Les AgriDataDays se penchent sur le boom de la « farm data »Publié le 23 septembre 2015 par Marie-Laure HUSTACHE

GBabinet

Présenté par ses organisateurs (la Fédération Nationale du Crédit Agricole, la start-up The Green Data et le cabinet Aremus et Associés) comme un « forum de débat visionnaire et concret sur le data » ce nouveau rendez-vous organisé hier au Village du Crédit Agricole a tout d’abord laissé la parole à Gilles Babinet, Digital Champion, pour recueillir son avis sur le boom des projets autour des données agricoles.

 

« La transformation numérique en agriculture est en marche, il y a encore deux ans personne ne parlait de ces sujets. » a souligné le responsable des enjeux de l’économie numérique pour la France auprès de la Commission européenne . Citant l’exemple du Qatar, qui souhaite atteindre l’autonomie alimentaire à 60% d’ici 2025 grâce à la data et à l’étude du comportement dynamique des cultures, citant aussi le déploiement du « vertical farming » ou l’immense potentiel agricole et technologique du continent africain, Gilles Babinet a donné des perspectives et a souligné le nouveau rôle des agriculteurs en faveur de l’environnement : « Il y a véritablement un champ d’expression nouveau ! A vous, à nous, aux politiques de s’en saisir ! » a-t-il déclaré avec enthousiasme aux participants de cette première édition des “Agridatadays”, parmi lesquels figuraient des start-ups.

 

Venus donner des exemples concrets de nouvelles données permettant de créer de la valeur, Emmanuel Buisson (Weather Measures) et Jérome Leroy (Weenat) ont ainsi démontré les apports de la météorologie de précision, par radars et par capteurs. La table-ronde dynamiquement animée ensuite par Jérémie Wainstain (The Green Data) a quant à elle réfléchit aux retours du recueil des données en faveur (ou non) des agriculteurs : « Le data oui mais pour quoi faire ? ». Pour le représentant de l’entreprise américaine John Deere, championne en « farm data » grâce à son portail « MyJohnDeere », il s’agit, sans sortir de son cœur de métier, de stocker en toute transparence, légalité et simplicité de la donnée et de proposer aux agriculteurs clients de ses machines, par exemple, un outil d’aide à la décision supplémentaire (ex : modéliser et optimiser déplacement de la machine sur la parcelle). Mais est-ce si évident en France où la méfiance de la profession semble plus forte ? « Aux Etats-Unis, il y a une véritable politique pour rendre toutes ces données exploitables et accessibles. En France et en Europe, nous n’avons pas cette maturité, et cela crée un véritable décalage de compétitivité » a regretté Valérie Mazza (Limagrain). Or « plus de connaissances agronomiques permet aussi de produire plus et mieux » a souligné Rachel Kolbe Semhoun (In Vivo).
« Les innovations en agriculture se multiplient (big data, robotique, génomique , internet, réseaux sociaux etc.) mais attention toutefois à ne pas créer des ruptures entre générations, entre cultures végétales ou animales, ou entre filières, entre ceux qui refusent toute traçabilité et les autres. » a pour sa part relevé le sociologue Roger Le Guen (ESA Angers) : « Les data nous font entrer dans un monde pluridisciplinaire et cela dans tous les secteurs. Elles sont partout et semblent souvent nous échapper en tant qu’usagers».

 

Alors, dangereuses, les (farm)data ? Attractives, c’est certain : « Google a investi cet été 15 millions de dollars dans la start-up Farmers Business Network (FBN), spécialisée dans la collecte, le traitement et l’analyse de données recueillies par les agriculteurs sur les terminaux de leurs tracteurs. » a rappelé  Jérémie Wainstain. La solution passe par la pédagogie pour Bertrand Debret (BASF), membre du Cercle prospective des filières agricoles et alimentaires : « Il faut mieux former les agriculteurs aux règles d’utilisation des données …et s’inspirer du modèle américain. »
…Invitée au Village au cocktail de clôture des débats à l’occasion de la présentation du livre d’Hervé Pillaud « Agronumericus, l’Internet est dans le pré », la Secrétaire d’Etat chargée du numérique Axelle Lemaire a déclaré travailler avec Stéphane Le Foll à un projet de plateforme publique pour collecter les données agricoles « et ne pas servir des entreprises commerciales domiciliées à l’étranger. »

 

A lire aussi : notre interview de Jérémie Wainstain (The Green Data)

 

Pour information : saf agr’iDées anime pour ses adhérents le Groupe de travail “Big Data : quels usages pour l’agriculture d’aujourd’hui et de demain?”