existe des outils numériques qui permettent de vérifier que chacune est bien respectée :

 

Libertés

Outils numériques présentés dans le séminaire

Absence de faim, de soif et de malnutrition Capteurs de nutrition : caméras 3D infrarouge, pHmètre pour mesurer le pH du rumen, accéléromètre pour suivre la rumination, pesoirs, bascules pour quantifier la quantité d’aliments ingérés.
Absence de peur et de détresse Contrôler le bon étourdissement des porcs et bovins à l’abattoir avec le projet CET automatique  (NeoTec Vision, IDELE, IFIP, INAPORC, INTERBEV) : solution d’imagerie pour détecter l’absence de mouvement de l’œil et de réflexe cornéen.
Absence de stress physique et/ou thermique Objets connectés et capteurs pour un suivi des comportements des vaches laitières en temps réel. Par exemple, FarmLife est une application web et mobile pour le suivi des animaux (Medria, plateforme ITK). Medria propose notamment un accéléromètre (collier) qui est un indicateur de confort. Il mesure les temps de postures « debout » et « couché », détecte la suractivité, les boîteries et peut envoyer des alertes à l’éleveur en cas de comportement déviant d’un animal.
Absence de douleurs, lésions et maladie Accéléromètre : en cas d’inflammation, moins de mouvements, perte de motivation alimentaire. Suivi des températures de l’animal en continu (ex : thermobolus)
Liberté d’expression d’un compor-tement normal de son espèce Système de localisation, détecteur de comportement positif.
Projet CLOCHèTE : colliers connectés permettant aux éleveurs de géolocaliser rapidement leurs animaux, fournissant des alertes en cas de comportements inhabituels (cas d’attaques) grâce à un accéléromètre.
Cattlechain: projet de suivi de l’accès au pâturage des bovins lait et viande jusqu’au consommateur par blockchain.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Certains outils proposent une évaluation simultanée de plusieurs dimensions de l’état du bien-être des animaux. La méthode EBENE de l’ITAVI par exemple, déjà sur le marché, vise à objectiver le bien-être de poulets de chair, poules pondeuses, dindes et pintades selon 12 critères. Ils permettent de situer un élevage parmi d’autres en ce qui concerne l’alimentation, l’environnement, la santé et le comportement de l’espèce. C’est une méthode « low-tech » qui est suivie en autoévaluation par les éleveurs à l’aide d’une application.

 

Les intervenants de ce séminaire ont noté par ailleurs la nécessité de mettre au point de réels outils et non des gadgets inutiles, voire néfastes (non adaptés aux conditions locales notamment, et qui donnent de fausses alertes aux éleveurs). Pire, ils ont souligné le risque de « tamagotchisation[2] » de l’animal s’il devient un objet regardé uniquement à travers des outils techniques (capteurs, imagerie) et sans contact direct humain-animal.

 

Un autre message important à retenir de ce séminaire est que certains outils numériques qui permettent d’objectiver le bien-être des animaux d’élevage présentent également un intérêt pour la traçabilité dans les filières. C’est le cas de la méthode EBENE, utilisée par certaines filières dans le cadre de démarches volontaires, cahiers des charges ou de demandes de distributeurs. Pour sa part, Cattlechain est un projet blockchain pour apporter des garanties aux consommateurs sur leurs attentes de naturalité et la dimension éthique de l’élevage et apporter une valeur ajoutée à l’éleveur. Il peut être utilisé en particulier dans les démarches « lait de pâturage » avec les outils de géolocalisation.

 

Au final, nous retenons que l’élevage de précision transforme et modernise le métier de l’éleveur en réduisant sa charge mentale et conforte la place centrale de la relation directe humain-animal. Le bien-être des animaux est indissociablement lié à celui des humains qui s’en occupent. C’est le principe du concept « One Welfare », lui-même lié au concept « One Health » (« Une Seule Santé »), qui met en avant les interrelations entre les santés humaine, animale et environnementale.

 

 

Programme et informations à retrouver ici : https://www.agrisudouest.com/event/seminaire-agrotic-numerique-et-bien-etre-en-elevage-2020-12-04-2100/register

 

[1] Chaire d’entreprise dédiée à l’agriculture numérique portée par Montpellier SupAgro et Bordeaux Sciences Agro

[2] Jeu de mots inspiré de l’animal virtuel japonais « Tamagotchi » ayant connu un succès planétaire.